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Dans le années 1980, Bondy avait sa route de la soie. De véritables caravanes marchandes dirigées par des petits malins, convoyaient des ballots de cartes Dragon Ball Z entre Paris XIII, le quartier chinois qui avait le monopole sur l’import des produits d’Asie, et nos cours de récré avec un sacré bénéfice à la clef. Saluons l’exceptionnelle longévité de l’œuvre d’Akira Toriyama : 20 ans plus tard, les figurines de Sangoku trônent toujours en bonne place dans les boutiques de notre China town parisien.

« Les clients ont grandi, ils ont des revenus, ils se payent une tranche de nostalgie », affirme un jeune patron asiatique d’une des nombreuses boutiques de manga. Je dialogue sur le phénomène avec ce dernier un bon moment, le courant passe bien, on est entre experts, puis je lance comme ca, dans la conversation innocemment : « Et le Tibet, alors, dans tout ca ? »

C’est un peu brutal comme approche, il est vrai, surtout sur un sujet aussi sensible mais ça fait deux heures que je m’use les sandales dans Shangai.fr et pas un seul membre de la communauté chinoise n’a voulu me donner ses impressions sur les événements du Tibet. Pourtant, j’ai tout essayé : commander une soupe au restaurant, acheter des durians à Tang Frère (une grande épicerie), parler aux gens dans la rue, tout ça dans le but d’amorcer une discussion sur la répression chinoise au Tibet. Rien.

Daniel, mon boutiquier spécialisé en manga, me fournit un début d’explication sur ce mutisme : « Ce n’est pas vraiment leur souci, le Tibet. La communauté ne s’occupe pas de politique. De toute façon, que ce soit le parti pris des chaînes occidentales ou de CCTV, allez savoir ce qui se passe vraiment.»

Une réaction du chaland tout de même, une jeune dame à qui j’ai demandé l’heure et son point de vue sur le Tibet : « Parce que c’est la Chine, les chaînes occidentales s’en donnent à cœur joie. Comment réagirais la France si le Pays basque s’insurgeait ? »

C’est dans un restaurant non loin de Bondy qu’on s’est le plus épanché sur la question. Pour Alex, jeune restaurateur arrivé en France à 8 ans, le Tibet c’est la Chine. Il met en avant l’argument historique : « Le Tibet est lié à la Chine depuis la dynastie mongole des Yuans au XIIIe siècle. »

Et si les Tibétains ne veulent pas être Chinois ? : « Entre les Hans et les Tibétains il y a eu des unions, des mélanges depuis des siècles. C’est comme pour les autres Chinois, ils ont des dialectes et viennent d’ethnies différentes mais on est tous chinois. Vouloir mettre les Chinois du Tibet dehors, c’est une réaction un peu raciste. » Il poursuit : « Depuis plus de 50 ans le Tibet s’est développé grâce à son union avec la Chine, l’esclavage a été aboli, je ne pense pas que les Tibétains gagneraient grand-chose à l’indépendance. »

Alex affirme que pour la plupart des Chinois de France, « le Tibet était chinois, est chinois et restera chinois ».

Idir Hocini

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