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 La Fabrick des délices : un snack proposant des bricks au menu mais aussi des cours de cuisine marocaine. Voilà l’aventure dans laquelle s’est lancée Imen, accompagnée de sa famille. Chahira est allée à sa rencontre.

Un samedi après-midi, je me rends à la Fabrick des délices. C’est un restaurant rapide dédié à la brick, spécialité tout droit venue du Maroc. On y trouve aussi un atelier de cuisine marocaine pour s’initier à la cuisine marocaine. J’ai rendez-vous à 15h avec Imen, la gérante, et je n’ai pas encore déjeuné, je meurs de faim! Quand j’arrive, je sens déjà les odeurs titiller mes papilles.

Le restaurant est un petit snack, avec une décoration sobre et moderne, où on trouve douze places pour manger sur place. La salle est vide pour l’instant. Je commande un menu gourmand. Mon choix se porte sur la brick au poulet et comme dessert une panacotta au coulis de dattes. Alors que je m’apprête à déguster mon repas, un homme entre dans le restaurant. Il commence à évoquer ses nombreux voyages au Maroc. Imen, qui est au côté de son mari et de son frère Zubayr, lui dit en riant « Vous avez sans doute vécu plus que moi au Maroc, alors que je suis d’origine marocaine. »

brickCet espace dédié à la brick et à la cuisine marocaine, attire en effet beaucoup de monde des quartiers voisins. D’ailleurs cet homme, français d’origine, d’une quarantaine d’année, annonce qu’il n’est pas venu manger seul mais qu’ils seront dix à table. Le petit espace se remplit vite en quelques minutes et chacun de passer sa commande. Certains mangent avec fourchette et couteau, quand d’autres mettent de côté leurs couverts et se mettent à manger avec leurs mains, imprégnés par la petite ambiance marocaine. Je quitte la petite salle pour me rendre à l’arrière boutique où se trouve l’atelier cuisine, où s’est déroulé le matin même un cours pour enfants.

Le petit commerce roule doucement pour l’instant et pour Imen, ce petit restaurant est toute une aventure familiale. Cette femme de 38 ans, née en France et d’origine marocaine, mariée et mère de deux enfants (10 et 8 ans), n’a pas toujours baigné dans la restauration ni dans l’entreprenariat. Titulaire d’une licence en management commerciale qu’elle fait en alternance avec la Poste, elle est recrutée juste après en tant que cadre commercial. Un poste qu’elle va occuper pendant quatorze ans et dont elle dit être « une superbe expérience« . Imen veut pourtant passer à autre chose et décide d’entreprendre. Elle commence une formation de 9 mois en CAP petite enfance pour pouvoir ouvrir une crèche. L’ouverture d’une crèche étant très compliquée, Imen abandonne l’idée. Elle revient ainsi de sa formation pour réintégrer son emploi à la Poste, mais il s’avère que son poste a été pourvu par quelqu’un d’autre. Le nouveau poste qu’on lui propose ne lui convenant pas, d’un commun accord, elle se sépare de la Poste.

Elle reste au chômage pendant un an où elle redécouvre les joies d’être maman. Son époux est chauffeur de taxi et subvient aux besoins de la famille. Mais Imen, n’ayant pas d’activité professionnelle, se sent devenir esclave de son ménage. Elle souhaite aussi porter le voile et sait que pour trouver un emploi ce sera le parcours du combattant. L’idée d’entreprendre lui revient à l’esprit, et l’idée de créer un concept autour de la brick émerge. A l’approche de la quarantaine, elle décide avec son mari de chambouler leur vie. Son mari vend son taxi et ils créent  Fabrick des délices. Elle raconte : « L’idée m’est venue il y a 17 mois. Et vu tout ce qu’on entend au sujet de la femme musulmane, la raison pour laquelle elle porte le voile… Certaines ont leurs raisons de porter le voile, d’autres n’en ont pas mais personne ne connaît les vraies raisons. Et du coup, je me dis qu’ici, au-delà de l’aspect de présenter un projet qui me plaît, qui plaît aux gens, que je veux vendre et que je voudrais développer, il y a aussi le fait que derrière ça, il y a une femme, elle est musulmane et elle est voilée… »

