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La ligne 249 du bus est comme toutes les autres, quelques arrêts importants où tout le monde descend et d’autres pour lesquels les bus ne s’arrêtent même pas. L’arrêt Paul Bert, à Aubervilliers fait partie de ceux-là. Mais depuis un an, une vie de quartier s’est recréée autour d’un projet : la création d’une friperie solidaire.

Diana Drljacic, à l’origine du projet, voulait créer « un lieu de bien-être, où les gens se sentent bien », c’est réussi. En effet, le petit local de la rue Paul Bert est bien agencé et lumineux comme toute bonne boutique de vêtements. On le remarque et on a envie de s’y arrêter, loin des clichés sur des friperies jugées souvent austères. A La Fripouille, on ne trouve pas que des vêtements mais aussi de la vaisselle, des livres, des jouets, des confitures d’un producteur local. Les articles sont colorés, comme neufs et très peu chers puisque la gamme de prix s’étend de cinquante centimes à dix euros. Ils sont mis en place sur des étagères, également artisanales et fabriquées par des bénévoles avec des matériaux recyclés.

Pour Diana, il est important que les objets ne soient pas donnés, notamment pour que les clients, même en grandes difficultés financières, se « rendent compte de la valeur des choses ». Et cette idée s’applique également pour des enfants qui peuvent venir y troquer leurs jouets d’eux-mêmes, sans leurs parents. Une vraie école de la vie. L’endroit est donc esthétique et tourne grâce à quinze bénévoles réguliers, toujours animés par un même esprit solidaire et de partage. « Ici, on enrichit notre patrimoine commun » poursuit Diana.

P1020774Et les gens, se sentent-ils bien dans ce lieu ? Je vais rapidement avoir ma réponse, notamment avec Cathy, habitante du quartier depuis deux ans et demi et qui y a vu un « vrai changement avec l’ouverture de La Fripouille ». « Ici, on trouve des choses abordables mais surtout jolies », poursuit-elle. Et ce qui m’étonne, en effet, c’est la qualité des articles proposés. Des vêtements de marques, des livres en parfait état, La Fripouille tente de proposer des articles dans un état quasi-neuf. « Il y a un gros travail de tri de la part des bénévoles » nous dit Diana, « une journée par semaine, le lundi, est consacrée au tri et à la remise en état de certains produits ». Taous, bénévole, mais également cliente du lieu (les bénévoles disposent de quinze euros par semaine pour faire leurs emplettes) nous parle des débuts difficiles du projet : « au début on était sur les marchés, ce n’était pas facile » mais « ici, tout le monde trouve son bonheur et on trouve des choses vraiment bien ». D’ailleurs, en parlant de tri, Diana me fait visiter le sous-sol de la boutique, réaménagé en dépôt. Des monticules de vêtements s’entassent dans les 35 mètres carrés du lieu mais elle ne semble pas perdue dans sa caverne d’Ali Baba. « Ici, ce sont les vêtements pour le 30 novembre, où on organise une grande vente festive, et là, c’est ce qu’il nous reste à trier ».

Cathy nous dit également qu’à Aubervilliers, « il n’y a pas de lieux comme ça et puis avec mes horaires, je suis contente de pouvoir venir ici ». J’ai la confirmation ensuite par Diana qu’ « il n’y a as de magasins de vêtements à Aubervilliers, notamment pour femmes », et c’est sans doute aussi ce qui explique le succès du lieu. Car La Fripouille est un vrai succès. Ouvert quatre jours par semaine, le lieu ne désemplit pas et a véritablement créé une vie de quartier. Maintenant, « on a une raison de s’arrêter ici » nous confirme Stéphanie, salariée de l’association et albertivillarienne depuis 25 ans. François, bénévole incroyable de créativité me raconte qu’il « fabrique des marionnettes avec des matériaux recyclés », ce retraité est l’inventeur de la bande et anime des ateliers toutes les semaines, à La Fripouille, pour faire partages son savoir-faire artistique. Pour ce clown à la retraite, le partage est capital et « les gens m’apportent autant que je leur apporte ». C’est aussi ça La Fripouille, un lieu « de rencontres, où les clients se sentent valorisés et ou on s’enrichit de l’autre », pour Diana. François me présente enfin un peu mieux les autres bénévoles. « Michelle, là-bas, c’est notre commerciale, elle vendrait un réfrigérateur à un esquimau ! Et Stéphanie, c’est l’accueil, le contact, la joie, elle fait revenir les gens ». Alors que je discute avec François, trois femmes de la sécurité-école entrent dans le magasin et semblent connaître tout le monde. François m’en parle : « Elles viennent se réchauffer entre deux sorties d’école, c’est aussi ça La Fripouille ». Les portes sont toujours ouvertes, à tous et si vous passez près d’Aubervilliers, je vous recommande d’y passer !

Jonathan Sollier

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