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Un jour des plus banals, moi, perdue dans mes pensées, un homme, guitare à la main, pénètre dans le wagon du métro juste avant que les portes ne se referment. Il se fait aussitôt remarquer en demandant à des voyageurs de lui laisser la place pour faire son show, comme s’il entrait en scène. Il chante agréablement pendant un moment, s’arrête pour parler à des grincheux, leur disant : « Bah alors, faut sourire mon frère, pourquoi tu fais la tronche ? », puis reprenait son couplet. Il parvient à faire rire les gens, à gagner leur confiance et les pousse ainsi à participer au spectacle. Voilà comment au bout de quelques stations, « No Wowan No Cry » était chanté par tout le wagon.

Ces voyageurs qui ne s’étaient jamais vus auparavant, étaient tout aussi synchrones qu’un groupe de gospel. Ils ont donné volontiers la mitraille qu’ils avaient en poche avant de quitter la voiture, le sourire jusqu’aux oreilles. Quel spectacle ! C’était là un mendiant hors du commun. Jusqu’à présent je n’avais vu que certains profils types, que je vais tenter de vous décrire (les chiffres n’indiquent pas un ordre de préférence).

Numéro 1 : le classique. Il monte dans le wagon, l’air épuisé, le regard triste, cherchant la compassion, secoue sa main remplie de quelques pièces et traverse tout le wagon en slalomant entre les voyageurs, tout en disant : « Mesdames et messieurs, s’il vous plaît, je suis sans abri, j’ai perdu mon travail, je n’ai pas de quoi manger, je sollicite votre générosité et remercie celles et ceux qui auront la gentillesse de me donner une petite pièce, un ticket restaurant ou bien même une cigarette. »

Numéro 2 : le ringard. Il débarque avec son accordéon, béret sur la tête, et accompagne ses notes de sourires et de quelques clins d’œil, certain d’avoir un côté aussi romantique que Paris.

Numéro 3 : la faucheuse. Aussi bossue et courbée que Quasimodo, vêtue d’un long tissu noir qui la recouvre entièrement et ne laissant pas même apparaître son visage, elle erre dans le wagon tout doucement à l’aide de sa canne en égrenant un triste « s’il vous plaît… »

Numéro 4 : la famille hispanique. Elle vous réveille par son dynamisme et par le rythme de ses guitares. Les « Gipsy King » restent souvent les plus agréables à écouter.

Numéro 5 : le sensuel. Il tient son saxophone comme s’il enserrait son épouse et joue tout se trémoussant. Il met une ambiance assez particulière. Il n’est pas si loin du numéro 2.

Numéro 6 : Gepetto. Il voyage avec son équipement : une collection de figurines de bandes dessinées et de poupées diverses qu’il fait se combattre dans une scène digne de « Mortal Kombat ». Si mes souvenirs sont bons, Barbie avait battue Flash.

Numéro 7 : le silencieux. « Si ce que tu as à dire n’est pas mieux que le silence, alors tais-toi. » Il l’a bien compris, celui qui passe avec une petite caisse à la main et traverse le wagon calmement, sans prononcer le moindre mot.

Vous êtes sûrement tombés sur l’un d’entre eux. Lequel préférez-vous ?

Emira BK

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