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« Non, écoutez-moi, ça se prononce “u” et pas “ou” ». Le u, c’est le cauchemar d’Hélène, professeur de français en collège et qui aide bénévolement les migrants à se familiariser avec la langue. « Le son n’existe pas en anglais ou dans certaines de leurs langues, c’est très difficile », poursuit-elle. Devant elle, six élèves, attentifs, cahier et stylo en main. Mais ceux-ci sont différents des élèves habituels d’Hélène. Ils s’appellent Moussa, Ali ou Mahmoud. Ils ont entre 25 et 35 ans. Mais surtout, ils viennent du monde entier, et ne parlent pas un mot de français. « C’est la première fois que je n’ai aucun anglophone », s’étonne Hélène. « On commence par leur apprendre l’alphabet pour qu’ils puissent épeler leurs noms à la préfecture ou dans d’autres démarches ».
La petite classe a été aménagée en hâte. Un tableau repose difficilement sur deux tables et une dizaine de chaises lui font face. Le cours du jour est réservé aux débutants, mais Hélène propose aussi des cours un peu plus poussés aux migrants déjà initiés au français. A 15 heures, un téléphone sonne. Moussa décroche et sort de la salle, continuant sa conversation. Il réapparaît quelques minutes plus tard et s’adresse à ses camarades. C’est l’heure du repas. Nouré reviendra pour travailler son « u ». Quelques migrants ont été chargés de préparer le repas pour tous les autres. Juste à côté de la salle d’Hélène, une autre ancienne classe fait office de cuisine. Et dans le couloir du premier étage, on trouve aussi une infirmerie, des dortoirs et un grand tableau, ou est inscrit l’emploi du temps de la semaine.
Le programme est écrit en français, mais aussi en arabe ou en farsi. Les cours d’Hélène sont indiqués, avant un cours de théâtre. Le couloir mène à un étonnant escalier d’extérieur qui donne sur la cour du lycée. Depuis cet endroit, on peut voir plusieurs tags, en soutien aux migrants. L’un d’eux, dans l’escalier, représente un homme, tête basse. Au-dessus de lui, on peut lire « Refugees are survivors ». En dessous, c’est la liste de tous les pays des migrants qui logent dans l’ancien lycée. Deux grandes files s’étirent jusqu’à des tables, sous le préau, où sont posées deux grandes casseroles. Au menu, riz et légumes. Houssam organise un peu l’affaire. Le jeune homme fait partie du collectif « La Chapelle en lutte », qui a ouvert le lieu aux migrants le 31 juillet.
« C’est un ancien lycée, abandonné depuis plusieurs années », explique-t-il. « Suite aux nombreux démantèlements de camps, on cherchait un lieu pour ne laisser aucun migrant sur le carreau ». Il se félicite de la réouverture des centres d’hébergement prévus pour l’hiver, en été. Malgré tout, il ne comprend pas la position de la mairie : « Ce que fait la mairie, notamment en laissant des enfants dehors, est non seulement illégal, mais aussi injuste ». Le collectif contribue à la vie du lieu. Ils ont fait venir des interprètes, font les courses avec les migrants et certains dorment même sur place, comme Houssam, « depuis deux jours ». « Ici, la cohabitation se passe bien, comme dans tout groupe. Certains font la cuisine pour les autres, une chose qui est même dure à mettre en place dans les colocations ! », lance-t-il. Dans la cour, un groupe de migrants finit de manger. Un autre est occupé par un atelier théâtre, organisé par une comédienne. Quant à Nouré, il discute avec un groupe d’amis. Un peu plus tard, dans le couloir, il n’avait qu’un son à la bouche, mais toujours pas le bon : « ou ».
Jonathan Sollier

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