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Ce qui va suivre relate des pratiques religieuses réellement observées chez nombre de nos jeunes compatriotes Bondynois. Ils vous est recommandé de bien vouloir considérer l’aspect second degré de ce qui va suivre avant de lancer, fatwa, bulle papale ou autre contrat du Mossad sur ma tête.

« Elle est où ta cachette du midi ? »

Ces mots si souvent prononcés par nos jeunes d’origine mauresque en période de jeûne résume à eux seuls une pratique religieuse que le monde entier nous envie : le ramadan américain. Forme typiquement bondynoise de cette ascèse qui permet de le casser en milieu de journée avec un Bounty, de becoter sa fiancée avant le coucher du soleil et d’aller taquiner du goujon en boite le soir. C’est qu’une fois immergés un temps assez long dans l’ambiance déjantée de notre ville, certains musulmans semblent avoir reconsidéré les termes du contrat qui les lient à la Umma (communauté des croyants), et institué une pratique de la religion bien à eux, qu’on appelle « Islam Adecco » ou par intérim. Dans cette forme d’hérésie, le croyant coche les pratiques auxquelles il veut se soumettre et abandonne celles qui l’ennuient. Faire ses cinq prières par jour tout en collectionnant les cuites est possible à Bondy, et personne ne s’étonne plus de voir une jeune midinette débouler en mini-jupe dans la mosquée pour chercher son boy-friend après la prière du vendredi. Ces adeptes du « Coran Gallimard » choisissent donc de pratiquer par intérim, pendant un moment donné, lors d’un coup de blues ou durant le ramadan, estimant (à tort) qu’il est plus grave de pécher durant ce moment fort de la spiritualité musulmane. Un impact de cet usage est directement observable : l’explosion des ventes de préservatifs sur notre territoire, une fois le mois sacré achevé.

L’islam n’est pas la seule confession à avoir vu se développer une pratique locale de sa spiritualité. Les deux religions monothéistes qui l’ont précédée accusent elles aussi de petites déviances dues à l’influence des us et coutumes locales.

Par exemple le juif Bondynois, celui qui a fait corps avec nos idéaux, présente une pratique qui dévie légèrement des enseignements du Talmud et du Pentateuque. Sa Torah traîne quelque part sous son lit entre un Mickey magazine et un DVD des Simpson, et la teneur de son judaïsme se résume à une simple équation : pas de cadeaux à noël + mère envahissante = je suis juif. Pour lui c’est comme être blond ou Zaïrois, il en faut bien. Néanmoins il sait retrouver la pûreté de ses racines quand le besoin s’en fait sentir. Les treize premières années de sa vie sont consacrées à l’élaboration du plus gros casse de son existence : sa Bar-Mitsva. Le fait d’entrer dans la communauté du peuple élu en tant qu’homme à part entière ne l’émeut pas plus que ça, mais le magot qu’il va pouvoir en tirer provoque chez lui une réelle excitation : son hold-up confessionnel lui donnera les lauriers de la gloire auprès de la fratrie bondynoise. Une fois les poches pleines il arrive à certains de nos jeunes descendants des Hébreux de s’éclipser chez le voisin, pour se sustenter de cochonnailles afin d’achever une œuvre digne d’un vrai Bondynois.

Quant à la chrétienneté en usage dans notre ville, des rumeurs (sûrement infondées) racontent qu’elle est entachée de quelques scandales. Enfin scandaleux pour les autres mais par pour nous: le fait que le petit clergé de notre cité ait tendance à oublier ce que signifie le célibat ou utilise la confession pour faire tourner des dossiers est un signe d’assimilation à une certaine conception de la vie, un sens de l’humour du cru qu’on ne peut qu’apprécier ici.

Ceux d’entre nous qui flirtent avec l’hérésie ont conscience de ne pas respecter scrupuleusement la pratique des cultes dont la noblesse des valeurs n’est plus à prouver, mais à l’heure où on entend parler de clash des religions, nous à Bondy, ça peut paraître bizarre, mais tuer son voisin parce qu’il prie du mauvais coté ne nous viendrait même pas à l’esprit. Et puis certaines traditions religieuses continuent à être suivies avec assiduité par tous, unanimement, comme le repas du réveillon : les plaisirs de la table doivent être pour nous un creuset qui transcende les susceptibilités religieuses, le lieu sacré où dans la plénitude d’une fraternité interconfessionnelle, on peut se faire exploser le ventre comme jamais.

Idir Hocini

Idir Hocini –

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