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Selon une étude de l’Insee près de 20% des femmes entre 18 et 29 ans, se sont faites insulter au moins une fois dans la rue, au cours de l’année. Récemment les vidéo de deux jeunes femmes marchant dans les rues de New-York et Casablanca ont démontré ce que peut subir une femme au quotidien. A l’heure actuelle seule la Belgique s’est décidée à légiférer et condamner.

Une vidéo pour dénoncer le harcèlement subit par les femmes dans la rue a fait grand bruit ces derniers jours. Le mouvement Hollaback, qui combat ce type de harcèlement, a mené une expérience grâce à une caméra cachée. Pendant dix heures, une jeune femme s’est baladée dans le quartier de Manhattan, à New York, « en jean et sans décolleté ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le harcèlement qu’elle a subit était certes déplaisant, mais une limite n’a pas été dépassée : celle du contact physique. Pourtant, elle constitue en premier le terme même de « harcèlement » pour moi. Malheureusement il a fallu qu’une vidéo pour dénoncer le « harcèlement de rue » soit diffusée, pour que l’on s’intéresse à ce qu’une femme peut subir dans la rue en marchant. Les insultes sexistes et comportements agressifs sont pourtant quotidien.

Il y a deux ans, je sortais d’une salle de sport à République pour me rendre au métro ligne 5. Tout d’un coup, trois types que j’aperçois au loin en train de mettre des coups de pieds dans le panneau publicitaire du couloir, se tournent vers moi. Enfoncée dans mon survêtement XL, je m’avance pour rejoindre le quai, quand l’un d’eux surgit devant moi, demandant une cigarette. Je n’en ai pas et là le type me dit : « T’es belle toi, tu veux pas venir avec moi ? ». Je refuse son offre et continue d’avancer mais cela ne lui plaît visiblement pas. En un dixième de seconde, je me retrouve plaquée au mur, les trois hommes devant moi et la main de l’un d’eux sur mon ventre qui me bloque. Les quelques personnes qui passaient ne m’ont même pas regardé. Il a fallu qu’un métro bondé se vide en bas de l’escalier pour qu’ils prennent la fuite. Et peu importe les lieux, certains types n’acceptent pas le refus.

En avril dernier, Éléonore se rend dans une soirée dansante avec ses amies. Alors qu’elle passe près d’un homme dépourvu de délicatesse, il lui bloque le passage : « tu danses avec moi ? – Non merci » lui répond-elle. Ce frustré recalé lui bloque alors les bras avant de l’insulter : « sale pute tu t’es pris pour qui ? ». Éléonore lui demande à nouveau de la lâcher quand il lui balance « espèce de grosse salope, nique ta mère ». Ayant mal aux bras et perdant patience, elle le gifle afin qu’il la lâche. Mais ce dernier entre dans une folie noire et l’étrangle avant de lui mettre une « balayette » et de lui retourner la main en lui assenant des coups de pieds alors qu’elle se trouve au sol. Elle s’en sortira avec un doigt cassé et des bleus sur tout le corps.

Cette expérience, Sarah en a fait les frais la semaine passée, station Châtelet-les-Halles. Son dernier train étant supprimé, elle décide de remonter afin de sortir de la gare pour prendre un taxi. Manque de bol, elle tombe face à deux hommes très alcoolisés devant qui elle doit passer pour suivre son chemin. « Ils ont essayé de me toucher les fesses, j’ai dû répondre un truc du genre ‘Cassez-vous’. Mais d’un coup, je me suis retrouvée au sol en train de me faire tabasser. Heureusement, trois hommes qui ont vu la scène sont venus m’aider ». Sarah précise une chose qui l’a marquée : « le pire c’est que des hommes de la sécurité étaient juste à côté de moi, matraque à la taille. Mais ils n’ont pas bougé d’un poil ». Les trois hommes venus l’aider l’ont donc accompagnée jusqu’à l’extérieur, s’assurant qu’elle monte bien dans son taxi. Un geste rare et courageux de leur part.

Dernier scénario dingue mais pourtant vrai, Kélia, s’est retrouvée à l’hôpital après avoir ignoré « les avances » d’un homme. Il y a trois ans de cela elle s’apprêtait à traverser la rue quand un homme l’a abordé à bord de son véhicule. L’ignorant, elle décide de contourner sa voiture par derrière pour traverser en paix. « Je n’ai rien compris, au moment où j’ai traversé, il a fait marche arrière d’un coup. La seule chose dont je me souvienne, c’est m’être réveillée dans le camion des pompiers, le pied cassé, couverte d’égratignures. »

Si les agressions caractérisées sont pénalement condamnables, le harcèlement de rue ne l’est pas encore à part entière. Même si la loi du 6 août 2012 offre quelques outils, aujourd’hui seule la Belgique dispose d’une loi. Après la diffusion d’un documentaire de Sophie Peeters, Femmes de la rue, le gouvernement belge s’était décidé à punir séverement les auteurs d’insultes sexistes et de harcèlement, jusqu’à 1 an de prison et 1000 euros d’amende. A quand une telle décision en France ?

Inès El laboudy

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