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Avouons-le, nous autres rats de Bondy, sommes des goujats de la pire espèce, des êtres rustres envers les demoiselles de notre terroir, des gouniafiers de la dernière engeance.

« T’es moche mais j’ai faim » est un râle de séduction trop souvent poussé par nos mâles. Pas étonnant alors que les demoiselles les plus censées nous fuient, ne nous laissant en pâture que les fromage-girls, les filles Diams qu’on envoie en première ligne à la moindre embrouille de cité. Les agences tout risque de la gent féminine, qu’on reconnaît en soirée par leur tendance à gratter sous et cigarettes par un rentre-dedans aussi délicat qu’une blitzkrieg.

Sortir avec un panzer en Lacoste n’est pas une fatalité néanmoins, nos seigneurs rats nous le montrent bien. Encore une fois ils réussissent l’impossible et arrivent à s’octroyer la délicieuse compagnie des plus belles naïades, celles qui mangent de la salade, vous charment par des gestes grâcieux, une rhétorique épurée d’insultes, et une conversation jamais entrecoupée de crachats.

Leur secret ? Une vie à Bondy les a rendus maîtres dans l’art de l’affabulation, de la tchatche et du bagou. Mais il ne s’agit plus ici de persuader un ami que vos jours sont comptés, pour pouvoir poser vos crocs sur son kefta double. Ni même d’un petit mensonge pour épicer un dossier humiliant. Il faut plaire, vendre un rêve, tisser une matrice autour de votre vie pour que celle qu’on convoite oublie votre corps de merguez et vos manières d’orques des montagnes. Cette pratique de transformer sa vie en film a donc conduit certains de nos concitoyens à vivre dans une mythomanie perpétuelle. Certains voyagent encore vers Paris, magazine Casting sous le bras, sapés comme des Italiens, croyant en leur propre gausse qui les a institué top model – même si leur capital séduction égale celui d’une crotte de nez.

Les mythos de Bondy sont décidément très inventifs : entre les échappés d’Alcatraz, les stars de rap américains, les trafiquants d’armes et la communauté juive qui voit ses effectifs gonfler bizarrement à chaque La vérité si je mens, la ville regorge de Jarod (de la série Le caméléon).

Avant de balancer la disquette qui fera de vous le Brad Pitt local, il faut approcher l’être convoité. Seul notre rat du mordor peut se permettre un « viens-là ! » lancé en direction d’une demoiselle avec des résultats conséquents. Les autres doivent une fois encore la jouer stratège. Notre tactique la plus connue est un legs de la Haute Antiquité. Remercions les Grecs, plus particulièrement le roi d’Ithaque, car sans eux point de cheval de Troie.

Cette stratégie de séduction se décline en plusieurs variantes. L’une d’elles consiste à utiliser sa compagne actuelle comme sésame vers des visages plus avenants. Chasser dans l’entourage amical de votre fiancée est un acte de grande perfidie. Mais pensez que vous ferez ainsi le bonheur de ses meilleures amies, qui la jalousent en secret et n’attendent que ça ! On peut également envoyer un alter ego dont personne ne se méfie vers un groupe de filles et le rejoindre une fois qu’il est bien implanté dans la place. Tout est bon pour pénétrer ce Fort d’œstrogènes.

La stratégie dite des trois petits chats demande un travail d’équipe : un premier va au charbon, réunit les premières informations sur la cible. Comme il est lourd, il se fait jeter et laisse un second compléter le dossier. Un troisième profite de toutes les données collectées pour l’aborder comme une vieille connaissance.

Le cul de sac est la technique la plus dénuée d’humanité, elle fait de celui qui l’utilise un véritable charognard s’en prenant aux cadavres de fins de soirées et aux biches acculées. La belle en train de vomir son trop-plein de bière, la prisonnière du 303 bondé par les grèves de la SCNF, la convalescente clouée sur un lit d’hôpital, toutes celles qui sont, en gros, incapables d’échapper au butor qui veut gratter l’amitié, sont autant de victimes probables du cul de sac.

Ces techniques sont les plus utilisées dans notre ville, mais il y en a beaucoup d’autres. Comme celle qui consiste tout simplement à vous montrer à l’être aimé sous votre vrai visage. Les femmes apprécient la sincérité, ni votre fortune ni votre beauté ne les intéressent. Ce qui importe pour elles, c’est ce qu’il y a à l’intérieur de votre petit cœur d’ourson. Ces êtres sensibles n’apprécient rien autant que les balades romantiques, main dans la main, dans ce monde enchanté au ciel rose bonbon, où chaque matin un adorable bisounours vous chante un air enjoué pour vous tirer de votre lit fait de nuages.

Redescendons sur terre : si on est vraiment nous-mêmes, avec les Bondynoises, on est condamné à l’abstinence. Evitons de prendre ces jeunes filles pour ce qu’elles ne sont pas, seuls les chiens répondent quand on les siffle dans la rue. De même, hausser le ton lors d’une approche manquée n’améliore pas notre cote d’attractivité. Il faut reconnaître la source de notre incompréhension : les femmes viennent de Venus, et nous des égouts.

Idir Hocini

Idir Hocini –

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