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Il y a au maximum une trentaine de familles asiatique dans ma ville de 30 000 habitants, Vigneux-sur-Seine (91). Depuis tout petit, j’ai toujours été pour ainsi dire le seul « chintok » où que je sois. Les remarques, du genre « face de citron » ou « mangeur de chien », j’en ai entendu. Pour moi, ce sont des brimades, des injures. Pour les autres, des « plaisanteries ». Sauf que, là où j’ai grandi, on ne va pas plaisanter avec Mamadou, hein, mais avec le Chinois de service.

Après la sortie de « Taxi 2 » (film hyper-caricatural sur les Asiatiques), j’ai eu droit pendant de nombreuses années à des « konichiwaaa » et autres « ching chong ». Quelqu’un m’a même une fois provoqué en bagarre. Il croyait que tout les « Chinois » savaient se battre. Petit, j’évitais les rares Asiatiques de l’école, eux-mêmes avaient compris aussi : traîner ensemble voudrait dire moqueries à gogo pour nous. C’était carrément pesant.

Ainsi, pour ne pas qu’on se moque de moi, j’ai ignoré pendant toute ma scolarité un Chinois venu du Chine. Pourtant je voyais bien qu’il cherchait une solidarité auprès de moi. Aujourd’hui, je regrette profondément de l’avoir laissé, lui aussi, seul dans son coin. Plus tard, au lycée, l’ambiance est devenue plus mature, même s’il y avait parfois des « chintok », des « jaune d’œuf » de lancés.

J’ai pu constater que mes amis  « blancs » préféraient me taquiner, moi, à propos de mes origines. Jamais ils n’auraient oser charrier un « Algérien » ou un « Malien » ! La peur, sans doute… Il est toujours plus simple de s’en prendre au plus vulnérable. Ils l’avaient bien compris. En règle générale, c’était plutôt des « Africains » qui se foutaient de ma gueule. Naturellement, je ne cherche pas ici à livrer des origines en pâture, ce serait reproduire ce que j’ai subi, mais c’est souvent, et bêtement, comme ça qu’on désigne des groupes, en les rattachant à des nationalités ou à des continents.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans et je ressens encore cette atmosphère de moquerie autour de moi. Quand je passe devant des petits enfants, ça ne m’étonne plus d’entendre « oh regarde, y’a un Chinois », et les adultes qui les accompagnent ne disent rien. Des personnes soient surprises que je parle français avec l’accent français.

Oui, « on » est silencieux, « on » est moins nombreux, « on » est tolérant. La manifestation des Asiatiques de Belleville, au mois de juin dernier, a laissé paraître un certain ras-le-bol contre l’insécurité et le racisme. Oui, le racisme, ce grand mot qui effraie tout le monde. Quand des petits cons s’en prennent spécialement à des personnes qui ont les yeux bridées, c’est quoi, sinon du racisme, alimenté chez certains par une paranoïa ?

Je ne suis pas du tout d’accord lorsque j’entends dire que les Asiatiques ne s’intègrent pas. J’en suis même révolté. Et d’abord, ceux qui disent cela, de quels Asiatiques parlent-ils ? De la récente migration chinoise ou de ceux qui sont là depuis plus de 30 ans ? Car si les nouveaux arrivants chinois restent ensemble, la grande majorité, qu’ils soient cambodgiens, vietnamiens, chinois ou laotiens, la plupart descendants d’immigrés, ont grandi en France et s’y sont parfaitement intégrés.

Je ne me souviens pas avoir entendu la moindre réaction de SOS Racisme ou de la LICRA suite aux propos d’Azouz Begag, qui disait : « Dans dix ans, on sera entouré de Chinois, alors il faudra que l’on se serre les coudes, les Français, les Arabes et les Africains, afin de protéger notre identité. » Black-Blanc-Beur ? Ah bah tiens, je crois qu’ils nous ont oubliés, là aussi.

Actuellement sur Facebook, on peut trouver un groupe intitulé « 2 milliards de Chinois en 2010, il serait temps qu’ils apprennent à s’enculer » (plus de 25 000 membres). Certes, c’est juste de l’humour, c’est pour plaisanter. Mais que dirait-on si, au lieu du mot « chinois », c’est le mot « musulman » qui apparaissait ? Devrions-nous aussi avoir un CRAN ou un CRIF ?

Prosith Kong

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