Au passage, je lui fais la remarque que son mari est aussi aux fourneaux. « Oui, effectivement. On a fait aussi ici un atelier exclusivement d’hommes et des musulmans en plus, ce qui casse le cliché. Ce n’était pas forcément des gens qu’on connaissait, ça s’est lancé sur Twitter. C’est un gars qui m’a posé la question « Est-ce que vous êtes ouverts aux hommes? » et je lui ai répondu oui. La plupart de ces hommes était des « barbus » pour généraliser. On n’est plus dans le cliché d’avant, de dire, parce que c’est un arabe, il est forcément assis sur son canapé et sa femme est dans la cuisine et elle est « soumise ». Ces hommes ont aimé cuisiner, ils ont apporté le plat à leurs femmes. Ils ont passé quatre heures ici… »

Imen est étonnée d’ailleurs de cet engouement, car au départ ce n’était pas sa clientèle cible. Son concept s’adresse certes à tous, mais plus particulièrement aux « Français bobo« , ouverts, qui apprécient de découvrir des choses nouvelles, la cuisine du monde. Elle explique son choix de la spécialité marocaine : « Les gens veulent découvrir des choses nouvelles, et je pense que c’est le moyen de s’ouvrir aux autres. Le Maroc, c’est vrai que c’est un pays que les gens connaissent, mais pour moi, c’est le moyen d’être ouvert aux autres, de permettre aux autres de s’ouvrir. Et moi aussi de m’ouvrir. J’ai beau être une femme voilée, je suis comme n’importe qui d’autre…Les clichés me rendent différente, mais je suis comme vous, je suis française, le message est là. Et quand on est ici, c’est vrai que c’est un lieu où on peut parler du Maroc et je fais toujours le lien avec mon amour de la cuisine marocaine et de la cuisine en général. »

Cette amoureuse de la cuisine n’a pourtant jamais appris la cuisine marocaine à la maison, auprès de sa mère : « Je n’ai pas eu la transmission de la cuisine marocaine, on ne me l’a jamais imposée. Et si j’ai commencé à apprendre c’est parce que je l’ai voulu. Ma mère ne m’a jamais dit, tu vas bientôt te marier, il serait temps que tu te mettes à la cuisine. Au contraire, elle me disait « Va apprendre, passe ton bac, il faut que tu réussisses dans la vie »(…). Et en fai,t c’est en me mariant…Ce n’est pas mon mari qui m’a imposé, j’insiste bien… on a son petit foyer, on est dans son petit cocon. On veut recevoir des gens, que ce soit de la famille ou des amis…et du coup, on est obligé de s’y mettre à la cuisine. La plupart de mes amis étaient à 99% des Elodies, des Marjorie…qui venaient à la maison. Je n’avais pas vraiment d’amis maghrébins, par rapport à l’environnement où j’étais, que ce soit vers chez moi, à l’école ou au boulot. Alors à ce moment-là, c’était à chaque fois « allô maman, comment tu fais ça ? Allô maman, comment tu fais-ci? (…). Mon mari a subi, au début, toutes mes catastrophes culinaires… Il a été mon cobaye sur tout » , finit-elle en riant.

 fabrickAujourd’hui, Imen qui maîtrise l’art culinaire marocain transmis désormais par sa mère, tient son restaurant avec son mari Mehdi et son frère Soufiane. Parfois aussi son petit frère Zubayr leur donne un coup de main en attendant de reprendre ses études en licence agro-alimentaire. Une affaire familiale qui commence à se faire connaître dont le concept plaît, mais où pour l’instant personne n’a encore de réel salaire. Tout le monde y est bénévole pour que l’affaire puisse continuer. Mais l’aventure qui n’a débuté que depuis juin 2012, continue pour Imen. Elle croit en son projet où elle se sent épanouie, dans son nouveau job de cuisinière en herbe.

 

 

Leur page facebook : https://www.facebook.com/pages/Fabrick-des-delices/445354658837595?ref=ts&fref=ts

Leur site : http://www.fabrickdesdelices.fr/

 

Chahira Bakhtaoui.

 

 

 

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