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Attribué en fonction du physique, de la personnalité, d’une anecdote, il vous suit depuis longtemps. Ce deuxième prénom est une vraie identité de passage ou définitive. Qu’importe il peut en dire bien plus long qu’un prénom.

C’est l’heure du crime, les galeries du printemps chassent l’été Indien et ouvrent leurs portes. Le vent fait rage, ses rafales s’engouffrent dans les bretelles. En bas des blocs, sweats à capuches et grosses doudounes griffées font peau neuve. Deux paires d’Air max débattent sur le temps. Paraîtrait qu’il n’y a plus de saisons et que comme la pizza 4S elles se sont fait la malle. Ça jacte sur un ton apocalyptique de la jeune génération qui fume des joints plus tôt, qui « cale des marmots » trop tôt et qui a eu le goût du « gen-ar » dès l’âge Petit Bateau. « Tout se barre en courant même les hassanates ». Les gardiens du temple, mariés à l’asphalte, évitent de trop radoter, de trop ragoter, de peur de passer pour des vieux cons.

Par l’intermédiaire d’une blague, le thème des surnoms débarque. Ils sont prêts à pénave* si anonymat il y a. Le premier a une barbe fournie depuis qu’Aimé Jacquet est coach des bleus. Il est particulièrement branché soirées hall & weed où les mecs font des concours de plaidoirie entre un stade de foot en béton et une gare SNCF où le dernier vaisseau ferroviaire décolle pour Paris à 23h15, en temps de paix. Il a hérité du sobriquet de HH (Hipster Halal). « Franchement quand je vois les hipster de Paris je me dis que j’aurai du déposer un brevet. Mais ça me dérange. C’est pas le blase que je taggais sur les murs dans les années 90. C’est pas le vrai moi ce blase… ».

Son acolyte un type court sur pattes au crâne chauve s’essaie à une typologie. « Il y a des classiques les origines, le bled… dans chaque quartier tu as un mec qui s’appelle Zarzis, Manjak ou autre. Mais ceux qui marquent c’est les blases qu’on te donne pour un truc que t’as fait, pour ton physique, ton caractère ou ton comportement. Dans tous les quartiers y a un mec qui s’appelle Goloum,Grimace, Avrel ou Clepto quand c’est un grand chouraveur**».

Le bubar illustre son propos « par exemple un gars, depuis tout petit, on l’appelle mayonnaise parce qu’il avait tout le temps de la morve au nez. Il a sa boîte, il est gavé*** mais le blase est resté. Ou sinon Camel light ! C’est un keumé qui fume pas mais il a la gueule allongée comme un chameau, et on dit light mais c’est un haza****, il marche de travers avec sa canne à la Notorious BIG tu vois l’effet de style ?! Pareil le poto on l’appelle Omar la pince parce c’est un radin fini ».

Le sosie de Monsieur Propre fixe un instant les grillages, une voiture en need for speed fuse sur le goudron humide, avant de reprendre « après il y aussi des blases perchés. T’hérites de ça parce que t’as fait des bavures avec les meufs. Téma l’autre, on l’appelle Charlie, parce qu’il faisait ses bails avec une meuf et elle lui a dit en live : ‘’T’es où je te sens pas ! ‘’ Ce fêlé, il est resté calme, il continuait ses affaires et il lui a dit: ‘’Je suis comme Charlie. Faut me trouver !’’ Même la meuf a golri !». Les siamois éclatent de rire et me parlent toujours dans la catégorie relation homme-femme d’un dénommé « brouteur ». « T’as besoin d‘un dessin ? »

Les séquences émotion s’enchaînent. Ma plume les prend en rafale. La nostalgie aidant, les anciens passent à table et me parlent de la fonction d’intégration du blase « peut-être que les gens ils vont te lire et dire qu’on est des golmons. Mais pour moi c’est du génie. On est al, ça galère sec, ça tourne en rond comme un hamster au mitard et on invente des trucs ! On invente un monde et si tu débarques tu comprends pas ce qui se passe, t’entends ‘’Hey feu rouge ! t’as vu Cruchot?!’’ et l’autre il dit ‘’ Non je crois qu’il a técal avec Samoussa et Goldo mais demande à Hollywood Night [un vantard et mythomane notoire] il le cherche aussi ’’ . Bref, tes parents te donnent un nom ! Viens avec nous on te baptise et tu repars avec un blase ! ». Le chauve enchaîne « on est tellement dans notre délire que je vois des pipes***** dont je connais que le blase. Du haut de mes 40 ballets c’est le seul truc qui me fait me dire que je suis encore un ne-jeu ». Le Hipster et son afro poivre et sel sur le menton synthétise « ton blase c’est ta carte d’identité. Si t’es dans la street et que t’as pas de blase t’existe ap !».

Moi qui écrivait que le nom des gens emprisonne, je dois reconnaître que le blase des gens décloisonne, libère et distingue l’individu. Il le fait renaître. Il le célèbre. Il le socialise. Il lui donne sa partition à jouer dans la mélodie des briques. Il façonne l’individu aux yeux du groupe. Il est adoubé. Il a le blase en guise de blason. Cet instantané de fulgurance, sorti tout droit des cendres du mégot d’un cendar d’un homme foudroyé à la Blaise Cendrars, c’est comme la virgule de la marque inspirée d’une déesse grecque. Plus que de la reconnaissance, le blase dans un quartier c’est l’inconnue de l’équation d’une intégration réussie.

Balla Fofana

* Parler /**Voleur/***Riche/**** »un porc qui ne vole pas droit » réplique tirée du film Scarface/*****Visages

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