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La salle de sport se trouve au rez-de-chaussée. Ce lieu est très calme. Le professeur et les élèves ne portent pas de tenue spéciale mais simplement des vêtements un peu amples. Chacun pose sa montre et éteint son portable. Carmen s’installe au fond de la salle, face à ses élèves. « Aujourd’hui, je choisis la 1ère méthode pour nous détendre et bien capter l’énergie. Ensuite nous ferons l’Anneau du ciel et de la terre, une petite méthode pour nettoyer le foie. Puis  le Qi Gong des yeux qui  agit aussi sur le foie. La médecine chinoise fait un lien entre l’état des yeux et celui du foie ». Carmen pose sa grosse montre ronde à ses pieds et la séance commence. Pour l’Anneau du ciel que la plupart des élèves vont découvrir, Carmen montre quelques points du corps et quelques mouvements pour l’exécuter. « Pour les Chinois, nous avons deux foies, un de chaque côté. N’oubliez donc pas de passer vos mains des deux côtés. Habituellement, l’enchaînement du foie est pratiqué pour que le corps s’adapte à la saison du printemps. Le foie génère l’énergie. Avez-vous des questions ? ». « Non ».

Carmen prononce d’une voix douce : « Préparation du corps et de l’esprit. L’ensemble du poids du corps repose sur toute la plante des pieds. Puis on bascule très légèrement le poids du corps vers l’avant des pieds, pour ouvrir les deux points Yong Tchuan… » Petite pause. Carmen pose son pull car le Qi Gong l’a très rapidement réchauffée. « Les articulations des jambes : chevilles, genoux, hanches, sont déverrouillées… Le bout de la langue touche le haut du palais… ». 1ère méthode. Ouverture : avec les petits doigts qui démarrent, tout doucement les paumes des mains se retournent face à la terre. « 1er enchaînement : les mains descendent devant le visage jusqu’en face du cœur. Les bras sont parallèles à hauteur des épaules, les épaules roulent vers l’arrière, les paumes des mains sont relevées, on tire les mains… puis on pousse les mains… on tire, on pousse une 2ème fois… on tire, on pousse une 3ème fois ». Ça continue ainsi, jusqu’à la phase dite de fermeture. Carmen entraîne ses élèves dans une sorte de ballet silencieux de mouvements doux, lents, souples et gracieux. Chaque élève est très concentré, paisible et il suit avec aisance les gestes de Carmen. Impression d’harmonie. Carmen sourit. Quelques bâillements. Chaque élève reprend lentement contact avec le quotidien en souriant.

J’interroge quelques élèves pour comprendre ce qu’ils vivent en pratiquant le Qi Gong. Nicole,  retraitée, a découvert le Qi Gong par hasard. « Cela fait maintenant un an et demi que je pratique. Dès la 1ère séance, j’ai ressenti un bien-être appréciable : ma tension avait baissé et je me sentais détendue, apaisée, sereine… Puis j’ai continué. J’ai constaté une nette amélioration de mon arthrose dans les doigts : j’ai aujourd’hui arrêté les arthrosiques que je prenais depuis plusieurs années. »

De son côté, Evelyne, enseignante, vit le Qi Gong comme un besoin. « Ça me fait beaucoup de bien. Je ne suis pas dubitative concernant cette pratique. Ma 1ère expérience de Qi Gong était positive mais très ponctuelle, dans le cadre d’une conférence. Ma 2ème expérience, à Paris, ne marchait pas, peut-être parce que nous étions beaucoup trop nombreux, une trentaine : c’était très décevant. C’était un peu l’usine. » Lors d’un autre cours, au parc de la Villette, en plein hiver, on était censé se réchauffer, mais je suis restée tellement gelée que je suis partie au bout de ¾ d’heure… Il y a des gens qui profitent de ce créneau à la mode ! » Chez Carmen, Evelyne a trouvé son compte. Bien que cartésienne, Evelyne croit aux énergies, se sent en communion avec la nature. Comme Christian, responsable du service des Sports à Pantin. Adepte de la sophrologie pendant quelques années, il est passé au Qi Gong. « Ça m’a beaucoup servi. Je ressens le besoin de ce travail dans la vie chargée que l’on mène. Avec tout ce qu’on fait, de temps en temps il faut savoir se connecter avec autre chose. Le besoin de se poser. Ça m’a aidé à prendre de la distance par rapport à ma vie quotidienne. Le Qi Gong serait bien pour les plus jeunes. Carmen est pédagogue, elle traduit très bien, dans un langage moderne, la pensée orientale pas toujours simple pour nous. »

Cadre dans l’industrie, Olivier a débuté les cours en septembre dernier. Il n’a suivi « que » 6 ou 7 cours. Il est encore dans la découverte. « Comprendre les gestes et la médecine chinoise, ça m’intéresse. Carmen explique bien. Au début, ce Qi Gong me faisait beaucoup d’effet, très fatigant au bout de ¾ d’heure de cours : j’étais obligé de faire une pause. Mon objectif, c’est la détente. J’avais peur que ça soit répétitif mais c’est varié. ». Pour Sylvie, agent RATP, la pratique de cet art l’a aidée à dormir, « redormir sans boules Quiès. J’étais vraiment très fatiguée par la ménopause. En rentrant du boulot, je m’asseyais et je pleurais. J’en ai bavé. Le médecin hésitait à me donner un traitement hormonal.  Au début j’avais mal au ventre en arrivant au cours. Pendant la séance ça me chauffait en bas des reins et en rentrant j’avais le ventre tout décongestionné. Chaque fois que j’y allais, quelque chose s’améliorait au niveau de mon corps. »

Carmen, « l’enseignante », précise que le Qi Gong s’adresse à tout public, de 7 à 77 ans, et plus. Il peut s’adapter à chaque individu aussi. « Il est très souple, et adaptable aux capacités de chaque individu. Dans le cas d’une impossibilité physique pour faire un exercice, on peut le faire par l’imagination et il est efficace. Il peut aussi être pratiqué assis ou couché. Les malades peuvent l’adapter à leur état de santé. On peut faire des exercices à la maison et il nécessite peu de place.

En dehors de Pantin, Carmen dispense aussi deux autres cours de Qi Gong très différents à Paris. « Le Qi Gong de la Sagesse est puissant mais il ne convient pas à certaines personnes » précise-t-elle. En attendant, le résultat du test est concluant. Avant d’y retourner, je vais tout de même m’exercer à prononcer correctement le nom de cet art millénaire qui ne s’écrit pas comme il se prononce !

Marie-Aimée Personne

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