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Cela fait maintenant près de trois ans que le bruit court à Niort, dans les Deux-Sèvres (79), et s’étend dans les villes environnantes : moyennant monnaie, la Seine-Saint-Denis enverrait ses pauvres dans le Poitou. La député-maire de Niort vient de porter plainte. 

Excédée par des rumeurs infondées qui courent dans sa municipalité depuis plusieurs mois, Geneviève Gaillard, député-maire PS de Niort, a porté plainte pour mettre fin à la rumeur qui voudrait faire croire que la ville de Niort recevrait des subventions pour accueillir des « noirs » venus de Seine-Saint-Denis. Elle a déposé plainte le vendredi 11 octobre « contre X » auprès du parquet de Niort pour « préjudice causé à l’autorité publique par des assertions mensongères » (source AFP).

Au fil des mois, la rumeur basée sur des préjugés devient de plus en plus insistante. La machine à fantasme s’est emballée, à tel point qu’elle s’est étendue à d’autres villes de province qui craignent une invasion de noirs. Dans sa lettre au parquet, l’élue de Niort regrette la « persistance et l’ampleur d’un phénomène qui porte en lui la provocation (…) à la discrimination, à la haine, à la violence ». Selon cette fausse information sans source identifiable ou vérifiable, la ville de Niort aurait signé une convention avec le Conseil général de Seine-Saint-Denis pour accueillir des « personnes de couleur noire (!), originaires de ce département ou d’ailleurs, mais en tout cas, non niortaise », écrit l’élue (dans sa lettre). Une telle convention n’existe pas, « c’est impossible et ridicule », a-t-elle expliqué, démentant ainsi ferment des ragots qui font le jeu de ceux qui veulent diviser pour mieux régner.

Ce mensonge a également provoqué l’exaspération de Stéphane Troussel, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, qui estime que cela « dénote un climat malsain et délétère, une hystérisation du débat démocratique, par des groupes extrémistes, qui repose sur des idées constitutives de haine, de violence, de discrimination ». L’option d’un dépôt de plainte a été écartée « pour ne pas faire écho à des attaques malsaines insupportables », toujours selon Monsieur Troussel.

En tant qu’habitant de la Seine Saint Denis je suis attristé par cette énième rumeur qui ferait de nous le problème de la France. Je condamne l’expression qui est souvent utilisée par une certaine presse au moment de parler de notre département, « l’un des départements les plus pauvres de France et à forte population immigrée ». Cette périphrase accablante ne fait que donner plus de poids à la rumeur. Dénoncer la rumeur pour ensuite dévaloriser la Seine-Saint-Denis de la sorte, c’est comme mettre du sel sur une plaie ouverte. C’est cruel. C’est mesquin. Cette périphrase cristallise le lieu commun qui est à l’origine de cette fausse rumeur et alimente les théories du complot. Ce raccourci est lamentable, il lie immigration, pauvreté et insécurité. Ce raccourci facile rabaisse un département en pleine expansion qui attire de nombreuses entreprises (SNCF, Orange, GDF, Publicis, Samsung…) et qui abrite la cité du Cinéma, entre autres.

Comme tout bon Séquano-Dionysien, je suis indigné par la rumeur persistante qui voudrait faire croire à des Français que d’autres familles françaises, ou qui résident en France depuis des années, seraient un problème qu’il faudrait faire disparaitre par tous les moyens nécessaires. Je suis indigné qu’une manipulation sordide, puisse faire croire à nos concitoyens que « l’un des départements les plus pauvres » paierait d’autres villes pour qu’elles accueillent leurs pauvres. Voilà un raisonnement qui n’a aucun sens. Un département déciderait donc de s’appauvrir en payant pour faire partir ses familles noires par ce qu’elles sont identifiées comme « pauvres » ? Comment peut-on un seul instant imaginer une transaction entre un département et des villes ayant pour objet des êtres humains ? Voilà un scénario tordu qui ferait mourir de jalousie les plus grands auteurs de science-fiction !

En cette période électorale où les coups bas seront nombreux, j’en appelle à l’intelligence et au bon sens des citoyens de toute la France. Françaises et Français, je vous demande d’être vigilants, de ne pas vous laisser aveugler par des prestidigitateurs déloyaux qui ne font que détériorer le vivre ensemble. Ces rumeurs répugnantes ne servent qu’à stigmatiser une catégorie de la population française qui a les mêmes aspirations que la grande majorité des Français. Nous souhaitons tous avoir la sécurité de l’emploi, vivre dignement et en paix dans une France qui ne fait aucune distinction de couleur. Les noirs de France n’ont pas le monopole de la pauvreté. Les immigrés n’ont pas le monopole de l’insécurité. Et même si cela peut paraître évident, il est utile de rappeler que la pauvreté n’a pas de visage. C’est un fléau qui frappe tous les Français sans aucune distinction de couleur de peau.

Balla Fofana

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