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« Internet, c’est la vie ! », s’exclame Hélène, 17 ans. C’est bien connu, aujourd’hui 9 adolescents sur 10 surfent sur Internet et une grande majorité d’entre eux délaissent les autres médias pour la toile. « Internet, poursuit Hélène, c’est plus qu’un remplaçant de la télé, c’est la télé en extraordinaire. J’ai délaissé la télé, y a tout sur le net : des séries, des films… La télé ne sert presque plus à rien. » La web addiction touche toutes les couches sociales. « Un jour, raconte notre ado, je suis restée éveillée jusqu’à ce que les oiseux chantent, il était 10 heures du matin et j’étais encore devant mon ordinateur. »

Mais comment fait-on, dans une famille, pour partager l’outil en deux, trois, quatre, voire plus encore d’utilisateurs ? Pas facile de gérer l’accès au bien le plus convoité de la maison. La bataille est plus âpre encore que pour la conquête de la zappette, pour laquelle nous nous écharpions naguère afin d’imposer « Sunset Beach » face à « Olive et Tom », cette même télécommande qu’on se refilait comme l’objet du péché lorsque une scène torride s’immiscait dans nos soirées familiales. Aujourd’hui, la source des conflits réside dans la quête du Saint-Graal du XXIe siècle, l’ordinateur et ses multiples forums : tchat, msn, Facebook, Skyblog, Anémora ou Cartosort.

Tous les coups sont permis pour se l’approprier. Mehdi et sa sœur Manel, frère et sœur de 14 et 18 ans, confient en être arrivés aux mains à plusieurs reprises : « Quand je rentre de l’école, mon premier réflexe est de voir si l’ordi est occupé et il l’est tout le temps, je sais pas comment il fait, mais il est toujours là avant moi », constate Manel. « A peine rentré, je pose mes affaires, je vais direct sur l’ordi et je le lâche plus. Si je vais aux toilettes, je sais qu’elle va me prendre la place, alors je me retiens, premier arrivé, premier servi ! », rétorque son petit frère Mehdi. « A des moments, j’en peux plus, alors je le pousse et on se bat, celui qui gagne prend la place, c‘est la loi de la jungle », explique Manel.

Dans les familles nombreuses, l’accès à l’ordinateur est encore plus difficile, alors les enfants mettent en place différents stratagèmes. Miriam, 17 ans : « Chez moi, devant l’ordi, c’est pire qu’à la poste, on fait la queue les uns derrière les autres en attendant notre tour, en plus, y en a toujours un derrière pour voir ce qu’on fait sur le net, on peut même pas rester tranquille. Mais, moi, j’ai trouvé une solution, dès que j’arrive chez moi, je mange mon repas du soir comme ça, pendant que les autres mangent je peux rester sur l’ordi tranquille. » Neïla, sa sœur cadette, nous révèle son astuce : « Pour qu’on me laisse la place, je prends les affaires de celui ou celle qui est sur l’ordi et je les cache, comme ça, le temps qu’il les retrouve, je peux aller sur l’ordi. »

Attention à bien enregistrer le travail effectué sur l’ordinateur ! On n’est jamais à l’abri d’une coupure intempestive : « Si on me laisse pas la place quand c’est mon tour, je cherche pas à comprendre, j’éteins l’ordi ou je le débranche, et des fois aussi, j’enlève la carte du modem quand mon frère met trop de temps à me laisser la place », avoue Memet. Dans cette famille-là, le temps que chacun passe sur l’ordi est chronométré à la seconde près : impossible de le dépasser, la sentence est immédiate.

D’autres, plus malins, ont développé des techniques pas très éloignées du harcèlement psychologique. On peut même parler de maître-chanteur : « Quand j’étais sur l’ordi, ma petite sœur fouillait dans ma chambre, dans mon agenda et dès qu’elle trouvait un truc, elle me faisait du chantage, du genre tu me laisse la place ou je le dis à maman », rapporte Fatou. Samia, elle, la joue petite biche : « Lorsque j’ai envie d’utiliser l’ordinateur et qu’il est occupé, je demande qu’on me le laisse cinq minutes pour lire mes mails, et une fois assise, impossible de me déloger, l’ordinateur est un véritable territoire occupé. » Summum du vice : « Pour pouvoir aller sur le PC, j’enlève le câble d’Internet et j’attends qu’il (son frère) en ait marre. Dès qu’il s’en va, je pique la place et me voilà le roi du pétrole », raconte fièrement Malik, haut dignitaire des fourberies du net. Les parents, souvent impuissants face à cette addiction, la considèrent responsable de tous les maux et cherchent les parades pour limiter les dégâts.

Et Dieu créa le WIFI : cette innovation, qui permet la connexion de plusieurs ordinateurs en même temps, a débouché sur la signature d’accords de paix dans de nombreux foyers. Mais cette pacification a un prix : les grands frères et grandes sœurs qui acceptent de céder le trône de l’ordinateur familial, optent pour le must, qui leur assure confort et tranquillité.

Widad Kefti et Ndembo Boueya

Widad Kefti –

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