photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Tour à tour cité de naissance d’une légende vivante de football et plaque tournante de la drogue faisant les gros titres, la Castellane redoutée et crainte est aussi un point d’ancrage pour les âmes qui s’y sont attachées, malgré tout… Immersion.

Un chat siamois traverse avec agilité le muret fendu qui domine le terrain vague sur lequel des carcasses de scooters côtoient les déchets qui servent de repas, royal, aux rats obèses. Le félin s’approche doucement du tas d’ordures et saute nerveusement dessus. Chaîne alimentaire. Plus loin, deux jeunes garçons. Le portable posé en haut-parleur. L’un deux kicke un seize mesures et je reconnais, les punchlines de Niro, rappeur de Blois, auto-proclamé « Chat noir ». « Ils veulent tous N.I.R.O, ma vie c’est pas la tienne gros, au bord du gouffre j’ferais pas marche arrière, derrière y a tous mes blem-pro… »

Ça sent le son des tours, c’est dissident, ce samedi, à la Castellane. « K-sté » pour les minots, « bastion du cannabis » pour la presse, « plaque tournante de la drogue » pour la police. La Castellane a vu grandir, entre ses très nombreuses et incalculables tours, Zinedine Zidane et plein d’autres gamins à l’accent chantant et aux vannes nombreuses. Aux talents révélés, parfois jamais décelés. A la violence aussi évidente que non maitrisée.

A l’entrée de celle-ci, un plan. Cette cité, la plus grande de Marseille me rappelle « les 4000 » de la Courneuve. Des blocs de barres de béton qui s’étendent sur plusieurs kilomètres et puis, rien. Les paraboles s’agrippent aux barreaux de ces grands ensembles, dont les halls sont les témoins intemporels des allées et venues incessantes. En cet après-midi ensoleillé,  jeunes gamins, filles et garçons, jouent en bas des tours. Pas de terrains de jeux, ils escaladent des monticules, se jettent de la terre et l’un deux hurle aux autres qu’il a trouvé « un ver de terre serpent ». L’imagination est débordante comme le sourire de cette maman qui croise mon chemin.

Elle m’écoute attentivement. Me confie, dans un murmure, « je peux rien dire… on ne peut pas trop parler… ceux qui font leur travail s’y attèlent, le reste… » Laisse sa phrase en suspend. Une gamine fait tomber ses billes, qui roulent jusqu’à nos pieds. « Il vaut mieux se taire. Vous savez, les parents sont au courant. Parfois ils en ont trois, quatre parmi eux.. Que vous dire ? Bien sûr qu’ils aimeraient que ce soit autrement mais des gamins de cet âge, on ne les enferme pas. J’en ai qu’un moi. » Elle touche sa tête,  superstitieuse. « Je l’ai envoyé loin. Il est à Toulouse, lui me dit de partir. Je ne peux pas. Ma vie est ici. Je ne veux pas partir. Je connais tout le monde. Je ne partirai jamais », répète-t-elle, inlassablement.

La gamine s’active à rassembler les boules translucides, éparpillées parmi les cailloux. La dame me la désigne. « Tu vois, on les voit grandir. Je les ai tous vus grandir. La Castellane, c’est gangréné depuis toujours. C’est pas plus eux que ceux d’en haut. Tout le monde le sait. » D’un revers de main, elle balaie le vent, concluant ainsi notre échange. Ses paumes sont oranges vives.

En juin dernier, plus d’un million d’euros avait été perquisitionné, plus d’une vingtaine de personnes interpellées au sein de cet ensemble peuplé de plus de 10 000 habitants et dont un jeune sur deux se trouve au chômage. De ces véritables cages à poules s’échappent des effluves de cuisine. Des linges pendent sur les balcons, des voisines se parlent aux fenêtres. Audi, Fiat 500, Smart et 307 sont garées en bas des tours, plus de choix que chez un concessionnaire auto.

Ils n’ont pas vingt ans mais ont le goût du risque. Font tout à fond. Sur leur t-max, roi des scooters, poussent au max. N’ont pas de casque parce qu’ils ont la tête dure. Parlent vite, rigolent fort, vendent beaucoup. A la Castellane, dans les quartiers nord, les sentinelles veillent car Marseille ne dort jamais.

Hadjila Moualek

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019