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Les parents qui ont affaire à Madame l’assistante sociale vivent souvent comme une injustice le placement de leur(s) enfant(s) en foyers. Ils estiment que c’est leur rôle, et celui de personne d’autre, de répondre aux besoins de leur progéniture, quand bien même ils n’y parviennent pas pour des raisons toujours dramatiques. La plupart des enfants placés, y compris ceux victimes de violences parentales, ressentent également cette coupure comme une déchirure. « On ne peut rien y faire. C’est naturel. Un enfant ne peut qu’aimer ses parents, ce sont ses points d’attaches, ses repères dans sa vie », explique Fatima, éducatrice dans un centre maternel situé en banlieue parisienne.

Des « repères » à ces enfants, c’est justement ce que tentent d’apporter les équipes éducatives de ces établissements, et ce n’est pas chose facile quand on connait les « profils » accueillis. « Dans le foyer de jeunes où j’exerçais, se rappelle Michel, qui a exercé dans un foyer de l’enfance avant de se diriger vers un centre maternel, des jeunes enfants de 6 ans dont certains avaient subis des attouchements sexuels côtoyaient des adolescents sujets à des crises de violences extrêmes. Entre ces enfants et ces adolescents, il y avait des clandestins mineurs fuyant des pays en guerre et des victimes de trafic d’êtres humains. »

Les foyers de l’enfance accueillent des enfants victimes de maltraitance ou d’abandon. Les centres maternels, eux, reçoivent des mères se trouvant dans des situations impossibles. On imagine aisément la dureté du travail dans ces institutions. « Nous sommes là pour faire de l’accueil d’urgence et accompagner. C’est notre travail et nous sommes formés pour ça », poursuit Michel.

Ces éducateurs ont affaire à des ados complètement perdus, qui pour certains ont baigné dans la violence et sont passés par le système judiciaire. La formation qu’ils ont reçues leur a appris à « gérer » les insultes que les jeunes leur balancent : pères, mères, grands-parents, sœurs, cousines, toute la parenté de l’éducateur en prend pour son grade. Et puis, il faut faire avec les dégradations de matériels, les processus d’autodestruction, les violences entre jeunes au moindre différend. « Tout le travail qui a été fait durant notre formation nous permet de prendre de la distance et de nous dire que ce n’est pas nous qu’ils visent par leurs insultes. On est constamment en train de relativiser, sinon on passerait nos journées à nous battre, et ce n’est pas notre travail. »

Dans les centres maternels, la violence physique et verbale est nettement moins présente que dans les foyers de l’enfance. Deux mondes que connaît bien Michel. « Certes, dans les centres, c’est plus calme, explique-t-il, mais à l’extérieur, les mères ont une vie stressante. Beaucoup ont pris des coups de leur mari et craignent de tomber sur eux au coin d’une rue. » C’est le cas de Françoise, mère de deux petites filles. Elle a été violentée et rabaissée par son mari durant plusieurs années. Elle a fui il y a trois mois le domicile conjugal pour se « cacher » dans ce centre maternel de la banlieue nord de Paris.

« Mon mari suit ma mère pour remonter jusqu’à moi. Je vis avec la peur de tomber sur lui dans la rue, ou qu’il débarque un jour ici. Il appelle les différents centres en se faisant passer pour quelqu’un d’autre pour savoir si je suis là. » La décision de quitter le domicile a été dure à prendre : « Je ressens de la culpabilité par rapport à mes filles, car je les enlève à leur père et les emmène vers l’inconnu. Je voulais qu’elles soient heureuses, mes filles. »

Le fonctionnement de ces institutions accueillant des vies bouleversées connaît des ratés. Imen est cuisinière depuis 10 ans dans un foyer pour jeunes. Dix années d’instabilité, raconte-t-elle : « Trois directeurs ont défilé depuis que je suis là. Les deux précédents ont démissionné à cause de divergences et de tensions avec la hiérarchie ou avec l’équipe éducative. » Dans le foyer où travaille Imen il n’y a pas que les directeurs qui « défilent », les éducateurs aussi. « L’équipe est sans cesse remodelée, ce qui ne permet pas de créer un esprit d’équipe entre les encadrants. »

La qualité du personnel, ensuite, est un véritable souci. En 2007, un foyer pour jeunes a été fermé à Villepinte (93). Des éducateurs y avaient été soupçonnés de maltraitance et de fermer les yeux sur certaines pratiques. « Ils auraient infligé, entre autres sévices, des douches froides aux enfants pour les calmer, et certains parmi ces éducateurs auraient fait rentrer de la drogue », raconte Fabien, qui a travaillé dans ce foyer. « En même temps, cela ne m’a pas étonné… Personne ne voulait travailler dans ce foyer car les conditions y étaient très difficiles. Des armes blanches se baladaient dans les poches. La direction recrutait n’importe où et n’importe qui. Il y avait des mecs qui n’avaient jamais travaillé dans le monde éducatif. Ils étaient recrutés via l’intérim ! »

Aladine Zaiane

Aladine Zaiane –

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