La lutte contre la tuberculose est une mission déléguée par l’État au conseil général. Actuellement, il existe six centres, à Saint-Denis, Montreuil, Aubervilliers, Aulnay-Sous-Bois, Villemomble et Noisy-Le-Grand avec chacun un secteur. Une partie va fermer ses portes, dans le cadre d’un regroupement autour de deux centres importants. Le Conseil général gère par ailleurs un centre spécialisé dans les IST (Infections sexuellement transmissibles), à Bobigny.
La tuberculose est une vieille maladie, loin d’avoir disparu malgré les vaccins. « Elle arrive à son point d’orgue fin XIXe début XXe avec l’industrialisation » affirme Robert Matra, 47 ans, docteur au CDDPS (Centre de dépistage et de prévention sanitaire) de Saint-Denis. « C’est à ce moment-là que nous nous sommes rendu compte que c’était une maladie qui avait besoin de promiscuité entre individus et était liée à des conditions sociales difficiles ». Elle touche de moins en moins de gens jusqu’aux années 80 et l’apparition de l’épidémie du Sida. « Tuberculose et VIH sont liés, car le VIH diminue les défenses de l’organisme et l’empêche de se défendre contre cette maladie » dans le cas où la personne est porteuse du bacille inactif de tuberculose. La Seine-Saint-Denis est l’un des départements de France les plus frappés, avec « quasiment les mêmes prévalences que la Guyane et que Mayotte ». C’est aussi un territoire très hétérogène. Certaines villes sont plus touchées que d’autres. « L’ouest du département avec Saint-Denis, Epinay, Villetaneuse est particulièrement impacté ». Concernant le VIH, le constat est le même. Selon le CRIPS (Centre régional d’information et de prévention du Sida), la Seine-Saint-Denis est, après Paris le département le plus concerné par la maladie de la région Ile-de-France, qui comptait la moitié des cas de VIH en France en 2009.
Le secteur Sequano-Dionysien est donc particulièrement concerné par ces questions sanitaires. Les hôpitaux envoient des patients positifs à la tuberculose aux centres, qui ont ensuite le devoir de les traiter, mais surtout de « faire une enquête ». Il s’agit de proposer un dépistage de toutes les personnes à risque, c’est à dire ayant été en contact prolongé avec le malade. « Il faut casser la transmission de la tuberculose le plus rapidement possible ». Youcef Mouhoub, responsable du Centre de dépistage de Saint-Denis et Aubervilliers ajoute « Le système d’alerte est très efficace. Nous sommes rapidement opérationnels et la tuberculose est une maladie à évolution relativement lente, ce qui nous laisse le temps d’agir efficacement ». En revanche, ce n’est pas toujours facile de faire venir les gens concernés par l’enquête. « Par respect du secret médical, nous préservons l’anonymat du patient ». Les gens ne se sentent pas toujours concernés. La convocation se fait par courrier et « il y a des immeubles entiers où il n’y a plus de boites aux lettres ». Bien souvent, il est nécessaire de faire des relances téléphoniques. Malgré tout, selon le responsable, « 75 à 80 % des personnes identifiées sont dépistées ».
L’appel du 8 juin, pour la santé du département
Le centre de Saint Denis est d’ailleurs l’un des rares à se déplacer pour certains dépistages. L’idée est de chasser la maladie dans les lieux où elle risque d’être, notamment les habitations précaires. « Nous travaillons avec des assistantes sociales, des médiateurs, des traducteurs ». L’objectif est de s’adapter à la réalité du territoire. « Cela explique aussi certains coûts » ajoute-t-il.
Le regroupement ne fait pas l’unanimité. En mars dernier, cette réorganisation a inquiété certains militants du POI (Parti ouvrier indépendant), d’EELV et du PG. Ils ont lancé une pétition signée par 500 personnes contre la fermeture du centre de l’hôpital Robert Ballanger, à Aulnay-sous-Bois. Michel Lefebvre (POI) est en colère : « Quand on voit la recrudescence de la tuberculose à Aulnay, on a du mal à croire que mettre un centre à Montreuil permette d’augmenter l’efficacité ». C’est pourtant ce qu’affirme Youssef Mouhoub « Ce sont de petites équipes. C’est très compliqué, notamment pour les gros dépistages, par exemple pour les scolaires ». C’est pourquoi les centres vont être regroupés de la façon suivante : « Un à Montreuil, qui est en cours d’achèvement. Nous sommes à la recherche de locaux également à Saint-Denis ou à Aubervilliers ». Il y aura également un centre de référence IST à Bobigny qui remplacera celui de Saint-Denis. Le responsable refuse de parler d’économie. « Les coûts seront les mêmes. Nous perdons en couverture, mais nous allons compenser par des antennes. Nous allons mettre en place des relais, les médecins et les équipes iront sur place faire des consultations. Nous voulons garder la proximité territoriale avec la population ». Pas de quoi convaincre Michel Lefebvre. Pour lui « il faut maintenir ce qui existait ». Les mécontents ont été reçus lundi par la direction du conseil général pour discuter de la situation.
Aucun poste ne sera supprimé avec ce regroupement selon Youcef Mouhoub. Au niveau financier, avec ses ressources, le centre de Saint-Denis « arrive à faire le travail ». En revanche, il est inquiet pour l’avenir, car l’ARS (Agence régionale de santé) pourrait ne pas reconduire ses financements à hauteur d’1,3 million d’euros par an. « S’ils sont supprimés, cela va devenir très compliqué. Le risque, c’est qu’on ne puisse plus du tout travailler ». Pour dénoncer cette situation, le département a lancé le 8 juin un appel pour la santé en Seine-Saint-Denis. Quoi qu’il en soit, la tuberculose n’est pas vaincue en Seine-Saint-Denis.
Mathieu Blard
La Seine-Saint-Denis encore touchée par la tuberculose
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