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Il est éducateur des APS dans les collèges la journée et entraîneur de boxe anglaise le soir venu. Mais Jean-Claude Mbiye, c’est aussi un ancien champion d’Europe, avec un parcours à la fac de droit de Lille II. Portrait.

Avec ses 1m82 et sa voix grave, il inspire le respect à tous ceux qui le croisent. Sympathique et posé, Jean-Claude Mbiye est un personnage digne des films de boxe américains. Originaire de la République Démocratique du Congo, où il est né le 23 juin 1963, il se passionne pour le noble art après le « combat du siècle » qui oppose Ali et Foreman, à Kinshasa. Cette discipline semble lui sourire puisqu’il remporte par la suite plusieurs combats et devient deux fois champion de son pays. Puis il quitte sa terre natale pour venir étudier en France… Nous sommes en 1986. Le reste s’enchaîne comme dans un scénario presque classique : le jeune Mbiye choisit la boxe en option sport lorsqu’il entame sa première année à la fac de droit de Lille. En 1988, il se fait repérer lors des championnats universitaires, à Tarbes, qu’il remporte haut la main. À ce moment-là, l’un de ses enseignants l’avise de s’y mettre « plus sérieusement ».

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Jean-Claude Mbiye au complexe sportif Jacqueline Auriol

Le conseil était bon à prendre : après s’être inscrit au club de Ronchin, il poursuit avec le club de Lille, devient en 1989 le gagnant du tournoi de France des jeunes professionnels, remporte le championnat de France des « super-moyen » en 1995, conserve son titre l’année suivante, et finit numéro trois mondial en WBC (World Boxing Council). Représenté par les frères Acariès -promoteurs incontournables de la boxe en France- il s’oppose pourtant à eux lors de l’organisation du match avec le champion mondial de l’époque : Nigel Benn, gentiment surnommé « Dark Destroyer ». « Le tournoi devait avoir lieu au Stade Wembley, en Angleterre » confie tranquillement Jean-Claude. « Mais c’était compliqué à mettre en place. Il fallait une ville qui accueille, une chaîne de télé qui veuille bien sponsoriser l’événement… Et les promoteurs n’ont pas trouvé de terrain d’entente » ajoute-t-il avant de terminer sur une info malheureusement souvent entendue dans ce milieu : « les intérêts des promoteurs sont rarement ceux des boxeurs. Moi ils m’ont proposé une enveloppe ridicule, au vu du combat, de l’adversaire que j’avais en face. Je risquais d’y laisser ma vie« . Aujourd’hui encore il ne regrette absolument pas ce choix. « Ils m’ont pris pour le black de service ? Ils se sont trompés…« . Cela ne l’a pas empêché de recevoir une médaille d’or par la mairie de Lille, où il faisait la fierté de Pierre Mauroy. Seulement, en 1995, il arrive sur ses trente-cinq ans. « À ce moment-là, j’avais été classé mondialement, gagné les championnats de France et j’avais atteint les demi-finales des championnats d’Europe… Le seul challenge qu’il me restait à relever était de tenter au moins une fois le championnat mondial, qui n’a donc pas eu lieu« . Fin de clap : en 1998 il décide de tout plaquer et c’est sans regrets que le champion lillois commence alors à travailler à la mairie, en tant que professeur d’EPS, puis passe un brevet d’état, en plus de son DEUG de droit. Aujourd’hui converti en professeur des Aptitudes Physiques et Sportives le jour (il s’occupe des établissements de la zone ouest de Lille : Wazemmes, Bois Blanc et Vauban), il se rend chaque soir au premier étage du complexe sportif Jacqueline Auriol, rue d’Iena. Heureux, il savoure le fait de transmettre son savoir au services des plus jeunes et des passionnés.

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« Alors… Qui est le futur Macron parmi vous ? »

En ce mardi glacial de novembre, nous l’accompagnons auprès de ses élèves. De 18h30 à 19h30, il forme des bambins de huit à quatorze ans. « La boxe éducative leur apprend à se contrôler, à se défouler, mais sans violence. C’est juste une façon de les canaliser » explique celui que les petits appellent « Monsieur » avec des étoiles dans les yeux. Les loustics s’entraînent avec amusement, demandent sans cesse des conseils. « On peut sortir les tapis ? On veut faire du gainage ! » lance l’une des jeunes pousses. Puis, de 19h30h à 21h30, c’est au tour des grands -des étudiants d’école de commerce pour la plupart, de venir se frotter aux exercices un peu plus poussés que leur a concocté Jean-Claude. Parsemant ses ordres de petites vannes, les « Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! » laissent place à des soufflements de souffrance. « Alors… Qui est le futur Macron parmi vous ?« . Rebelote, une série d’exercices. « Continue comme ça Don Quichotte » dit-il à un étudiant qui s’est laissé pousser la moustache, movember oblige. « On ne bloque pas la respiration ! Coordination !« . Sans relâche, les sportifs sautillent, leur pas résonnant dans la salle. « Stop ! On récupère… On marche… Et ne faites pas les fatigués, au campus, tout le monde sait que vous êtes des disciples de Bacchus« .

De la bonne humeur, donc, et du sérieux. Jean-Claude, désormais président du Lille Métropole Boxing Club des Flandres, explique qu’avec ses deux associés, ils sont « tous sur un même pied d’égalité… Présidents, entraîneurs, trésoriers… Tout ça en même temps ! » Et les trois sont bien décidés à se battre pour leur association. Le samedi matin, ils ont créé un créneau pour que les trentenaires et quadras puissent s’initier à la boxe. Des femmes médecins, qui sortent tard de leur cabinet et souhaitent apprendre des techniques de défense, des parents qui ont envie de s’y mettre… La cotisation étant de cent-vingt euros l’année (cent-cinquante pour une inscription avec un kit -gants, protège-dents et t-shirt de l’association) pour les adultes et quatre-vingt euros pour les enfants, Jean-Claude précise qu’il est primordial de venir une première fois découvrir, tester, avant de débourser quoique ce soit. « La mairie, qui nous a mis à disposition les installations, a perdu de nombreux sponsors, surtout depuis la crise » explique-t-il. « Et, bien que Martine Aubry s’est beaucoup investie pour la boxe, qu’elle a fait de ce sport l’un des grands axes de sa politique, il faut continuer de se battre... ».

Alors pour celles et ceux que cela intéresse, particuliers ou chefs d’entreprise, c’est par ici que ça se passe : http://lilleboxingbcf.sportblog.fr/r15865/CONTACT/.

Pegah Hosseini

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