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Pour Ania, 49 ans, mère de famille, iconographe dans le secteur de l’édition, cette Journée internationale de la femme est « lamentable ». Ah bon ? Elle s’explique : « D’un seul coup, on va parler de cet animal « femme », qui, ce jour-là, doit être particulièrement respectée. Pourquoi faut-il une journée comme celle-là ? Pour dire et admettre enfin que la femme est importante ? Pourquoi n’y a-t-il pas de Journée internationale de l’homme ? »

La liberté – réelle ou supposée –, pour une femme, n’est-ce pas lourd à porter, parfois ? Ania démarre au quart de tour : « Jamais ! Je trouve la question provocante. » Isabelle, 39 ans, mère de famille également, aide médico-psychologique auprès d’adolescents polyhandicapés, développe : « Ça veut dire quoi, avoir sa liberté ? C’est pouvoir faire ses propres choix. Cette journée me donne l’impression que la femme sera toujours fragile, qu’elle sera toujours victime de l’homme. Il y a des femmes en situation précaire, mais les femmes ont aussi plein de droits qui leur permettent de se défendre. »

Sonia, 18 ans, lycéenne : « On ne parle pas beaucoup de cette journée au lycée. Je ne trouve pas que ce soit un événement exceptionnel. Les filles ne sont pas du tout respectées. Une jeune fille, de nos jours dans le 19e arrondissement, ne peut pas s’habiller comme elle le veut. Si elle est trop féminine, elle se fait siffler, si elle ne répond pas, elle se fait insulter. Je me sens libre d’un point de vue civique, car j’ai le droit de vote, mais je trouve quand même que les hommes ont plus de droits. Moi, par exemple, si je suis dans la rue à 23 heures, les jeunes du quartier se permettent des réflexions. »

Ania rassure la benjamine en lui expliquant que sa perception est uniquement due à son âge. Avec plus de maturité, elle saurait quoi répondre et se sentirait moins vulnérable : « C’est parce que tu n’as pas les mots pour les remettre à leur place, ces garçons-là. »

Pour nos femmes du jour, les mots « féminisme » et « émancipation » étaient pertinents à l’époque Simone Veil, dans les années 70. Elles les considèrent aujourd’hui obsolètes. Elles se disent épanouies et bien dans leur vie. N’assiste-t-on pas à une régression en matière de droits des femmes ? « Bien sûr que non ! Pas en France. Il est impossible de leur retirer leurs droits, celui de divorcer par exemple. » Ania et Isabelle sont là-dessus du même avis.

Quand même, qu’il doit être tentant, parfois, de se lover dans les bras de son homme et de lui laisser tous les soucis de la vie extérieure pour ne gérer que la garde du foyer… Non ? Ania, que mes questions insidieuses commencent sérieusement à agacer, répond : « Oui, pendant un quart d’heure, pour se reposer avant de repartir. » Isabelle, elle, ne se voit pas dans le rôle de la mère au foyer. « J’aime travailler, je suis pour le partage des tâches, c’est ça qui fait la force d’un couple. L’homme et la femme sont complémentaires, il faut arrêter de nous monter les uns contre les autres. »

France, meilleur des mondes hommes-femmes possible, alors ? Presque. Nos trois femmes estiment qu’il reste une injustice à combattre, la sous-représentation, voire l’absence, des femmes dans les postes de cadres et dirigeants. Et puis, il y a les inégalités salariales : « Les salaires des femmes sont inférieurs de 30% à ceux des hommes », déplore Ania. Une affirmation qui choque Sonia : « Et pourquoi ? » Pour l’instant la réponse est : « Parce que. »

Passons à la femme-mère : « La femme, c’est la maternité aussi, c’est tout un monde de fragilité physique et affective, relève Ania. Dans ce sens-là, bien évidemment, elle est plus fragile que l’homme. Elle assume la grossesse, donne les soins, etc. A partir du moment où une femme met au monde un enfant, elle n’est plus totalement libre. » Peut-être plus totalement libre, mais néanmoins protégée, poursuit Ania : « Nous avons la protection-santé et l’éducation, en France. Nous pouvons soutenir, d’une manière générale, les combats des femmes dans les pays où ces droits n’existent pas. Mais n’oublions pas que, face à une maladie grave, nous sommes tous égaux. »

Les conclusions d’Isabelle et de Sonia se rejoignent : « Nous avons des forces supplémentaires par rapport aux hommes, c’est certain. Les femmes sont plus impliquées dans la vie quotidienne, elles anticipent plus les situations que les hommes. Les hommes ont plutôt intérêt à ne pas donner trop de pouvoir aux femmes. Si elles en avaient davantage, le monde irait certainement mieux, elles trouveraient plus de solutions. »

Si cette Journée internationale de la femme a une utilité, c’est bien celle de rappeler les conditions qui étaient celles des femmes il y a 100 ans et tout ce qu’elles ont gagné depuis. N’oublions pas que nous ne sommes que les héritières de combats que nous n’avons pas eu à mener. Et que si courage il y a eu, c’est celui de ces femmes qui ont osé batailler dans un monde d’hommes, à une époque où le contexte pour elles étaient bien plus dur que le nôtre. Notre seul mérite est de préserver cette égalité hommes-femmes chèrement acquise.

Nadia Méhouri

Photo : Isabelle, Sonia, Ania, de gauche à droite.

Nadia Méhouri –

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