photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Wassim Nasr, journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes sur France 24, vient d’écrire un passionnant ouvrage qui décortique l’État Islamique en 13 chapitres. 

État islamique, le fait accompli n’est pas un énième livre sur le djihad, comme nous en voyons fleurir dans les rayons des librairies depuis deux ans. Wassim Nasr, l’un des meilleurs spécialistes sur le sujet (ses contacts dans le rang des djihadistes et la pertinence de son analyse le rendent actuellement incontournable) répond aux grandes questions que le public se pose généralement et déconstruit de nombreuses idées sur l’EI. Le Bondy Blog l’avait déjà interviewé en décembre 2015.

Un éclaircissement sur le mot Daech et sur la gestion des régions

L’auteur donne dans ce livre un éclaircissement sur la stratégie occidentale. Le premier chapitre explique pourquoi les grandes puissances ont décidé d’utiliser le terme « Daech » au lieu « d’EI ». La raison est simple : « il fallait nier toute prétention islamique et étatique ». Ce mot n’existait pas en arabe. C’est un mélange entre « Daes » (qui écrase avec son pied), « Dahes » (celui qui sème la discorde) et une référence historique aux batailles de Dahis wal Ghabra entre 608 et 650 apr. J.-C. qui opposèrent des tribus arabes dans la période préislamique. Cette appellation est utilisée à partir de la création de l’État Islamique en Irak et au Levant le 9 avril 2013 pour en minimiser l’influence.

Nous comprenons aussi pourquoi les populations ont soutenu l’EI. Une vraie politique de redistribution est opérée et les administrations fonctionnent avec plus de justice pour les habitants que sous les régimes syriens, irakiens et américains de ces dernières années. L’État Islamique a réussi à gagner le cœur des gens, mais aussi à se libérer des tribus qui gouvernent ces régions. En Occident, nous oublions souvent que ce système est majeur. Des jeunes d’une même tribu peuvent se battre dans les deux camps. Une volonté de « pardon » pour ceux qui ont combattu et tué des membres de l’EI a été respectée. Les anciens ennemis pouvaient retourner vivre dans leurs villages sans craindre pour leur vie s’ils faisaient acte de repentance.

Une vision globale

CouvLa partie historique de l’ouvrage revient sur les conflits et les différences entre Al-Qaïda et l’EI, ainsi que sur les luttes internes entre les groupes djihadistes. Ces dernières sont décortiquées, faisant ainsi écho à l’actualité. Les jeunes strasbourgeois qui sont en ce moment en procès, se sont retrouvés en pleins affrontements entre ces factions, ce qui a précipité leur départ. La stratégie militaire, l’aspect religieux et les rapports entre Sunnites, Chiites, Kurdes et Chrétiens sont finement analysés. Le chapitre sur l’utilisation des médias et de la violence est particulièrement intéressant. Nombreuses sont les vidéos faites pour les populations locales et certaines sont délibérément pensées pour les occidentaux. Les entretiens de djihadistes permettent de comprendre les motivations de ces combattants. L’auteur renforce les propos du livre et sort du manichéisme traditionnel. Ces personnes qui partent le font parce que l’EI leur donne une raison de vivre et une vision du monde qui les pousse à se battre. On ne sent pas de jugement de valeur de la part de l’auteur, il reste froid et distant face à ce sujet, amenant ainsi une analyse très fine.

Une des grandes idées de Wassim Nasr est qu’avec l’État Islamique, nous assistons à l’internationalisation du djihad qui est révolutionnaire par son discours, mais aussi ses actions. Quelques pistes de réflexions concernant la vision française sont présentées en conclusion du livre. Si l’on affirme que les combattants ne sont pas musulmans, pourquoi demander un Islam de France avec des imams républicains ? Pourquoi réclamer aux musulmans français de se dédouaner des membres de l’EI si, justement, ils n’ont pas la même religion ?

État Islamique, le fait accompli est un ouvrage peu coûteux qui nous apprend beaucoup. Nous permet au moins de sortir de l’inexactitude que beaucoup de médias ou de spécialistes peuvent apporter…

Lloyd Chéry

Wassim Nasr, Etat Islamique, le fait accompli, aux éditions Plon, 12 euros

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019