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Dans les cours de récréation, dans le métro, dans la rue, partout, le keffieh palestinien s’affiche. Froissé, repassé, porté à la John Gagliano, plusieurs styles s’étalent à la vue de tous. Mais quel sens celles et ceux qui le portent donnent-ils à ce morceau de tissu ? Savent-ils seulement qu’il est l’étendard du nationalisme arabe ? Adopté en 1962 par le leader de l’OLP, Yasser Arafat, comme symbole de lutte contre l’occupation israélienne, ce fichu de coton est aujourd’hui en France le signe de ralliement dans les manifestations pro-palestiniennes.

Interrogée avant le début des bombardements sur Gaza de fin décembre, Keltoum, 23 ans, affiche avec fierté son keffieh noir et blanc qu’elle porte depuis l’âge de 14 ans. Cette étudiante en économie assume sans complexe ses opinions pro-palestiniennes. Depuis toujours, elle se sent concernée par la question palestinienne. Le fait de porter le keffieh en France lui permet « de manifester cette solidarité, car on ne peut pas le faire partout », une façon pour elle d’exprimer sa révolte pacifiquement et le plus silencieusement qui soit.

Keltoum poursuit : « Même si je suis arabe et que ce n’est une surprise pour personne, le fait d’exprimer sa position sur le confit au Proche-Orient gêne beaucoup en France. On est vite taxée de soutien au terrorisme. » Elle regrette certaines interprétations qui en découlent. Keltoum rapport une anecdote : « J’avais un jour un rendez-vous important à Paris. En cherchant l’adresse, j’ai confondu les rues. J’ai senti des regards insistants et réprobateurs sur moi. En rentrant chez moi, j’ai compris que je m’étais perdue dans le quartier de la rue Rosiers. C’est comme si, moi, je regardais de travers un juif qui porte l’étoile de David. Mais c’est tout mélanger que d’avoir de tels regards. »

Si porter le keffieh revêt un sens politique pour certains, d’autres le font par pur recherche de style. Un créateur de vêtements, UrbanKeaf, a créé un modèle de baskets aux motifs du keffieh traditionnel, façon Converse. Pour Thomas, un jeune homme frêle avec deux piercings sur le visage, « c’est l’accessoire de mode du moment ». Il en a déjà acheté trois, de couleurs différentes, un basique noir et blanc, un bleu et un rose. Il confie être devenu fan de l’étole depuis qu’il l’a vue défiler sur les plus grands podiums de mode, notamment ceux du couturiers Balenciaga. Thomas kiffe ses keffiehs et assume parfaitement son look bohème « en grande partie reconnaissable par mon keffieh ». Il ne s’en sépare jamais. Thomas n’ignore pas totalement les origines du foulard du Moyen-Orient mais il ne se préoccupe pas de politique : « Ce conflit a lieu loin d’ici, c’est triste à voir, mais je préfère ne prendre aucun parti », confie-t-il.

Mais chez beaucoup de jeunes, le moment est à la mobilisation contre les bombardements de l’armée israélienne sur Gaza. Un phénomène de masse est en train de se produire, au point de provoquer une rupture de stock dans plusieurs boutiques qui le commercialisent à Paris. Sur les bancs de l’école, Jade et Nadia, respectivement âgées de 17 et 16 ans, l’ont constaté. La première a adopté le keffieh, la seconde, non. Les deux amies ont des avis différents sur la question. Pour Nadia, « c’est le monde à l’envers ! Je ne mets pas le keffieh, moi qui suis arabe et musulmane, alors que ma copine Jade, française à 100%, le porte ».

Nadia explique que c’est sa mère qui lui a déconseillé, « par peur de représailles ». Quant à Jade, qui se voit travailler plus tard dans une organisation humanitaire, elle se dit scandalisée par les bombardements sur Gaza. « Avec ces évènements, j’ai pris conscience du conflit, alors qu’auparavant je ne m’y intéressais pas. Quand j’ai vu à l’école que beaucoup se sont mis à porter le keffieh, j’ai suivi le mouvement, car je me suis reconnue dedans. J’affiche la couleur avec ce petit vêtement sobre, qui, dans mon esprit, ne véhicule pas autre chose qu’un message de paix. »

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour –

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