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Soir de finale dans les jardins du Trocadéro à Paris. Des milliers de supporters chanceux ont pu pénétrer dans l’enclos qui garde l’écran géant. Des milliers d’autres se massent près des grillages, tels des grappes de raisins rouge et or ou au cépage vert blanc rouge. Surprenante, la mixité des groupes. Car si la Selección Española semble saupoudrer un peu plus ses couleurs sur les pelouses trocaderesques, nombre de bandes d’amis sont mélangées de supporters de la Squadra Azzurra et de la Roja, vibrant ou déchantant à chaque nouveau but…

Mixte, c’est le cas de cette équipe de potes venus de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Fabien, étudiant en électrotechnique de 19 ans, a revêtu son t-shirt officiel et enveloppé sa petite amie Clara, une lycéenne parisienne de 17 ans, du drapeau espagnol. Il est extatique. Son équipe mène 2 à 0 à la mi-temps. Et quand on l’interroge sur l’amour de son maillot, il répond sans équivoque : « Mon père est natif de Cáceres et moi, même si je suis né à Aubervilliers, je me suis toujours senti plus espagnol que français… »

Et l’équipe de France alors, même pas un petit soutien pour elle ? « Pfff, quand la France joue, c’est toujours la merde ! Et les joueurs, ils s’la racontent trop ! » tranche Fabien, qui depuis le début de la pause, vanne sans arrêt le seul de sa bande à se blottir contre son drapeau italiano. Sale temps pour David, 20 ans, employé en jardinerie. Né au Blanc-Mesnil de parents italiens, lui qui chérit la sélection transalpine « depuis qu’il est né » passe un mauvais quart d’heure. Concernant les Bleus et leur bilan dans cette coupe d’Europe, il est sur la même ligne que Fabien : « Les joueurs ont trop la grosse tête ! » Mais au contraire de son copain qui rejette l’équipe de France en bloc, David serait prêt à la soutenir « si elle faisait en sorte de mériter qu’on la soutienne et si elle ne s’la racontait pas ! »

Arnold, 20 ans, un autre membre du groupe, étudiant en capacité en droit et qui réside à Bobigny est plus clément. Lui comme Fabien est derrière l’Espagne car, d’origine philippine, il pense avoir du sang ibérique dans les veines, « les Philippines étant une ancienne colonie de l’Espagne ! » argumente le généalogiste amateur. Et à propos des Bleus, il envoie les violons : « La France a fait un parcours très correct dans cet Euro. L’équipe a une bonne évolution, elle progresse ! C’est beaucoup mieux qu’en 2010… » Devant tant de bon esprit et d’optimisme, on sort un as de pique histoire de pimenter l’interview : « Et l’attitude de Nasri et Ménez ? » « Bah, ils ont eu des p’tites sautes d’humeur… Ça nous arrive à tous, c’est normal… » philosophe Arnold, un vrai supporter œcuménique qui aime aussi le PSG, Chelsea et le FC Barcelone. Il est interrompu par Giovanni, échappé d’un groupe d’à côté qui tient à mettre son grain de sel dans la conversation.

Giovanni donc, de Malakoff (92), 20 ans aussi et étudiant en BTS assistant manager est plus que tendu. Réchauffé par son drapeau VBR qu’il porte sur ses épaules, il se désole : « 2-0 à la mi-temps ! Je ne reconnais pas mon pays… ». Pourtant il est né à Paris 15e. Mais de parents italiens, lui aussi ne vibre que pour la Squadra Azzurra. « Je supporte plus mes origines que ma nationalité ! » avoue-t-il. Certes, si la France avait un beau jeu, il l’encouragerait aussi mais « avec toutes ces gamineries et ces histoires entre les joueurs… », il n’en a pas envie… Et quand bien même l’équipe de France serait parfaite, le cœur de Giovanni balancera toujours pour l’Italie :« En 2006 pour la finale France-Italie, j’ai soutenu la Squadra bien évidemment…». Et là, planté devant l’écran géant, même s’il souffre pour son équipe, il raconte avoir adoré son parcours dans la compétition. « Mon joueur préféré, c’est Pirlo, c’est un super meneur… Et puis j’suis content pour Balotelli car en Italie, ses buts ont fait fermer leur bouche à beaucoup de racistes ! Ça favorise son intégration et améliore son image... »

Le jeu reprend. Pétards et fumigènes font s’éloigner Giovanni et le groupe de Drancy. Les 45 minutes filent à la vitesse des Galactiques. Les troisième et quatrième buts de la Roja font virevolter les drapeaux à l’escudo et se mettre en berne les Italiens. « Yo soy español, español, español » entonnent des Français qui déterrent les origines du passé migratoire de leurs parents ou grands-parents… « Ce soir, c’est mon côté espagnol qui fait la fête, pas le portugais » crie à la cantonade un jeune qui taquine son voisin encore tout drapé d’Italie « C’est pas un score de football mais de handball qu’on vous a mis dans la tête ! » fanfaronne-t-il avant de hurler : « Allez on va fêter ça sur les Champs ! » Les Champs-Élysées qui, des heures durant, vont se rebaptiser par ses couleurs et ses klaxons « Le Boulevard des Espagnols ». Car ce dimanche soir 1er juillet 2012, Paris était baigné de sang et d’or.

Les Champs-Élysées se drapent de sang et d’or

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Sandrine Dionys

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