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La dernière fois que j’ai fait mon autoportrait, j’ai eu 2/20, c’était en cours d’arts plastiques, j’étais en cinquième et je vous prie de croire que je fus bien surpris. Et puis parler de moi ça ne va pas être intéressant, je vous assure, ça peut se résumer de toute façon en trois mots : je suis beau. Voilà déjà 107 mots avant le point. J’ai vraiment envie de faire ce rallye, aussi vais-je étoffer un peu autour du triumvirat lexical qui m’a si bien décrit dans les lignes précédentes. Parler de moi, c’est d’abord parler de Bondy, la ville qui m’a vu naître. Pour résumer, c’est la Springfield française, celle de la famille Simpson, avec qui nous partageons ce goût prononcé pour l’humour fripon. Nous autres Bondynois, sommes un peuple jovial, très railleur, un brin taquin. Nous nous plaisons à user d’autodérision en riant de nos petits malheurs et on en a notre part, c’est à déplorer, dans cette cité située au cœur du département mythique de la Seine-Saint-Denis, le fameux 9-3, symbole des quartiers sensibles de France.

Bondy est un peu sortie de l’ombre à la suite de l’embrasement des banlieues françaises en 2005. Des journalistes suisses ont eu l’idée bizarre de pratiquer leur métier en s’installant trois mois dans le local d’une cité de la ville, pour parler des banlieues de l’intérieur. Voila comment est né le Bondy Blog, un nouveau média qui utilise Internet pour donner la parole aux quartiers populaires. Je suis journaliste citoyen depuis un an, les Suisses ayant donné la clef de la boutique, après leur départ, à des jeunes des quartiers, dont moi. Donc, j’écris inlassablement; j’en suis à une centaine d’articles. Ça fait passer le temps en attendant des jours meilleurs au sein de cette caste sociale que je représente : le prolétariat académique. J’en profite ici pour vous dire que j’ai un master d’histoire, ce qui me permet de postuler à des emplois à haut degré de qualification comme celui de surveillant vacataire, en contrat précaire, dans une école primaire. Au sein du Bondy Blog, on a tout fait : vidéo, son, écrit, interview, reportage. Yahoo nous a même financés pour couvrir la campagne présidentielle, ce qui m’a permis d’emprunter toutes les routes de France. C’est fou ! Moi qui ne quitte jamais Bondy d’habitude, là, j’étais gâté. Du coup, j’y ai pris goût, au journalisme et aux voyages. J’aime raconter ma banlieue, mon quartier, donner mon regard sur l’actualité, mais aussi faire un portrait insolite ou décrire les lieux qui m’ont marqué lors de mes épopées. J’use plus que de raison de la parole qui m’a été donnée, c’est devenu à l’heure actuelle ma grande passion. Alors, quand je suis tombé sur votre offre, j’ai eu comme des petits papillons dans le ventre.

Vous proposez, si je suis sélectionné, de faire le journaliste. En plus c’est au Canada ! Alors là c’est le loto ; un pays qui fait rêver tous les jeunes de banlieues. Je vous conterai à l’occasion toutes ces soirées au coin du feu, passées à écouter les fables de nos aînés, revenus du lointain, celles qui par exemple nous décrivaient un pays chaleureux (oui, malgré le froid) où les Noirs et les Arabes ne se font pas recalés de boites de nuit: le Québec. Le Nouveau Monde que vous me tendez là est plus qu’alléchant, c’est l’opportunité du siècle, puisque est né dans mon esprit déluré, depuis mon aventure au blog, l’idée de devenir journaliste. La plupart des rédactions françaises, dont celles qui m’ont décerné un prix de journalisme (le prix Panos du meilleur article Internet, pardonnez la fanfaronnerie) sont complètement hermétiques à d’autre profils que ceux sortis des grandes écoles de journalisme ; moi qui aspirais à un stage cet été, mon cursus universitaire me condamne à passer la saison estivale à galérer dans les rues de Bondy. De mon point de vue, votre rallye, je le répète, c’est du caviar.

Trêve de lamentations, d’après Word il ne me reste pas moins de 300 mots pour vous convaincre. Tiens, pour changer, je vais parler un peu de moi. J’ai 27 ans, je ne suis pas malheureux, loin de là, ah oui j’oubliais: je vis chez mes parents. Je sais, à mon âge, c’est la honte, mais en mettant en corrélation le prix du mètre carré en région parisienne et mon salaire de pion, vous comprendrez aisément cette situation. Qu’est ce que j’ai vu du monde ? Bondy surtout, la France un peu, et l’Algérie, presque chaque été puisque je suis originaire de ce pays. Un grand frère, deux petites sœurs, tout ce beau monde à la maison. D’ailleurs je me dis que ça serait sympa de couper le cordon ombilical avec la famille, par exemple en allant faire des reportages au Canada ! J’aime l’aventure la vraie, avec un grand A. Rentrer le soir de Paris jusqu’à Bondy, à pieds quand j’ai manqué le dernier train, 11km de balade champêtre en banlieue des plus savoureuses. Autre montée d’adrénaline que j’affectionne particulièrement : les nouvelles rencontres. J’adore parler avec le vagabond de passage, en particulier si il a roulé sa bosse un peu partout.

En fait, je me rends compte que ce que j’aime vraiment dans la vie, c’est raconter des histoires, celles de Bondy, je continue de les rapporter avec bonheur sur le blog, mais en un an je pense en avoir un peu fait le tour. Là-bas, au Québec, ma plume si chantante mise à votre service, dopée par ma soif de découverte, fera j’en suis sûr, des étincelles journalistiques. J’ai le feu sacré !

Idir Hocini

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