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Le cœur des quartiers bat au rythme du mois du Ramadan. Des emplettes de la journée du côté des commerces de Quatre-Chemins à la prière nocturne, l’atmosphère ouatée rend le moment singulier. Ambiance.

Klaxons, stationnements en double file, rues bondées… Non, l’Algérie n’a pas gagné de match ce jeudi. C’est le mois de Ramadan qui anime avec autant de force le quartier des Quatre-Chemins, entre Aubervilliers et Pantin. Il est dix-huit heures, et chez les commerçants du coin, les files d’attente semblent interminables. « On en a pour deux heures », souffle un père de famille. A l’odeur qui émane des enseignes bondées de la grande place, on devine des pâtisseries et gourmandises orientales toutes plus sucrées les unes que les autres.

Le 29 juin dernier, les musulmans sont entrés dans le mois de Ramadan. Vingt-huit ou vingt-neuf jours pendant lesquels ils sont invités à jeûner de l’aube au coucher du soleil. Ici, à Pantin, on s’abstient de quatre heures du matin à vingt-deux heures « de manger, de boire, de s’énerver. Bref, on repose son esprit », résume Kamel, quarante-deux ans et l’estomac gargouillant. Le soir venu, le repas se mue en réunion familiale bruyante où le génie culinaire des uns et des unes peut enfin s’exprimer. Bricks, soupes, dattes, salades, tajines et autres plats viennent garnir quotidiennement les tables du ftour (le repas de rupture du jeûne). Avant de laisser place, le plus souvent, à des plateaux de thé à la menthe, de cafés et de gâteaux, sorte de troisième mi-temps non-alcoolisée des soirées du Ramadan.

Mais cette convivialité a un prix. A en voir les commerces bondés des Quatre-Chemins, c’est une véritable économie du Ramadan qui émerge ici chaque année. « C’est un moment important pour notre chiffre d’affaires », confirme, un poil gêné, le propriétaire d’une boulangerie du quartier. « Donnez-moi un plateau de qalb el-louz (cœur d’amandes) », l’apostrophe une mère de famille. « 8 euros, s’il vous plaît. Merci. Allez, saha ftourkoum (bon appétit) ! » Un peu plus loin dans la file d’attente, Caroline est venue avec une amie à elle. Elle ne fait pas le ramadan, mais elle « adore cette ambiance, cette odeur… et puis, les gâteaux sont excellents ! »

A deux heures de la rupture du jeûne, les jeunes sont dehors. Les plus téméraires jouent au football dans un city-stade du quartier, d’autres se contentent de discuter. « Pour passer le temps », expliquent-ils en cœur. En vacances après avoir découvert ces jours-ci leurs résultats du brevet ou du baccalauréat, les adolescents ne partagent pas tout à fait la vision qu’ont leurs parents du Ramadan. « L’ambiance, la famille, tout ça, c’est bien… Mais parfois, je trouve qu’ils en font un peu trop, surtout au bled. Le Ramadan, pour moi, c’est arrêter les bêtises, penser aux autres, faire sa prière… C’est être quelqu’un de bien, quoi. »

Il est quatorze heures, le lendemain, et des dizaines d’hommes et de femmes se pressent vers la mosquée du quartier des Courtillières pour célébrer la prière du vendredi. En tout, ils sont plus de huit cents à se serrer dans l’édifice. Les pères de famille, les enfants, les jeunes croisés hier dans le quartier… Tous écoutent religieusement l’imam faire son discours. Le jeune trentenaire d’origine malienne s’exprime avec autant d’aisance en français qu’en arabe. Dans son prêche, il fait du Ramadan une école du bon comportement, de la piété, des bonnes actions. « Celui qui ne profite pas du Ramadan pour se corriger, quand est-ce qu’il le fera ? », lance-t-il. Avant d’insister sur la nécessité de s’éloigner « des mauvaises paroles, de la colère, des injures… » Une fois le prêche terminé, vient le temps de la prière. Il est quinze heures et la foule se disperse dans le quartier.

Le soir même, on retrouvera certains visages dans la même mosquée pour la prière du Tarawih. Chaque soir, après la dernière des cinq prières quotidiennes, les musulmans se recueillent pendant une heure. L’imam y enchaîne récitations coraniques, prosternations et invocations divines. A la fin du mois, il devra avoir fini les 114 sourates que contient le Coran. Ils sont près de deux cents à avoir bravé la fatigue pour accomplir cette prière qui ne se termine qu’à une heure du matin. Les jeunes du quartier étonnent les plus anciens par leur assiduité. Avant de commencer, l’imam prend la parole au micro, et demande « de ne pas élever la voix lorsque vous quitterez la mosquée »,  par « respect pour les voisins ».

Il est une heure du matin quand se finit la prière. Si les plus âgés rentrent chez eux, beaucoup restent dehors, en attendant l’aube. Les uns se dirigent vers le café, les autres vers le terrain de foot à peine éclairé où s’entame un tournoi à cinq contre cinq jusqu’à trois heures du matin… Moment spirituel intime, le Ramadan s’impose chez beaucoup comme une pratique sociale qui relève du collectif. Entre deux matches, Sofiane confirme : « D’habitude, la foi, ça ne regarde que nous, mais le Ramadan nous permet de partager des choses, de nous ouvrir. Ça fait du bien à tout le monde. »

Ilyes Ramdani

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