Catherine a 49 ans. Elle habite rue d’Epinay, dans un immeuble « coincé entre la mosquée et la pizzeria », précise-t-elle,et fait de son mieux pour participer à l’aventure collective vécue par des habitants de ce quartier de Colombes. Elle se décrit comme une bénévole, jardinière, éleveuse de poules, qui donne un coup de main à l’AMAP quand elle peut. Elle vient presque tous les jours, depuis janvier 2012. « Je suis arrivée en plein hiver. J’ai fauché de l’herbe en tongs », dit-elle, pour parler de sa rencontre avec le lieu qu’elle investit, après avoir vu un certain Léonard s’activer sur le terrain en friche de son quartier. Elle y cultive des tomates : « J’ai récolté trois kilos déjà et je pense que je vais en récolter trois ou quatre encore cette année. »
Le lieu occupe une surface de 3 000 mètres carré, soit un peu moins de la moitié d’un terrain de foot, et s’appelle Agrocité. Il abrite des jardins collectifs, des parcelles individuelles, un poulailler, accueille les livraisons d’une AMAP, des ruches d’un apiculteur de la ville, une boutique où sont vendus les fruits et légumes produits, une école de maîtres composteurs, des ateliers. C’est un projet d’agriculture urbaine qui vise, non pas à nourrir tous les habitants du quartier, mais à proposer collectivement, avec les moyens du bord et les compétences des uns et des autres, un autre type d’agriculture et un lieu de partage et de résilience.
Agrocité est une des unités d’écologie urbaine R-Urban initiée en 2008 par l’Atelier de l’Architecture Autogérée, une association dont les travaux sont reconnus à l’international. « Nous sommes intervenus à Harvard et au MIT. Nous avons participé à une exposition au MoMA à New York et à la Biennale d’Architecture de Venise. Montréal s’intéresse à nous. Le Guardian vient de faire un article sur nous, égrène le fondateur du lieu Constantin Petcou, avec le sourire des gens fiers du travail accompli, et rien dans le bulletin municipal de Colombes », déplore-t-il.
En effet, depuis le changement de majorité, les relations ne sont plus les mêmes entre une ville qui avait décidé d’accueillir le projet, mis à disposition un terrain et 240 000 euros de subventions et l’association porteuse du projet. Après un courrier de la mairie en juin 2014, les invitant à quitter les lieux, qu’elle souhaite utiliser pour un parking temporaire, les usagers s’organisent, lancent plusieurs pétitions (qui ont recueilli 2 500 signatures). « La mairie de Colombes nous dit juste qu’il n’y a aucun terrain de libre sur la commune, mais jamais elle ne donne les échéances ou la nature des projets sur les terrains que nous avons repérés comme disponibles, poursuit Constantin, pour qui ce lieu est un espoir. Une dynamique locale s’est créée. Et c’est ça qui est précieux. »
Constantin précise qu’il est possible de déménager les équipements ailleurs dans la ville : le projet a été conçu pour être mobile. Mais il doit s’implanter près du lieu actuel, pour ne pas se couper des usagers qui le font vivre et a besoin de délais et de moyens pour procéder à un tel déménagement.
Malheureusement, encore à ce jour, aucune solution autre que la disparition du lieu n’est envisagée par le bailleur. Comme pour conjurer le sort, la quinzaine d’habitants encore présents à 20 heures s’active pour biner, arroser, nettoyer. « Un dernier mot, propose Catherine, c’est un coin de paradis, ici ». Souhaitons qu’il le reste.
Bouchra Zeroual
Colombes préfère les parkings aux légumes
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