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De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1970, près de 100 000 personnes peuplaient les bidonvilles. A Nanterre (92) ou Noisy-le-Grand (93), les travailleurs immigrés, majoritairement algériens, ont construit un avenir meilleur pour leurs enfants. Témoignage 2/3.

Hamid*comme beaucoup de travailleurs algériens est arrivé en France dans les années 60. Il se souvient et raconte le bidonville de Nanterre et le relogement.

Comment êtes-vous arrivé dans les bidonvilles de Nanterre ?

Dans mon village en Algérie, beaucoup d’hommes étaient déjà partis pour la France. Je les voyais revenir tous beaux, avec de l’argent pour faire vivre leur famille. J’étais un jeune marié, je me suis dit qu’il fallait que j’aille travailler en France, et que je reviendrai dès que j’aurai accumulé assez d’argent pour rentrer au pays. En fin de compte, c’est ma famille qui m’a rejoint, et j’ai même eu des enfants ici !

Pouvez-vous décrire le moment où votre baraque a été rasée ?

Il n’y a pas un, mais deux sentiments. Le premier, c’est qu’on se sent revivre, il y a un renouveau qui nous attend. Je dirais « renaissance ». On se dit qu’on va pouvoir vraiment commencer une vie de famille avec des conditions convenables pour les enfants et qu’on aura un chez soi. Et il y en a un autre inattendu, on a attendu tellement longtemps afin d’être relogés et que notre bidonville soit définitivement rasé ! Mais, le jour où la baraque a été détruite, la nostalgie a fait surface. On repense à toutes ces années dans ce lieu qui du jour au lendemain n’est plus. Ça fait réfléchir, on l’aimait bien notre baraque. Alors la voir disparaitre par des travailleurs qui eux, ne voient qu’une baraque parmi tant d’autres, alors que c’est la notre, ce n’est pas facile.

Où avez-vous été relogés par la suite ?

Lorsqu’on a détruit ma baraque, j’étais avec ma femme et mes deux filles. Une a été conçue lors de mes nombreux voyages au pays, lorsque j’étais seul en France, quant à la seconde elle est née au bidonville. Donc, je suis resté sur Nanterre, dans la cité de transit du Pont-de-Bezons (92).

Vous êtes passé d’une baraque à un appartement du jour au lendemain, comment avez vous vécu le changement ?

Ma femme et moi étions très contents de pouvoir enfin avoir des meilleures conditions d’hygiène de vie. C’était vraiment un plaisir de quitter le bidonville, surtout que nous avions beaucoup attendu. Par contre, il y avait des nouveaux problèmes que nous n’avions jamais connus tels que la gestion du gaz de ville par exemple. On a dû s’adapter, après cela n’a pas pris énormément de temps, par contre j’ai mis du temps à m’adapter au loyer, je dois l’avouer. Je n’avais pas cette aussi grosse charge qui pesait sur mon salaire quand j’habitais au bidonville.

Comment êtes-vous arrivé à Courbevoie aujourd’hui ?

Quand je suis arrivé à la cité de transit du Pont-de-Bezons ma femme est tombée malade. Elle est partie se soigner à la Pitié-Salpêtrière. Elle est restée des mois, et moi je travaillais tout le temps. Nos filles étaient très petites, je les faisais garder par nos voisins. Je suis parti voir une assistante sociale car la situation était de plus en plus dure, je ne pouvais pas manquer un jour de travail et je n’avais pas toujours les moyens de les faire garder. Quant à ma femme, elle avait des problèmes psychologiques, avant qu’elle aille se faire soigner lorsque je faisais les courses, elle finissait tout le frigo en quelques jours. Le gardien m’a dit qu’elle organisait des journées avec ses copines où elles papotaient et mangeaient.

C’était un très gros problème, et on parle de solidarité, mais à la cité toutes les bonnes femmes profitaient de cette situation, le gardien qui m’a prévenu, c’est un des seuls français du quartier ! La solidarité, c’est une idée reçue ! Alors j’ai été envoyé en foyer Sonacotra, mes filles ont été à la Dass car avec les problèmes familiaux elles ne voulaient plus être avec leur mère. Après le foyer Sonacotra qui est un très mauvais souvenir (trop de nuisances sonores et peu d’intimité) j’ai demandé un appartement à Nanterre, mais on m’a envoyé à Courbevoie. C’est trop cher, j’ai vraiment envie de retourner à Nanterre, je préfère largement cette ville. C’est moins cher et je peux voir mes copains au foyer.

Sonia Bektou

*Prénom modifié

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