photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Cet après-midi en sortant des cours, je me suis rendue aux urgences. Je me suis blessée à la cheville, la veille au soir, à mon entraînement de gymnastique. Sportive, les petits bobos ça me connaît,  les urgences aussi. Enfin, les urgences de mon hôpital de campagne. Attention découverte d’un nouveau monde : de nouvelles urgences, celles de la deuxième ville de France.

Clopin-clopant, j’arrive enfin vers 17h dans un grand hôpital de Marseille. Après être passée devant les urgences gynécologiques, le service des grands brûlés et celui de psychiatrie, j’atteins mon but : les urgences généralistes. Je rentre dans la hall et surprise : il y a foule. Quel succès cette soirée urgence.

Je me présente au bureau d’accueil et dois expliquer ce qui m’amène. Une formalité. Direction maintenant le bureau d’enregistrement. C’est une autre histoire. Plusieurs personnes attendent déjà, le logiciel informatique pour l’enregistrement de la mutuelle ne fonctionne pas, les ambulanciers qui s’ennuient en attendant leurs patients jouent avec les secrétaires… Bon rien de bien grave. Déjà une heure d’attente.

Ca y est, enregistrée. La secrétaire, m’explique qu’il y a un peu de monde mais que ça tourne vite. Je serai donc rapidement  prise en charge. Y a plus qu’à attendre. Instinctivement, je fais le tour de la salle des yeux. Ceux qui sont arrivés juste avant moi, juste après moi, ceux qui étaient déjà là quand je suis arrivée il y a maintenant plus d’une heure, et qui attendent toujours.

Je m’assois tranquillement la cheville gonflée au milieu d’une vingtaine de personnes. J’observe les cas qui m’entourent. Pourquoi peuvent-ils bien être là ? Le papi là-bas a le doigt en sang,  certainement une coupure. La dame de l’autre côté a le bras bandé, une chute peut-être. La quinquagénaire, lunettes noires, bandeau blanc et corps boursoufflé… Facile, une allergie. La jeune femme au pied violet, c’est un accident du travail. Elle porte la veste d’une enseigne de supermarché. Le jeune couple à côté de moi qui se tripote, plus difficile…

Une fois les patients de la salle d’attente épiés sous toutes leurs coutures, vient l’ennui. Jusqu’à ce que le hall d’attente se transforme en commissariat de police. Un homme, la quarantaine, avachi dans un fauteuil roulant et engoncé dans sa minerve se voit entouré de policiers. Enfin de l’action ! Mais non, rien. Quelques questions et les policiers viennent se poster à l’entrée. Seules informations qui filtrent, celles de leur radio. Deux heures sont déjà passées depuis mon arrivée.

Après l’ennui vient l’énervement. Après deux heures à ruminer sur mon siège je commence à m’agacer. Une vieille femme derrière moi qui semble ne plus avoir toute sa tête ne cesse de geindre. Toutes les 10 minutes cela fait une heure de plus qu’elle attend : « Je vais partir. Ca fait plus d’une heure que j’attends. Je vais partir ca fait plus de deux heures que j’attends. Je vais partir… » Et bien pars! Je passerai plus tôt comme ça !

La salle se vide petit à petit. Je respire. Jusqu’au moment où arrive une nouvelle flopée de personnes. Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Ils se sont donnés rendez-vous ? Y a pas plus sympa comme lieu ? Un petit verre en terrasse sur le Cours Julien me tenterait quand même plus… Le brouhaha reprend. Des jeunes filles entourant un ado s’engouffrent dans les Urgences. Ça ricane, ça chante, ça parle fort, c’est grossier. « Mais c’est quoi tout ce monde ? On ne va pas attendre dix ans. Viens, on passe devant. » Bon, on se calme ca fait déjà 2h30 que je suis là !

Le tintamarre des téléphones reprend lui aussi. Dans les lieux publics, le silencieux, les gens ne connaissent pas. Le monsieur avachi dans son fauteuil attend toujours et son téléphone sonne toutes les 12 minutes environ. Une musique insupportable qui fait rire la salle d’attente à chaque fois tant il est comique de le voir essayer de répondre. Rap, reggae, sonneries standard des opérateurs, musique classique, tous les genres sont représentés…

Et puis, vient le moment où la capacité de retenue des vessies est atteinte, l’heure du défilé au pipi-room est arrivée. Et un, et deux, et trois…. Je ne me suis vraiment pas assise en un lieu stratégique. Ce sont deux des ados en rut qui vont désormais se soulager. A deux dans une seule toilette ? …

Trois heures plus tard, le temps de la délivrance. « Mme Cosset ? » Mademoiselle, oui ! En boitillant, je rejoins la porte magique des consultations rapides. A peine passée, on me colle dans un « chambrette ». Et j’attends. Encore. Un médecin passe me voir. Trois minutes top chrono. Vous avez mal où ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? L’entorse n’est pas grave, par contre là. Bon, on va faire une radio.

On me colle dans un fauteuil roulant avec mes affaires dans les bras. Le temps de faire la radio, on met quelqu’un d’autre dans le box. C’est parti. Je croise mes anciens collègues de la salle d’attente. Ils patientent dans le couloir dans l’espoir de recevoir un jour leurs résultats. Hop les radios sont faites c’est reparti dans l’autre sens. On me vire du fauteuil quelqu’un d’autre en a besoin. Me voilà comme une godiche au milieu de ce couloir à remettre mes chaussettes. On me recolle dans le box duquel l’occupant est certainement parti à la radio. « Le médecin va passer avec les ordonnances. » Très bien.

Finalement, pas de fracture on est sauvé ce n’est qu’une entorse à soigner très précautionneusement. Trois semaines de repos, une attelle et des anti-inflammatoire. Merci. Au revoir.

Charlotte Cosset

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019