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J’étais dans le train, confortablement installé à la fenêtre, lisant un roman sur la préhistoire, « Les enfants de la terre », de Jean M. Auel. Une vraie arnaque que ce tome 4. Aucune immersion dans l’âge de pierre, juste deux héros, un gars, une fille, qui font que baiser. Et avec Miss Auel, attention, ça devient du porno, on a le droit au moindre détail, la langue, les orifices et tout et tout. J’ai beau prier à chaque page pour qu’ils se sortent les doigts du cul et aillent chasser le mammouth ou tailler un silex, non, rien ! Des lapins !

A la page 101, ils font l’amour, à la page 108, ils refont l’amour, à la page 116, ils pensent à la première fois ou ils ont fait l’amour, ce qui leur redonne envie de faire l’amour à la page 125. L’auteur doit avoir une dalle de dragon de Komodo dans la vraie vie, ce n’est pas possible ! Page 137, ah ! Ils arrêtent ! Il y a un mammouth qui se pointe. Du coup, il va y avoir de l’action comme dans Rahan, se réjouit-on. Mon cul ! Le gros pachyderme, il est venu avec deux femelles qu’il monte avec moult détails, ce qui bien évidement, redonne envie à nos deux protagonistes de s’envoyer en l’air à faire fondre la calotte glaciaire jusqu’à la fin des temps.

Bon. Pendant que je lis, il y a deux ados qui font un truc qui m’énervent encore plus que ce livre de cul : ils mettent la musique à fond, via leur portable, comme si c’était le wagon à leur père ! Ce n’est pas la première fois qu’on me fait le coup. Et n’allez pas leur faire une remarque, à ces jeunes, parce qu’après, c’est noms d’oiseau, nique ta mère, embrouilles et compagnie. Les jeunes, de nos jours, ils n’ont plus de respect à balancer leurs décibels au tout venant comme s’ils étaient seuls au monde, moi de mon temps, j’étais plus… (silence gêné). Pour les deux teenagers en question, je me suis néanmoins trompé. Je leur ai un peu sèchement demandé de mettre moins fort, ce à quoi ils ont répondu : « Ah non ! On éteint, monsieur ! On est vraiment désolés, c’est une mauvaise habitude qu’on a prise entre nous. »

Sur le retour, même scénario, je lis. Page 217 : « Oh Jondalar ! Regarde ! Un troupeau d’élans ! Prépare tes lances ! Mais avant, regarde je suis toute nue… » Oh la, la ! Catastrophe. Je vais le brûler, ce bouquin, ma petite sœur finit le tome 3 ! Au retour donc, une bande d’Apaches, massifs, une dizaine de personnes, débarquent dans mon wagon, la musique à fond toujours sortie de leurs maudits bip bop. Quand ils sont deux et pas très costauds, je veux bien ouvrir ma bouche, mais là… J’ai décidé d’un commun accord avec l’estime de moi de faire mon gros dégonflé. Une dame qui a un peu plus de cran s’y est risquée, elle s’est fait éconduire d’une odieuse façon. Et moi aussi du coup ! Quand j’ai essayé de me rebeller d’une façon originale : en lisant à voix haute. Pas grave, on subit. Jusqu’à la prochaine station.

Là, un Russe entre. Mais un Russe… Un Russe façon Cosaque de la steppe ! Gigantesque, avec un coup de taureau et le regard d’un sniper de Stalingrad qui vous fait du sale. Digne de ces ancêtres qui ont bouffé la Grande Armée et la Werhmart tour à tour. Des biceps dépassant de son justaucorps tel l’Oural dominant la toundra, finissent d’impressionner la bonne pâte que je suis.

Il supporte, quoi ?, deux secondes, le bruit émis par les portables de ces bandits mal polis. Il regarde les autres passagers l’air étonné, se tourne vers l’un des petits voyous et lance « Tu arrêtes ça ! », avec un fort accent slave. Les garnements se retournent dans ma direction l’air de vouloir en découdre, et tombe sur le Russcov assis à coté de moi. Première réaction, ils deviennent tout blancs, pâles de peur. Deuxième réaction, ils baissent la tête. Troisième réaction, prise de parole très polie : « Mais monsieur, c’est … » Le Russe très patient lui a laissé dire trois mots avant d’être lui-même beaucoup plus bref : « Je dis. Tu arrêtes ! »

En une seconde, tous les portables de ces gougnafiers étaient éteints. Tiens, dans le doute, j’ai même mis le mien sous silencieux. J’ai également arrêté de lire au cas où je penserais trop fort à son goût, ou que le bruit des pages tournées incommoderait notre charmant plénipotentiaire de Crimée. Les petits saligauds, une dizaine tout de même, furent sages comme des images paninis sous emballage, durant tout le trajet. Pas un mot, mis à l’amende qu’ils étaient. D’ailleurs, tout le wagon a perdu sa langue. Il y a juste le Russe de 2 mètre 03 qui a dit au bout d’un moment à l’attention de tous : « J’ouvre, fenêtre ? » Oh il n’a pas eu besoin. On s’est tous précipités pour ouvrir grandes les vitres, en parfaits hôtes prévenants et obséquieux que nous sommes.

Vous ! Bande de malappris qui vous croyez chez mémé, et non dans le train, en prenant vos cellulaires pour des boites de nuits. Prenez garde ! Ivan Drago, ouais celui de Rocky IV, est à Paris, et ils ne supportent pas le bruit.

Idir Hocini

Idir Hocini –

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