photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

A la radio, on l’écoute. Elle a la voix posée. Dans les journaux, on la lit. Parfois cinglante, parfois drôle. Souvent opposée. A la télé, on la voit souvent énervée. Elle entre au lycée Blanqui par la grande porte. Quelques élèves, sans trop la reconnaître, la salue. C’est sa première fois, ici, dans un lycée. Elle a l’air contente d’y être. Elle est venue parler, échanger dans le cadre du cours d’Autodéfense intellectuelle de Sophie Mazet, professeur d’anglais. La dernière fois, c’était l’intellectuel Tzetan Todorov. Aujourd’hui, round 2, c’est Caroline Fourest, essayiste et journaliste, qui s’y colle.

La salle de conférence du lycée s’appelle Descartes. Elle dit que ça commence bien. Au fond, il y a Montaigne. Peut-être qu’elle aurait préféré. Qu’importe ! Elle s’engouffre. Elle n’a pas de sac, pas de stylo, juste sa tête et un manteau. Elle garde un foulard noué autour de son cou. « Au départ, je voulais être humoriste », lance-t-elle en se présentant devant l’assemblée. Ironie de l’histoire, son parcours est bien loin de ressembler à une sale blague. Tout compte fait, elle sera « journaliste et militante », parce qu’elle « pense que les deux sont compatibles ». Ce qui l’anime plus que tout, c’est le travail, en profondeur, sur « les idées », ce truc devenu dérisoire par les temps qui courent.

Dans la salle, il y a du monde. On l’écoute, silencieusement. Puis elle laisse la parole. Il est temps de lui poser des questions. Le vrai jeu peut commencer. On lui parle du féminisme, son premier combat et, ping-pong, de Tariq Ramadan, évidemment. « Ah, dès la deuxième question… Je suis un peu lassée », sourit Caroline. Elle ne pouvait pas y échapper. Tariq Ramadan à en partie fait la popularité de Caroline Fourest. Et pour cause, elle y a consacré « cinq ans de sa vie ». C’est un soir, au Maroc, que des amis lui parlent de Ramadan et de son alliance avec les Frères musulmans. « J’avais étudié les textes d’intégristes chrétiens (dans la lignée de son travail sur le Front National), avant de m’intéresser aux autres intégrismes. Et je retrouvais des phrases similaires dans les textes des intégristes chrétiens et des Frères musulmans ». Elle regrette, par ailleurs, que les victimes de cet extrême soit « les musulmans eux-mêmes ».

Un élève l’interpelle. Ping-pong, on passe de Ramadan à Zemmour. Il la félicite pour son débat avec « le bouffon » de France 2. Un autre la questionne autour de son livre,  « Libres de le dire », écrit avec Taslima Nasreen. Elle estime que les différences qui l’opposent à Taslima Nasreen, écrivaine musulmane devenue athée et menacée de mort par de nombreux intégristes, viennent de leurs passés : « Nous n’avons pas vécu les mêmes choses. Mais je tiens à dire qu’elle a un point de vue avant-gardiste. » On continue les sauts-de-mouton. De Zemmour à Nasreen, de Nassren à Marine Le Pen. Caroline Fourest, qui s’est longtemps intéressée au Front National, prévient qu’il va falloir « être encore plus vigilant avec la nouvelle présidente, Marine ».

Tantôt haïe, soutenue ou  menacée, Caroline Fourest avoue n’avoir jamais voulu arrêter. Même si, « les intégristes chrétiens, puis plus tard les intégristes musulmans, ont publié mon adresse postale ». Elle dit ça tranquillement, comme si elle racontait la visite dominicale d’une voisine. Mais elle tient à préciser que la « critique n’est pas du racisme », et inversement. Ce n’est pas parce qu’on critique les intégristes que tous les musulmans (ou les autres confessions) doivent forcément se sentir visés. Elle cite « un livre raciste, « La rage et l’orgueil », d’Oriana Fallaci, et des chiffres. Ceux parus dans Le Monde : « 48% des français estiment que l’islam représente une menace ». Pour elle, c’est simple, ça veut aussi dire que, « 52%  des français estiment que l’islam est une source d’enrichissement ou ni l’un ni l’autre (selon les termes du sondage). Et ça me rend optimiste ! »

Ping-Pong. On revient à Zemmour, à son procès, ses propos sur les Arabes et les Noirs. « En disant cela, Eric Zemmour justifie les contrôles au faciès, et je ne suis pas d’accord », s’insurge Fourest. L’assemblée est bouche-bée. On l’écoute sans bailler, sans brailler. Tout y passe. On en vient aux piscines mixtes : « Moi aussi ça me dit bien de nager qu’avec des filles, sourit-elle, mais ça dépend des intentions. » Il y a les complexées qui, comme elle, préfèrent nager entre elles. Et il y a les autres. « Mais c’est vrai que parfois la non-mixité s’impose », conclut-elle.

Deux heures qu’elle est là. Elle a chaud. Mais elle ne lâche pas le fil des ses idées claires. Sophie Mazet est contente de voir un tel débat dans son lycée. Fourest lance un appel : « S’il y avait un tel atelier dans chaque lycée, ça irait mieux ! » Dernier retour de petite balle, dernier ping-pong. Elle dit que, « le fait d’être une femme a bien aidé Ségolène Royal ». Ping-pong. « Un mec comme Dieudonné ne me fait plus rire. » Elle n’en dira pas plus, pas moins. C’était le dernier cours d’Autodéfense intellectuelle. Il y avait Caroline Fourest et 80 élèves. Sophie Mazet cite une « philosophe moderne de notre siècle » pour conclure, Lady Gaga : « Nothing Else I Can Say eheh. » Pour ceux qui ne parlent pas anglais, tant pis !

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019