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J’ai assisté à l’avant-première du film « Ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961″ ce mercredi 12 octobre, en présence de sa réalisatrice, Yasmina Adi et de l’historienne Sylvie Thénault. Le long-métrage retrace les évènements qui se sont déroulés à l’automne 1961, lorsque des Algériens venus de Paris et de sa région ont manifesté dans les rues de la capitale à l’appel du Front de Libération National (FLN) contre le couvre-feu qui leur est imposés pendant les « événements d’Algérie », comme disaient les officiels de l’époque. Un défilé pacifique qui se retrouve confronté à une répression sanglante de la part des forces de l’ordre. Ce film-documentaire est un mélange entre archives inédites de séquences vidéo, de photos et télégrammes retranscrits à l’oral, ponctué de témoignages poignants de personnes présentes à l’époque des faits. Un travail de longue haleine qui n’aurait pas été possible il y a vingt ans selon les dires de la réalisatrice et de l’historienne.

Le film commence lentement avec le témoignage d’une mère qui a perdu son fils durant cette fameuse soirée du 17 octobre 1961. Son fils a été jeté dans la Seine comme beaucoup d’autres ce jour-là. Un regard sur le fleuve, les mots sont lourds, on sent toute l’émotion et l’espoir de retrouver un jour les ossements de  l’être aimé. Le présent d’une mère bascule sur le passé des évènements. On entend la radio qui annonce que des Algériens vont descendre dans la rue à l’appel du FLN. L’histoire commence. Des Algériens sont habillés comme s’ils allaient à un mariage, les femmes restent à la maison, même si elles iront manifester plus tard. « Il est conseillé aux Algériens musulmans de rester chez eux entre 20h et 5h du matin » dit la radio, mais il semble plutôt que ce soit un ordre. Pour preuve durant tout le film, les photos montrent des images accablantes d’hommes ensanglantés, certains mêmes gisants sur le sol.

Les images sont toujours appuyées des différents témoignages leur rendant toute leur humanité. L’émotion est perceptible à travers eux plus que les photos et le son. Surtout le témoignage de cette femme, Mme Kkelfi, mère de quatre enfants, qui a vu son époux quitter la maison pour ne jamais revenir. Le va-et-vient entre le passé et le présent nous plonge en plein dans l’histoire, et nous mène pas à pas à l’horreur. Des manifestants sont d’abord entassés dans des « paniers à salade » (fourgon de police), terme qui revient souvent dans les témoignages. Puis n’en ayant plus assez, on voit des bus de la RATP qui sont réquisitionnés pour parquer les manifestants dans des parcs d’exposition ou des salles comme le palais des sports. On peut voir sur ces photos des visages hagards, plaqués contre la vitre du bus. Toujours ce basculement entre passé et présent, la réalisatrice nous présente le témoignage de ce chauffeur de bus qui raconte qu’on leur avait dit, à lui est ses collègues,  que les manifestants étaient des personnes qui devaient être déplacés d’un endroit à un autre pour leur sécurité. Il n’en était rien. Des Algériens sont massacrées dans ces salles, quand d’autres sont carrément expulsées de France. On peut les voir d’ailleurs sur les images partant dans des charters sans un bagage et sans que leurs familles en soient informées.

Témoignages aussi de médecins qui racontent l’état dans lequel arrivaient les manifestants à l’hôpital. Leur paroles nous laissent l’imaginer sans besoin de photos à l’appui. Que ce soit au niveau de la description des violences ou des arrestations, les témoignages donnent une profondeur au film.

Une information reste cependant absente du documentaire : le nombre de morts. Cela reste flou et on finit par se poser la question quand on entend un journaliste interroger le ministre de l’intérieur de l’époque Roger Frey à ce propos. Celui-ci continue de dire qu’il n’y a eu que 2 morts et 137 blessés. Les témoignages et les photos nous montrent pourtant que le nombre de morts est bien supérieur. Alors pourquoi les chiffres  exacts ne sont  pas du tout mentionnés dans le film ? Yasmina A. explique que c’est volontaire de sa part car elle ne peut pas fournir un chiffre si elle n’a pas de preuve. Il y a certes eu des dizaines de morts, voir une centaine entre septembre et octobre 1961 (car des Algériens étaient aussi tués avant d’après Sylvie T.), mais le nombre exact reste un mystère qui ne pourrait être découvert qu’après une minutieuse et longue enquête sans fin. Mais dit-elle, « Après avoir vu le témoignage d’une de ces personnes dans le film, un mort c’est déjà un mort de trop ».

Pour une personne qui ne connaît en rien l’histoire de cette date dans le calendrier français, le film résume l’essentiel de ce qu’il y a à retenir : un massacre au nom de la liberté, un traumatisme gravé à jamais dans la mémoire de la communauté algérienne.

Chahira Bakhtaoui.

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