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De nombreuses personnes en dehors d’Espagne se demandaient, en observant les chiffres décevants de la situation économique espagnole, pourquoi les citoyens ne s’étaient pas encore révoltés contre le « système ». Ce temps est aujourd’hui venu. Au cours des trois derniers mois, le mouvement s’est construit, via internet et les réseaux sociaux. Il est sorti du virtuel le 15 mai dernier avec une manifestation de masse dans les rues de Madrid, qui s’est transformée en une occupation sans précédent, pacifique et organisée, de la Puerta del Sol. Sous le slogan « Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers », au kilomètre zéro des routes espagnoles, les manifestants ont fait assaut de propositions pour conduire régénérer le système politique et économique.

Leurs revendications sont, selon leurs propres mots, « essentielles » : éliminer les privilèges de la classe politique, lutter contre le chômage, avoir droit au logement et à des services publics de qualité, contrôler les banques. D’autres mesures proposées concernent la fiscalité, la « citoyenneté libre », la démocratie participative et la réduction des dépenses militaires. (Pour plus en détails sur ces revendications: http://democraciarealya.es/?page_id=234).

Et pourquoi les demander maintenant ? Parce que c’est le bon moment. Elles ont vu le jour une semaine avant les élections régionales et municipales qui ont eu lieu dimanche en Espagne et où le Parti Populaire (PP) a arraché le pouvoir au Parti socialiste (PSOE), ce qui se produit toujours chaque « huit », au terme de deux mandats, bipartisme oblige. La nouveauté : les votes blancs et nuls ont augmenté, passant du 3,12% en 2007 à 4,24%, ce « camp » devenant potentiellement la quatrième force politique. Le bon moment aussi, parce que beaucoup de personnes n’en peuvent plus : le taux de chômage a franchi la barre des 20% (il était de 8% en 2007) et les aides ont diminué. En février, le gouvernement a ordonné la suppression (pour août) de l’aide de 426 euros pour les chômeurs de longue durée, seule source de revenu pour de nombreuses familles dont les membres sont sans emploi.

La mobilisation s’est propagée à autres villes espagnoles, ailleurs en Europe et dans certains pays d’Amérique latine. A Paris, les expatriés espagnols et un grand nombre de Français et d’étrangers ont adhéré aux idées de la Puerta del Sol. Ils ont formé ce qu’on appelle désormais le « mouvement parisien ».

Comme souvent, tout événement majeur commence par de petites actions. Monica a créé un événement sur facebook : « Spanish revolution à Paris », qui a réussi à réunir environ 300 personnes devant l’ambassade d’Espagne jeudi dernier, parties de la Place du Trocadéro, « escortées » par la police. Le mouvement s’est organisé en comités : Action, Logistique et Communication et Diffusion, eux-mêmes divisés en sous-comités. Les propositions sont mises en commun lors d’assemblées générales. Le dialogue se veut dynamique Étant donné le large éventail de nationalités, les discours sont traduits simultanément en français. Lorsque tous les volontaires se sont exprimés, les propositions sont soumises au vote, qui se fait à main levée.

Depuis vendredi, ils ont « investi » la place de la Bastille, et le mouvement va s’amplifiant. Ceux qui le forment ne pensent pas quitter les lieux pour l’instant parce que « beaucoup de travail reste à faire ». Samedi, ils ont été forcés de quitter temporairement la place de la République pour laisser place à une manifestation d’Ivoiriens. Les CRS ont forcé ces militants à se scinder en groupes de 30 personnes. L’un d’eux a été encerclé par la police et escorté jusqu’à la place de la Bastille, où des numéros de téléphone d’avocats ont été distribués au cas où des manifestants seraient arrêtés.

La « sous-commission des manifestes » a rédigé rapidement une « déclaration parisienne », inspirée de celle de la Puerta del Sol. Celle-ci a été diffusée dans les médias en France et à l’étranger. Le mouvement attache une grande importance à la relation avec Madrid, avec qui ils sont en contact via Skype. Un des manifestants a lu un message qu’il venait de recevoir d’un collègue à Madrid où il est dit que « nous devons diffuser nos idées, sinon nous n’arriverons à rien. Ce qu’il faut, c’est une révolution à l’échelle mondiale. »

La « Démocratie réelle » est en marche… A Paris, les personnes mobilisées ne veulent pas quitter la place de la Bastille, elles convoquent des rassemblements tous les jours de 19 heures à 22 heures. Une manifestation est prévue dimanche 29 mai. Femmes, hommes. Tous ont faim de révolution. Ils sont déterminer à « se battre » car résister est, d’après eux, la seule façon d’obtenir les changements qu’ils souhaitent.

Beatriz Alonso

Photos : Xandre Rodríguez Álvarez

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=LvgvAhok9I0[/youtube]

Pour plus des informations:
Facebook : la révolution d’Espagne à Paris
Twitter : # acampadaparis
Streaming : http://www.ustream.tv/channel/democracia-real-paris

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