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Au sein du planning familial situé au 16 avenue Kennedy à Lille, ce sont 134 adhérents et 25 bénévoles qui œuvrent du lundi au samedi. Tout le monde s’y retrouve, parfois dans l’insouciance, parfois dans la détresse, souvent dans la discrétion. Reportage.

« J’ai eu un accident hier soir, pensez-vous que je puisse être enceinte ?« . C’est la question posée par une jeune femme, dans le bureau de la conseillère Hanifa. Nous sommes dans l’un des soixante-dix-sept centres de planification ou d’éducation familiale du Nord. À chaque fois, le protocole est le même : on attend dans une petite salle d’attente de sept sièges maximum, après s’être présenté au secrétariat, au premier et unique étage du Planning. Les cas de figure en revanche sont aussi différents qu’il y a de génotypes dans l’univers. Le premier rendez-vous est une jeune fille de 18 ans dont la grossesse a été confirmée par un test ainsi qu’une prise de sang. Elle est pâle, fatiguée. La conseillère la rassure sur les démarches administratives, l’organisation, comment va se passer l’Ivg. Inquiète aussi sur la question du paiement, elle aura pour réponse le fait qu’être à la Cmu dispense de devoir avancer les frais. Pour elle, cela se passera à l’hôpital d’Armentières.

Des préjugés qu’il faut faire tomber

Accompagner oui, assister non. Lorsque la patiente a pris sa décision, Hanifa prend le téléphone, passe l’appel puis tend le combiné à la personne en face, afin qu’elle prenne ses propres responsabilités. Un geste symbolique qui invite la patiente à faire ses démarches mais sans se sentir seule ou désemparée. Parmi les (nombreux) préjugés étiquetés au planning familial, il y a celui de l’âge. « En sachant qu’il y a de telles structures, les jeunes filles sont incitées à faire n’importe quoi » maugrée une dame qui passe devant. Erreur de jugement : les ateliers d’éducation sexuelle ayant étendu leur action à davantage d’établissements scolaires (collèges/lycées) on constate une prise de conscience chez les plus jeunes, que ce soit pour l’accueil et le conseil ou pour les consultations.

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Autre idée reçue : « le planning familial étant une sorte de squat’, on y va en cas d’accident et puis basta« . Sauf que les chiffres indiquent que ce motif d’entretien n’arrive qu’en cinquième position -les quatre premiers motifs étant : le résultat des tests de grossesse, la première demande de pilule ou l’entretien, une demande d’information concernant l’Ivg et les problèmes gynécologiques.

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Les poncifs liés au « trop jeune âge pour toucher à ces choses-là » ou à « l’idée inconcevable d’une interruption de grossesse » ne sont pas les seules erreurs de jugement. Outre l’utilité indiscutable d’un centre qui prévient et peut gérer « l’après », une fois à l’intérieur, les surprises sont nombreuses…

Origines diverses, religions et tabous

Une journée au planning familial suffit pour se rendre compte de la diversité des cas de figure. Une femme se présente, un papier griffonné à la main. C’est une Rom, qui ne parle pas du tout le français. La conseillère tente de décrypter son intention, mais elle lui tend alors le numéro d’une « amie » qui fera office d’interprète. « D’accord le test de grossesse est positif, mais qu’est-ce qu’elle souhaite faire ?« . Le combiné passe en face, reviens. « Ok et quelle est la date des dernières règles ?« . Rebelote. Pour finir, c’est à l’assistante sociale du service hospitalier qui pratiquera l’Ivg qu’il faudra s’adresser, afin qu’une demande d’aide médicale d’État soit mise en place.

Un autre cas de figure, c’est celui de cette jeune fille au visage d’ange, entouré d’un hidjab. Elle dit « avoir fait des bêtises avec son copain » et souhaite une pilule du lendemain. Hanifa ne lui fera pas de cadeau : « je vais te la donner, mais même si tes parents sont mulsumans et sévères, ça ne t’empêche visiblement pas de faire des écarts… Donc pense à prendre la pilule« . Le planning familial accueille aussi des personnes opposées à l’avortement mais qui viennent en douce… Parce qu’elles ne « peuvent pas faire autrement« . Autre sujet sensible : le porte-monnaie. Si Hanifa rappelle bien « qu’il faut parler de ses problèmes financiers« , si c’est une crainte non négligeable pour certaines patientes, la gêne les accompagne pourtant tout le long de l’échange.

Des patients souvent en détresse

Un point commun récurrent entre les différentes personnes qui viennent au planning familial, c’est la peur et la détresse qui peut se lire dans leurs yeux. Que l’on devine lors d’interminables silences. Celles qui sourient trop finissent par laisser tomber le masque et évoquent doucement leurs peurs, parfois le faux joyeux laisse place à une multitude d’inquiétudes lors de l’entretien. D’autres se réfugient dans un mutisme. La tête enfoncée dans son écharpe, une jeune femme, arrivée pleine de certitudes (« ce sera par voie médicamenteuse« ), est de plus en plus envahie par le doute. Lorsque la conseillère -qui respecte l’avis de chacune- rappelle que la voie médicamenteuse provoque d’importants saignements et qu’il vaut mieux le faire chez soi mais accompagnée, ou à l’hôpital, elle s’affale sur sa chaise au fur et à mesure des explications.

Un vide a laissé place à l’échange. Pour lui permettre de réfléchir quant à sa décision, Hanifa se lève et lui explique que, pendant qu’elle va lui photocopier des documents, elle peut rassembler ses questions. À son retour, l’appréhension de la patiente, dont on ne percevait guère l’ombre à son arrivée, a envahi la pièce. La gorge serrée, elle finira par valider sa décision mais admettra qu’elle invitera une copine chez elle « ce soir-là« . Et, bien qu’elle avançait un « c’est la deuxième fois je connais le protocole » au tout début de l’entretien, elle cogite maintenant les mots de la conseillère : « tous les accouchements sont différents ? C’est la même chose pour les Ivg. Elles ne se passent jamais de la même façon« .

Les confidences sont ainsi un sujet sensible, pour les patientes comme pour les soignants. Laetitia, la coordinatrice des formations pour les professionnels de santé (tous n’étant pas forcément capables de soigner et d’écouter) du social et de l’éducation , nous apprend que beaucoup de patientes ont des « révélations poignée de porte » : au moment de quitter la salle, elles ont soudainement envie de se laisser aller à la confession, d’exploser, de fondre en larmes etc. Ce que certains médecins pressentent et c’est pourquoi ils s’empressent de mettre fin à la consultation. Parce qu’ils n’ont pas envie de gérer cet aspect. Ou ils n’y ont pas été formés.

Un financement aléatoire

Les bénéfices apportés par les centres de planification n’étant plus à prouver, une question subsiste : pourquoi les financements sont-ils si incertains ? Lucie Vidal, la directrice du Planning de la métropole lilloise assure qu’elle a beau « faire du lobbying« , les budgets tremblent d’une année à l’autre. Sur le papier, les partenaires sont nombreux :

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Et bien que leur fréquentation est en constante augmentation…

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…dans la réalité, une contribution claire et déterminée semble faire faux-bond. À quand la pérennisation du financement de ces centres ?

Pegah Hosseini

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