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Krystal est une jeune transsexuelle de 24 ans originaire de Marseille. Exclue par ses parents qui n’ont jamais digéré son orientation sexuelle, elle a trouvé, après des années d’errance, un toit au Refuge, où elle travaille aujourd’hui.

« Le Refuge m’a nourrie, logée, blanchie… Le président de l’association m’a aussi apporté un soutien moral conséquent dans les périodes où j’en avais besoin, dans les périodes de doute de souffrance. »  Krystal ajoute : « Dans ce cadre, ils m’ont aussi payé les médecins après mon changement de sexe, et j’ai aussi pu connaitre des personnes confrontées au même problème que le mien : être rejeté de tous, même de sa famille, à cause de son orientation sexuelle ».

Association dirigée par Nicolas Noguier, le Refufe a fêté en janvier ses dix années d’engagement. Depuis sa création, la structure a hébergé, à l’aide de ses 200 bénévoles 300 jeunes et aidé près de 1 500 autres via leur ligne d’écoute, en partenariat avec la Direction de la Police Nationale.  Avant de me mettre en relation avec Krystal, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le président de l’association. « Après avoir visionné un reportage sur une structure similaire au Royaume-Uni, j’ai contacté de nombreuses structures sociales et tous les acteurs sociaux ont été unanimes sur la nécessité d’une structure avec du personnel formé à la souffrance singulière de ces jeunes garçons et filles ». Il précise que « l’objectif du Refuge est d’offrir un tremplin aux jeunes : lutter contre leur mal-être et les accueillir dans un cadre sécurisé tout en leur donnant tous les outils pour rebondir. Les jeunes doivent d’abord s’accepter eux-mêmes avant de pouvoir affronter le difficile regard des autres. Je voudrais dire à ces jeunes qu’ils ne sont pas seuls et que les bénévoles du Refuge sont engagés pour être à leur écoute et les accompagner ».

Nicolas Noguier rebondit sur l’actualité : « Tout débat est sain au sein d’une démocratie mais la radicalisation des personnes engagées contre le mariage est responsable de la recrudescence de l’homophobie. Les appels à l’aide se multiplient. Les jeunes victimes d’insultes connaissent de fortes situations de mal-être… Donc oui, nous nous devons d’être encore plus présent en ce moment ». Je lui demande s’il peut me mettre en contact avec un jeune afin de recueillir son témoignage sur son expérience au sein des établissements du Refuge.

Après de nombreux coups de fils passés au président de l’institution, l’association me donne enfin le numéro de Krystal, la seule pensionnaire des établissements du Refuge qui accepte de raconter son histoire et son expérience. Krystal raconte alors son histoire et ses problèmes qui débutent lorsqu’elle est virée de chez ses parents alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente : « N’habitant plus chez mes parents, je me suis retrouvée à la rue, seule. J’ai dû trouver un moyen de me faire de l’argent afin de survivre. Alors j’ai fait le tapin, plusieurs années… J’en avais marre de vivre comme ça, j’étais à bout. Un ancien hébergé de l’association m’a donné le numéro du Refuge en m’incitant à tenter de les joindre. Alors j’ai appelé, l’association m’a trouvé une place dans un de leur établissement au bout de deux semaines, puis j’ai passé deux ans dans cet institut. J’ai toujours assumé mon homosexualité auprès de mes amis, je n’ai jamais eu besoin de l’avouer à mes parents… De toute façon, je pense qu’ils l’avaient remarquée ».

Elle s’interrompt puis reprend son récit : « Ce dont j’ai le plus souffert, c’est lorsque je me suis faite opérer afin de changer de sexe. Cette opération a posé un gros handicap dans ma vie professionnelle : je n’ai pas encore trouvé de patron qui m’accepte au sein de son entreprise depuis mon changement de sexe, il y a de cela deux ans… ça leur pose un problème, une sorte de barrière morale… Il ne me semble pourtant pas que ce soit l’identité sexuelle d’une personne qui détermine son efficacité ? »

Elle parle alors de sa situation actuelle après deux ans passés au Refuge « Je me sens moins seule qu’avant mon accueil au sein de l’établissement. Aujourd’hui, j’y travaille, vu que suite à mon changement de sexe, je ne pouvais être embauchée nulle part. Ma place dans l’association est d’accompagner les jeunes en leur fournissant des conseils, un soutien moral. Je m’occupe aussi de la banque alimentaire, et de la restauration de l’immeuble… Beaucoup de tâches diverses et variées. »

Beaucoup des jeunes accueillis au sein du Refuge, mineurs pour la plupart, ont été exclus très tôt de leur domicile parental, tout comme Krystal. Virés pour être livrés à la rue après avoir été livrés au regard des gens, aux railleries et aux insultes de leurs camarades. La seule raison de l’exclusion de ces jeunes de leur propre domicile familiale n’est pas un délit ou un crime, mais leur orientation sexuelle.

Tom Lanneau

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