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Vendredi 1er mai, le jeune Moussa a été tué d’un coup de fusil, à Trappes. L’adolescent a été touché d’une balle dans l’abdomen, tirée dans un contexte de tensions entre deux quartiers de la ville. La PJ de Versailles s’est saisie d’une enquête pour assassinat, précisant que la victime était « inconnu des services de police ».
Moussa avait quatorze ans. Il était en classe de troisième. Il devait passer le brevet dans quelques semaines. Trois ou quatre fois par semaine, il allait taper le ballon au club de foot du coin. Une vie d’adolescent, en somme. Ce vendredi, il était en vacances, pour quelques jours encore. Probablement qu’il n’avait pas fini tous ses devoirs, qu’il avait dit mille fois qu’il les ferait le lendemain. Mais de lendemain, il n’y aura pas eu.
Il était environ 15h30. Le square Camus, à Trappes, vivait comme un square de quartier un après-midi de vacances. Moussa, lui, se baladait avec son ami Djaliké. Il était sorti, un peu plus tôt, de  la mosquée, où il avait assisté à la prière du vendredi. Une voiture est passée par là. Des coups de fusil s’en sont échappés. Huit, neuf, dix balles. Probablement plus. L’une d’entre elles a touché Moussa dans l’abdomen. Moussa est mort.
La voiture, elle, s’est enfuie. Elle sera retrouvée à quelques kilomètres de là, brûlée et abandonnée. Un refrain bien connu des histoires du genre. Si bien connu qu’on s’imagine qu’aux mêmes effets précèdent, là encore, les mêmes causes. Journalistes comme policiers, politiques comme citoyens, tous pensent d’abord à ces règlements de comptes « sur fond de trafic de drogues », comme on dit dans le jargon.
Oui, mais voilà. Moussa était bien loin de tout ça. Comme on dit (aussi) dans le jargon, il était même tout à fait inconnu des services de police. Ce n’est pas Moussa que visait la balle. Mais c’est Moussa qu’elle a tué. Victime d’une guerre stupide entre quartiers rivaux. Entre ceux de « Camus » et ceux de « Léo Lagrange », tout a commencé lorsque le chien d’un jeune homme a mordu des gars de la cité d’en face. Quelques mois plus tard, de répliques en répliques, de menaces en menaces, l’affrontement vide de sens a fait un mort.
Ce n’est pas la première fois que des jeunes de cité tuent d’autres jeunes de cité. Mais il y a quelque chose qui interpelle dans le drame de Trappes. Quelque chose qui a probablement à voir avec le sentiment d’injustice et d’incompréhension que laissent les circonstances de la mort de Moussa. Combien de morts faudra-t-il pour que les quartiers guérissent de ce mal de la violence ?
Pour tous, la violence est trop souvent apparue comme un synonyme de virilité, scandée à longueur de textes de rap, perçue comme le moyen d’exprimer la supériorité d’un groupe d’amis, d’un bâtiment, d’un square, d’une cité, d’un département, d’une ethnie. Oubliant trop souvent que tous ces rivaux de pacotille partageaient les mêmes histoires, les mêmes galères, les mêmes délires.
Nul doute que ces questions hanteront l’esprit des trois grands frères de Moussa, celui de ses proches aussi, de ses amis et de tous les autres jeunes des quartiers. Quand on leur demande de parler de lui, tous évoquent « son sourire » et « sa gentillesse ». Ses photos donnent effectivement à voir un visage juvénile, presque enfantin. Moussa n’était pourtant pas qu’un blagueur. La veille, il avait partagé sur Facebook le statut d’une page de rappels islamiques. Le sujet de celui-ci : « La mort ne prévient pas. »
Ilyes Ramdani

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