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« Là, il lui apparut, pour la première fois, l’esclavage. A cette vue, jaillirent, comme par explosion des plus intimes profondeurs de son être, toutes ses vertus naturelles, la haine de l’injustice, la passion pour la liberté, la sympathie pour tout ce qui souffre…Et quand il revint en France, il rapportait un trésor de charité. Sa vie avait un but, son âme un principe. Il était parti commis voyageur, il revint abolitionniste… »

Ernest Legouvé, à propos de Victor Schoelcher

10 mai : la mémoire de l’esclavage reconnue

La commémoration nationale, le 10 mai, de l’abolition de l’esclavage, encore impensable il y a quelques années, symbolise à la fois la prise de conscience de la mémoire des traites négrières et la montée en puissance de la communauté noire dans le débat politique français. 

Christiane Taubira, députée de Guyane et auteur de la proposition de loi pour “la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité” adoptée le 10 mai 2001, se félicite de cette commémoration, remarquant qu’elle est directement “l’aboutissement” de l’article 4 de la loi qu’elle a portée.

“On n’est plus dans le conflit » dit-elle. « C’est enfin l’histoire de la France assumée par toute la communauté nationale ».

Le 10 mai sera en effet la première commémoration en métropole de l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage. Des commémorations, à des dates différentes, existaient déjà dans chacun des quatre départements d’outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion) auxquelles le 10 mai ne se substitue d’ailleurs pas.

Pour l’ancienne candidate radicale à la présidentielle de 2002, “la mémoire de l’esclavage a provoqué une faille qu’il s’agit de combler”. « C’est un enjeu essentiel pour notre société », dit-elle. Le Président de la République française a instauré le 10 mai pour commémorer l’esclavage et la traite négrière. Que représente aujourd’hui cette date pour l’Homme (et la femme!) de la rue ? Micro-trottoir à Paris.

 

 

Micheline Calif, 57 ans, Attaché de direction.

C’est une date qui vient un peu tard

« Je suis tout à fait favorable à une telle commémoration qui me semblait indispensable depuis longtemps. C’est un pas, une reconnaissance. Elle aidera celui qui ne connaissait pas ce pan de l’Histoire, un peu passé aux oubliettes, à en savoir plus et à s’éclairer davantage sur l’esclavage. Et les historiens feront peut être un meilleur travail de vulgarisation de leur savoir. En ce sens, c’est très positif. Je participerai justement à cette commémoration qui sera inaugurée par le Président de la République au Jardin du Luxembourg, car j’ai une amie artiste, Léa de St Julien, qui y expose. Elle a fait une installation monumentale de photos dans l’allée St Michel. »

 

Nathalie Sebon, 38ans, Assistante de direction.

Il y aura une prise de conscience des français

« Une telle date arrive tard, et l’esclavage aurait dû être reconnu comme crime contre l’humanité bien avant. J’apprécie beaucoup l’œuvre de Christiane Taubira qui a réussi à mener à bien sa revendication et j’espère qu’on en parlera un peu plus dans les médias dorénavant. Avec la date du 10 mai, il y aura une prise de conscience des Français, même si cela risque d’être très long et très difficile. Et je pense que c’est la communauté africaine qui va convaincre le plus de Français que cette expérience de 400 ans a été un véritable crime contre l’humanité. 

 

Anne Yoro, artiste peintre.

Il n’ y a pas assez de manifestations sérieuses pour marquer le coup « Instaurer une date pour commémorer l’esclavage est à mon avis une chose très positive. Malheureusement, je trouve qu’il n’ y a pas assez de manifestations sérieuses pour marquer le coup. Ce 10 Mai n’est pas bien organisé par la communauté. En ce qui me concerne, je vais aller faire une marche qui part de République vers 14h. Il faut que les gens se mobilisent ! »

 

 

Thierry Ducteil, 34 ans, conseiller clientèle

Il faut cesser ce complexe des victimes perpétuelles dans nos actes et dans nos têtes

« 26 avril, 10 mai, 22 mai, 23 mai : beaucoup de dates, beaucoup de faits, il est bien difficile de savoir qui a commencé le combat et quand. Une chose est sûre, c’est qu’il n’est pas fini !!! Il faut cesser ce complexe des victimes perpétuelles dans nos actes et dans nos têtes. Il faut continuer le combat de Schoelcher, Toussaint Louverture… et de tous les anonymes qui ont donné leur vie pour sauver les nôtres. Et transmettre la flamme fragile de la connaissance au plus grand nombre pour que jamais elle ne s’éteigne.»

 

Par Sada Fofana

 

Sada Fofana –

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