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Oui, il y a la politique et ses municipales. Mais ce week-end, il y aussi la culture, son Salon du livre et son boycott. « Sar-ko, co-lla-bo ! », slogan de manifestants empruntant au vocabulaire de la Seconde Guerre mondiale pour signifier que le président de la République soutient la répression israélienne dans les territoires palestiniens. Devant le Parc des expositions de la Porte de Versailles, une partie du public condamne la tenue du Salon, l’autre, plus nombreuse, s’y rend.

Alors, il faut choisir entre le froid, la manifestation, et les injures des passants, ou la littérature, les dédicaces d’auteurs et la queue interminable avant de pouvoir entrer. Nous avons opté pour les deux.

« Ce n’est plus une action culturelle mais politique ! » s’agace une des manifestantes pro-boycott. Les photographes sont là ! Ça crépite dare-dare. Les défenseurs de la cause palestinienne ne comprennent pas qu’Israël, « pays illégal », soit l’invité principal du salon. « Un pays qui n’a aucune culture », ajoute une autre une voix. Beaucoup de klaxons se font entendre. Klaxon de soutien, klaxon d’agacement ?

Beaucoup d’injures de passants adressés aux manifestants, des rires moqueurs. « Arrêtez de rire, Madame, bientôt, vous verrez, vous rirez jaune ! », avertit une des boycotteuses. Le président israélien Shimon Peres est venu, il y a deux jours. « Ils nous on tous agressés, on n’a pas pu parler librement », s’indigne une jeune femme présente lors de l’inauguration, « mais peu importe, on est là pour revendiquer ».

Après être passé devant une belle ribambelle de CRS, nous nous approchons de l’entrée le du Salon. Il côtoie celui du « golf » ou de « l’étudiant ». Une file d’attente inimaginable d’amoureux de la littérature s’est formée. Il est 16 heures et l’attente, cette année, en raison de l’invité principal Israël, paraît sans fin, portique de sécurité et fouille obligent.

A peine entrés, nous apercevons au détour d’une allée, Charles Aznavour qui dédicace son livre dans son stand, séparé par Catherine Reims de Rachid Taha. Taha est seul, sans aucun client, ni même aucun fan. Il s’est fait chiper la vedette par Aznavour. Nous nous présentons et posons notre question sur le boycottage. Son avis de rockeur et rebelle nous intéresse. Il nous répond brièvement : « Ce serait trop long de répondre. » Taha ne peut rien faire comme les autres. « Et puis, j’y répondrais bien, mais pas à toi ! », conclut-il. Sympa…

Un peu plus loin, c’est Marc Lévy qui s’y colle, avec plus de simplicité, lui dont la notoriété dépasse pourtant celle de Rachid Taha : « Je pense que c’est complètement crétin de faire des actions comme ça (le boycott)! », dit-il, avant de demander le « remplacement des politiques idiots par des plus intelligents ». Lévy n’a qu’un message à faire passer : « Le livre c’est tout, sauf de la politique ! »

Quelques allées parallèles plus tard, alors que la star planétaire Anna Gavalda signe son dernier ouvrage, Michel Barnier (ministre de l’agriculture) est de passage. Nous nous approchons de lui, il nous hèle : « Alors les gars ? Vous faites quoi ? Le salon vous plait ? » Nous lui répondons positivement avec un large sourire, en ajoutant, un peu effrontément : « Et vous, vous ne craignez pas le remaniement prévu pour l’après-municipales ? » Etonné de la repartie (sans vouloir nous vanter), il se dit « très décontracté », car il n’est pas candidat à un poste de maire, mais « je soutiens la totalité de mes collègues », ajoute-t-il.

Dans les alentours, Joseph Mace-Scaron (directeur adjoint de l’hebdomadaire Marianne), présente son émission littéraire « Jeux d’épreuve » sur France Culture en direct du salon. Une jeune poétesse lit ses textes pleins d’amours. Azouz Begag est parti plus tôt que prévu et Faïza Guène se promène ici et là ! Cette année, le salon est toujours aussi surprenant et foisonnant, avec ses milliers de livres sur tout et le boycott en plus !

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abadallah

Mehdi et Badroudine –

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