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À Avignon, l’ancienne prison Sainte-Anne ouvre ses portes jusqu’au 25 novembre. Elle abrite une partie de la collection Lambert, dans une exposition « la disparition des lucioles » en référence à Pier Paolo Pasolini. Le choc est saisissant. La résonnance des œuvres d’art avec le milieu carcéral est sans équivoque.

La bâtisse est imposante, blanche, au détour d’une petite rue avignonnaise du centre-ville. Sur sa façade est taguée « La prison c’est que dehors qu’on peut l’accepter ». Sur le fronton, en lettres capitales noires est gravé : « Maison d’arrêt ». C’est dans la prison de Sainte-Anne, vieille de 132 ans, que s’invite l’exposition « La disparition des lucioles ». La collection Lambert a pris ses quartiers dans ce lieu peu commun aux œuvres d’art.

À peine le perron de pierre passé, le souffle est court. Les murs de pierre transpirent. Les grilles en fer ouvertes vous invitent à la visite. Les longs couloirs s’enfilent, portes ouvertes ou fermés. L’effet est saisissant. La prison est restée presqu’en l’état lors de sa fermeture au début des années 2000. On a l’impression que les détenus étaient encore là hier. Le semblant d’installation sanitaire est encore présent. L’odeur est poignante, âcre. Dans les cellules pour la plupart insalubres, des vestiges de leurs occupants sont visibles. Des tags, des posters de femmes et de voitures, parfois des dessins ornent les murs détériorés. La peinture est craquelée, elle tombe sous le poids du temps et de l’humidité. Les portes en fer sont rongées. Les œilletons cachés par des bouts de cartons scotchés ou tagués.

« Au-delà des nuages »

C’est dans cet espace synonyme de punition et d’enfermement que se sont invitées près de 200 œuvres d’artistes de grands noms tels que Brassaï, Boltanski, Genet, Wharol… Installées dans les cellules, les cours, les couloirs, avec un minimum de muséographie, les créations entrent en résonnance avec ce lieu chargé d’histoire et de symbole. Dans le premier couloir, une installation sonore de Dominique Gonzales-Foerster et Christophe van Huffel, amplifie la pesanteur du lieu.

Les œuvres font référence à l’enfermement, mais aussi au temps qui passe, à la solitude, aux émotions… Dans une cellule, « Skies » de Markus Schinwald, un ensemble de 12 huiles sur toile met l’accent sur l’étroitesse du lieu. « Au-delà des nuages », de Jason Dodge, motivent à l’évasion. Cette pièce de tissu de couleur « nuit » a été réalisée par une tisserande turque avec un fil qui fait la distance de la terre jusqu’au-delà des nuages. Derrière une grille fermée, un bateau et des livres en plomb semblent dériver.

Au détour d’un couloir, une série de 36 photographies de Roni Horn s’étalent. Des visages de clown blanc et rouge y apparaissent de manière floue. Au loin résonnent des bruits inquiétants d’une autre installation. On entre dans le quartier des isolés… Des inscriptions sur le sens de la vie sont inscrites sur les murs des cellules. À travers l’œilleton d’une cellule, le visiteur découvre le sablier rouge de Karl Andre. Dans une cour de promenade, l’installation de serpentins arc-en-ciel en plastiques du polonais Balka permet de reprendre son souffle.

« Désolé nous sommes mort »

Entre les cellules 55 et 66, Marceline Loridan-Ivens rescapée d’Auschwitz revient sur les lieux et relate son expérience de la prison Sainte-Anne dans un petit film. Détenue dans ces murs, avant d’être déportée, elle se souvient d’un gardien autrichien qui l’avait prise en pitié. Elle raconte la rencontre fortuite avec son père lui aussi détenu aux sanitaires. Elle apprendra plus tard que ce gardien avait fait sortir des courriers pour sa mère.

Les cellules et les œuvres se suivent ainsi sur trois étages en six tableaux : « Le temps qui passe, le temps qu’il fait », « Les archives », « L’isolement », « Le quartier des femmes », « Les rumeurs du monde derrière les murs », « La liberté retrouvée et le retour des lucioles ». On accède aux étages via les escaliers en fer d’époque. Au troisième, Adam Mc Ewen, étrangle le visiteur. Son installation Untitle (Dead), composée d’un panneau sur lequel est inscrit en anglais, « désolé nous sommes mort » surmonté d’une corde constituée de draps, rappelle le taux de suicide élevé dans les prisons françaises. Le lieu et les œuvres obligent le spectateur à s’interroger sur le rôle de la prison française. L’état de vétusté conservé questionne les conditions d’enfermement. Des centaines de personnes ont vécu dans ces lieux et d’autres vivent encore ainsi dans d’autres centres français.

Charlotte Cosset

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