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Ce lundi soir, Emmanuel Macron clora la 45e édition du G7 depuis Biarritz, après trois jours d’entretiens bilatéraux, de conciliabules et de réunions solennelles entre les pays les plus puissants du monde. Le président de la République aura donc eu trois jours pour réfléchir au thème choisi pour cette édition : la lutte contre les inégalités.

Peut-être aura-t-il réalisé à quel point le choix de placer ce G7 sous la bannière des inégalités est cynique pour un pays comme la France où elles ne cessent de s’ancrer, de s’aggraver, de miner des destins entiers et de barrer l’horizon de millions de femmes et d’hommes.

Faut-il rappeler que la France est un « modèle » en matière d’inégalités ? Que nous vivons dans un pays où 10% de la population détient plus de 50% des richesses ?

En France, on ne mène pas la même vie selon que l’on soit fils de professeur, de cadre ou d’ouvrier. Selon qu’on soit une femme ou un homme. Un enfant de Français ou un enfant d’immigrés. Un valide ou un handicapé. Selon que l’on habite à la ville ou à la campagne.

Dans tous les domaines, à toutes les échelles, la France est traversée par des inégalités profondes. L’inégalité des chances, d’abord, celle qui facilite à certains la réussite quand elle la rend si lointaine à d’autres.

L’inégalité du quotidien, aussi, tout au long de sa vie. Celle qui fait que l’enfant de Bondy a moins d’heures de cours que l’enfant de Passy, parce que, quand sa maîtresse s’absente, on la remplace moins facilement. Celle qui fait que ses professeurs, au collège, changent tous les ans, parce que ce sont pour l’essentiel des jeunes fraîchement diplômés, arrivés là sans avoir le choix. Celle qui l’empêche, au lycée, de passer le baccalauréat qu’il veut, faute d’options disponibles, faute de choix, faute d’être né au bon endroit.

L’inégalité, c’est celle qui le dissuade ensuite de poursuivre ses études à Paris, dans les établissements les plus prestigieux. Pas de transports, pas d’argent, pas de vœux acceptés sur Parcoursup… Parfois même pas de tentative, l’auto-censure étant courante chez ceux dans le sens desquels la roue tourne si rarement. L’inégalité jusque dans les esprits.

L’inégalité de traitement, aussi, quand la France contrôle 20 fois plus ses enfants noirs et arabes que ses enfants blancs, comme l’a prouvé le Défenseur des droits en 2017. Comment ne pas parler aussi de ces territoires où se soigner est si difficile, de ceux où il faut parfois attendre une heure pour récupérer un colis, faire des kilomètres pour voir un agent de l’Etat ?

Même dans le loisir, la société française est inégalitaire. L’INSEE a par exemple démontré qu’en 2012, 23% des ouvriers étaient allés au théâtre ou à un concert au moins une fois dans l’année, contre 63% des cadres supérieurs.

Le plus dangereux dans tout ça est peut-être qu’en lisant ces lignes, vous n’avez rien ressenti de particulier. Parce que tout ça, vous le saviez. Parce que nous avons toutes et tous intégré que l’égalité de notre devise républicaine est un idéal bafoué.

Nous-mêmes, au BB, nous avons tant écrit sur ces inégalités. Depuis 2005, nous les dénonçons, nous les illustrons à travers nos reportages, nos enquêtes, nos récits. Nous nous battons pour que ces récits aient plus de visibilité dans d’autres médias. Depuis quatorze ans, nous allons à la rencontre de ceux qui tentent d’abattre ce mur des inégalités, de ceux qui le prennent en pleine face, de ceux aussi qui le surmontent.

A ceux qui nous soupçonnent parfois un quelconque engagement partisan, politique, idéologique, voilà la réponse que nous opposons sans relâche depuis plus d’une décennie. Si notre journalisme est engagé, il l’est dans une seule direction : la lutte contre ces inégalités et les discriminations qui en découlent et le combat pour porter la voix des habitants des quartiers populaires.

Alors, à l’heure où le chef de l’Etat affiche la lutte contre les inégalités comme une priorité mondiale, nous n’avons pas résisté à la tentation de rappeler ces quelques évidences.

Ilyes RAMDANI

Crédit photo : White House

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