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Dans le quartier de Blanqui, Mohammed connaît tout le monde, les gens s’arrêtent, on discute. Un gars arrive en camionnette, il a 38 ans, il s’appelle aussi Mohammed. Il a créé une petite entreprise de transports il y a deux ans et demi, Cmanh Trans, à Bondy. Les deux Mohammed discutent, et à un moment, il y a un quiproquo au sujet du Smic. « C’est 950 euros par mois », dit l’un. « Mais non, c’est 1350 euros », réplique l’autre. Ils s’expliquent, et on finit par comprendre que l’un parle du salaire net (touché par l’employé), et l’autre du salaire brut (versé par l’employeur). – Moi aussi avant je parlais comme toi, dit le jeune entrepreneur, mais maintenant je vois ces chiffres différemment… Cela dit, son propre salaire n’est pas beaucoup plus élevé. Electrotechnicien, il m’explique que depuis l’âge de 22 ans, son salaire avait baissé à chaque nouvel emploi. 

« Pourtant ça se passait bien, on me donnait des responsabilités, les patrons étaient contents, mais chaque fois que je demandais une augmentation de salaire, ils répondaient: pas maintenant, je ne peux pas. » Résultat: il gagnait 14 000 francs à 22 ans, et à 35 ans, à son dernier emploi avant de créer son entreprise, 1 400 euros… Maintenant, Mohammed le transporteur tourne dans les mêmes eaux, il se bat pour son entreprise – mon bébé, dit ce célibataire – et se plaint de ne pas arriver à décrocher des commandes de la mairie, qui préfère des entreprises plus grandes. « Sur votre blog, essayez de montrer ceux qui veulent faire des choses, il y en a plein ici », conclue-t-il avant de sauter dans sa camionnette. OK. Moi aussi il faut que je file. Un rendez-vous… 

Par Alain Rebetez

Alain Rebetez –

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