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Dans une pièce assez sombre, se tient une partie des activités de l’Open Bidouille Camp, l’événement qui marie science et bricolage. Et l’art de la bidouille fait salle comble. Sur la scène du studio Mains d’œuvres, ce n’est pas un groupe de rock qui va se produire mais bien une conférence en complément des activités proposées au public.

15 heures. L’animateur présente les intervenants. Anne-Sophie Novel, prône une économie plus collaborative, Mathieu Onil, enseignant chercheur à la Sorbonne, Johan Söderberg, spécialiste du hacking et Sabine Blanc, journaliste à Owni. Quelques chaises au devant, vite occupées, des personnes assises par terre, d’autres debouts pendant que le reste continue à profiter des animations. Le public ? Des jeunes surtout, des jeunes mais quelques personnes âgées aussi. Des geeks mais aussi des « peace and love » mais pas que. Le brouhaha de fond de salle et le son des petites machines se fait remarquer. On a parfois du mal à entendre les intervenants prononçant des termes bien spécifiques. Il fallait suivre.

Imprimer le réel, c’est possible.

Imaginez-vous qu’on puisse imprimer des objets ? Les imprimantes 3D existent bel et bien. A partir de fichiers numériques, elles permettent de réaliser des prototypes. MackerBot Industries, entreprise américaine lancée en 2009 a été l’une des pionnières dans ce domaine. Résultats : 10 millions de dollars collectés. Des imprimantes 3D qu’on trouve dans les FabLabs, un atelier communautaire reposant sur le principe de l’open hardware, où vous pouvez venir fabriquer vos objets. Mais il faut ensuite laisser les plans accessibles pour tous. On retrouve un esprit d’ « open source » concernant les objets avec le partage des plans de fabrication et de plans informatiques. Il faut comparer le mouvement le plus important, le hardware et le software.

Johan parlant anglais explique que l’éthique du free software est plus difficile à développer que l’open hardware. « Fabriquer tout et n’importe quoi, c’est casser l’industrie » commente Sabine. Pour que le modèle du logiciel libre fonctionne, il faut que l’on puisse avoir un contrôle total sur la production. Encore faut-il du temps et de l’argent pour les créer. Mathieu raconte que la création de fondations permettrait ainsi de rapprocher et de représenter le monde collaboratif et celui du business.

« On ne peut plus contrôler l’innovation dans notre société, mentionne Johan, une usine fabricant toute seule sans intervention humaine c’est comme une imprimante 3D qui fait des objets seule. » Selon lui on pourrait toujours contrôler ces machines mais c’est plus difficile qu’avant. L’innovation prendrait-elle le pouvoir sur l’homme ? « La technologie n’est pas encore mature. L’outil reste assez limité. Johan est un peu utopique.» rétorque Sabine.

« Un village où tout se fabrique serait le rêve » avance Sabine. Elle donne l’exemple de Barcelone où il existe toute une chaine de Faclab (Fablab version fac) où chacun a sa spécialité. Pour voir naître des projets comme celui-ci, il en va avant tout du ressort du pouvoir politique.

L’économie de la contribution en vue

Anne-Sophie assure que l’économie collaborative est en pleine expansion. Tout le monde vit dans une crise économique et on remarque que les Français sont entrés dans une société de la débrouille. Après la crise écologique que l’on traverse, un mouvement de lien social collaboratif a franchit le pas. La consommation collaborative permet de faire passer de la propriété à l’accès. Ce qui est donc nouveau c’est que les gens ne sont pas obligés d’acheter mais de louer, d’emprunter… « C’est le ‘do it yourself’, explique Mathieu, il a été tué par Internet mais s’est translaté maintenant sur Internet. » « Le partage fait sa révolution numérique » complète Anne-Sophie. Dans ce monde nouveau où les nouvelles technologies ont de l’ampleur, l’échange ne peut qu’être présent.

Pourtant, pour se diriger vers une économie non-marchande, il y a du travail et ça Anne-Sophie en a bien conscience. La consommation collaborative : le prêt, le troc avec les gens (via sites internet) sont des initiatives qui permettraient d’avancer. « Faire ensemble, c’est ça qui donne espoir, insiste t-elle, il faut donner les nouveaux outils à l’économie collaborative. »

Mathieu, quant à lui, ne pense pas que le capitalisme va disparaître mais qu’il est possible de le grignoter. Il confie qu’il y a de nouveaux types d’acteurs capitalistes. Il salue par exemple Google qui a favorisé le développement de Wikipedia. De nouveaux acteurs ont émergé en mettant en avant le principe du « mettre en commun ». « Google se positionne comme le garant du web à la différence de facebook, le mécréant, qui pervertit le web » selon lui.

« On a envie d’agir autrement » lance Anne-Sophie. Ce qu’elle veut c’est continuer à sensibiliser et à promouvoir tout cela. Mettre le doigt sur l’éco-politique c’est également le but recherché de cet événement. Le débat semble avoir intéressé la salle, quelques questions à la fin puis des applaudissements.

Nassima OUAIL ((Master Journalisme Gennevilliers)

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