Quelques barbus — c’est toujours le cas dans les rassemblements écolos — des familles, une majorité de trentenaires, un public assez familial en somme et similaire aux autres événements sur la protection de l’environnement forme le public de ces rencontres, où on parle d’islam, de nature, de pollution, de santé… et un peu d’halal. Question qui pourrait être polémique et couper les participants des écolos-végétariens-non-musulmans. A priori, l’écolo-compatibilité opère : « le halal c’est une question d’éthique, clame un participant à la fin de la première table ronde ». Arbya, jeune femme habitant Nanterre, me fera l’exégèse de cette déclaration : « le halal c’est le bio et le local ». Des produits bio et halal seraient donc en vente dans nos rayons ?! « Ce n’est pas le label qui compte. C’est la façon dont on fabrique les produits, les gens qui les produisent, le respect de la terre… c’est ça le halal. On peut renverser la tendance par nos actes d’achat. » Et elle ne parle pas que de viande, aliment qu’elle ne consomme pas quotidiennement, pour des raisons de santé et de lien avec la nature : « On est responsable du corps qu’on nous a donné. On doit en prendre soin. »
À part quelques considérations colorimétriques (qui seront quand même bien pratique quand il sera question de créer une identité graphique à ce mouvement) : « le vert c’est la couleur de l’islam et de l’écologie », les intervenants font le lien entre écologie et spiritualité. Abdelhafidh Benchouck fait l’expérience du retour à la terre. Il essaie, dit-il de « renouer des liens entre ville et campagne, comme le conseillait mon maitre spirituel Cheikh Nazim », avec l’achat et la rénovation d’une petite ferme dans le Perche. « On prend conscience, une fois éloigné de la société de consommation de l’unité de l’humain avec la nature ». Sa spiritualité trouve son essence dans sa relation avec la nature, à moins que ce ne soit l’inverse. Il poursuit, un peu moins terre à terre, un peu plus théologique, avec la liste de sourates nommée selon des éléments naturels : l’aube, la nuit, la clarté matinale, le soleil, les étoiles, la lune, le figuier, l’ouragan, les fourmis… « le temps de la prière, on est connecté au cosmos, même en ville », rassure-t-il ainsi les citadins frustrés de ne pas être réveillés par le chant du coq.
« Agir à notre échelle »
Entre deux conférences, petit tour sur les stands des acteurs locaux. Green Mosquée et Green Hajj : greenwashing ou initiatives citoyennes louables ? Les deux projets sont portés par l’association Green Heaven, créée en avril 2013. Le premier est un programme de compensation carbone lancé avec l’ONG Geres, très reconnue dans ce secteur. Si le principe de la compensation est discutable (appliquer le principe de pollueur payer sans changer ses habitudes et sans diminuer directement ses émissions de gaz à effet de serre), elle est dans ce cas utilisée pour flécher des financements vers des projets d’adaptation de populations vulnérables au changement climatique. Les pèlerins qui se rendent à la Mecque peuvent ainsi compenser leur voyage en avion en payant 15 euros qui iront vers une association malienne (pour diffuser des cuiseurs au bois économes en énergie) ou chinoise (reforestation au Yunnan).
Avec Green Mosquée, l’association, qui voit le lieu culte comme un vecteur d’information, milite pour leur faire adopter une charte d’engagement en trois points : économiser l’eau et l’énergie, intégrer le sujet de l’environnement dans les prêches du vendredi, organiser des actions concrètes sur le terrain. « Pour le moment, une seule mosquée a signé, lance comme un aveu et avec le sourire Chahira, 39 ans, à l’origine de l’association. C’est celle de ma commune, Montigny-le-Bretonneux. Mais on est en discussion avec Bordeaux, Genève. »
Mêmes questionnements sur « que laisserons-nous à nos enfants ? », mêmes réponses. Pour Arbya le lien entre Islam et écologie est naturel : « Je suis contente qu’un tel événement existe. L’islam n’appartient pas qu’aux musulmans, il porte des valeurs universelles. Plein de petites initiatives existent et là, on peut créer des liens. On peut agir à notre échelle. »
Bouchra Zeroual
« Le vert c’est la couleur de l’islam et de l’écologie »
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