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Plusieurs jours que ça dure, Pierre, Paul, Jacques et Mouloud se sont mis d’accord pour faire blocus contre le gouvernement. C’est la grève. Mais la réalité de ceux qui la subissent, dans les transports en commun notamment, est tout autre. Des usagers se laissent aller à des propos haineux. Cyrille, témoin d’une scène dans le RER A en direction de Marne-la-Vallée, raconte : « J’ai vu et entendu un homme d’une cinquantaine d’années dire à une jeune femme : « Casse-toi sale Négresse !  » »

« On était serrés, la jeune femme voulait monter dans le RER, comme tant d’autres, poursuit Cyrille. Ça n’a pas plus à cet homme, qui a dit à cette personne : « Je vais vous pousser, vous allez voir, je vais vous envoyer valdinguer ». Ensuite il l’a poussée contre la paroi. Les esprits se sont échauffés. La fille a gardé son calme et lui a répondu : « Allez-y si ça vous amuse ». L’homme, alors, d’un ton menaçant, lui a dit qu’il allait la gifler. C’est là qu’il a lâché son injure : « Sale Négresse ». Des usagers se sont interposés tant bien que mal pour empêcher l’homme de frapper la jeune femme. Une femme a alors demandé à ce « qu’on fasse sortir la jeune femme ». Faut-il comprendre que lorsqu’il n’y a plus de place dans le RER, c’est à la Noire de céder la sienne ? », se demande Cyrille, perplexe.

Samia, une jeune étudiante, rapporte une autre scène au ton proche de la précédente : « C’était hier soir, dans le métro, je rentrais de l’université. Un homme s’assoit près de moi et me murmure à l’oreille : « J’aime pas les Arabes, moi. » Je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. Je lui lâche un « MDR » (mort de rire ). » La situation en restera là, Samia n’est pas du genre à chercher la bagarre. Lui n’en rajoute pas, il avait certainement juste besoin d’exprimer sa haine. Ça aurait pu mal tourner s’il s’était adressé de la sorte à quelqu’un d’autre que Samia. Mais peut-être se serait-il alors abstenu.

Dans le RER « A » comme « affligeant », même topo, mais souffre-douleur différent. Cette fois, c’est à un jeune homme d’origine asiatique qu’un usager s’en est pris. Le jeune homme était assis sur un strapontin quand une femme lui lance violemment : « Hey ! Le Pokémon, lève-toi ». « C’est à moi que vous parlez ? », demande, interloquée, la personne prise à partie. Pour toute réponse, elle obtient : « Je devrais te cracher dessus ! » Le tout dans l’indifférence générale.

Les langues se délient, sans doute « libérées » par les conditions difficiles qu’impose la grève. La toile est habituée au déchainement des passions xénophobes, racistes et tutti quanti. Elle fait d’habitude office de soupape aux propos de ce type. Il semblerait que la soupape soit en train de voler en éclat, que l’inconscient monte à la surface. Pourquoi ces minorités invisibles dans les institutions mais si visibles pour le commun des mortels deviennent-elles cible de la rage ? Nègres, bicots, Pokémon. Le racisme ordinaire dans toute sa splendeur. Ça pue.

Widad Kefti

Widad Kefti –

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