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Une pluie battante, des cris de nourrissons, des tentes dressées pour fournir une aide humanitaire à une population désoeuvrée, des noirs aux traits tirés par la fatigue couchés sur de vieux matelas et le désespoir. L’Afrique offre généralement ce genre de négatif à chaque catastrophe naturelle ou quand plusieurs chefs de guerre se disputent le pouvoir. Seulement les humanitaires sous les tentes ce n’est pas au Rwanda que je les ai vus, c’est au gymnase de Cachan, mardi après midi, où s’entassent depuis maintenant 8 jours environ 250 expulsés de la cité universitaire locale.

Un des délégués des « 1000 de Cachan », le mouvement qui défend les droits de ces désœuvrés, m’a fait visiter le site. La structure est bondée de monde, chaque centimètre carré est occupé par une paillasse autour de laquelle s’organise un semblant de vie. Le froid la promiscuité et pour certains grévistes, la faim. Tout ça pourquoi ?

Deux principales revendications sont exprimées par les expulsés. Logement et régularisation. Monsieur Eto (nom d’emprunt) m’affirme que plus 30% de la population du gymnase est de nationalité française, la plupart des sans papiers, principalement des femmes et des enfants sont arrivés en France de manière légale (réfugiés politique, visa expiré). Ils ne squattent pas le site, la mairie a mis à leur disposition cette structure jusqu’à la rentrée. Maliens, Ivoiriens, Gabonais, Camerounais, mais aussi Algériens et Marocains cohabitent avec discipline dans l’édifice sportif, certains ont un titre de séjour d’autres non, La plupart travaille.

Pour sortir de la crise un protocole d’accord a été initié avec le préfet, les « 1000 de Cachan » ont voulu négocier certains points, comme le temps de séjour nécessaire pour rendre effective une régularisation. Les 10 ans proposés par le préfet devraient être ramené à 7 pour le mouvement, ce qui constitue une concession importante, beaucoup de sans papiers du gymnase étant en France depuis à peine 4 ans.

Le relogement en hôtel pour un mois au plus est également un point de l’accord qui pose problème, les expulsés demandent une solution de longue durée, un logement dans un foyer tout du moins, une chambre d’hôtel ne permettant pas une vie familiale décente (impossibilité de cuisiner). Aujourd’hui les négociations sont bloquées.

Monsieur Eto souligne la mauvaise foi des institutions : « une réunion était prévue le 22 Août, le 17 ils nous chassent de la résidence ». Il est néanmoins lucide sur l’attitude de la mairie de Cachan « Le maire est responsable devant ses administrés, on comprend qu’il ne peut pas faire plus ».

Les expulsés se sentent mal perçus par la population locale, la police constamment présente aux abords du site leur pose en particulier de gros problème « on est harcelé à chaque instant, certains sans papiers ont perdu leur travail, ils ne peuvent quitté le gymnase, un contrôle équivaut pour eux à une reconduite à la frontière ». Un quadragénaire affichant quelques blessures m’affirme avoir était battu par 3 policiers…

Ils dénoncent la façon plus que brutale avec laquelle on les a expulsé de la cité universitaire : piétinement d’enfants, bras cassés et même fausse couche ont résulté de cette intervention musclée.

Aujourd’hui les occupants du gymnase sont en colère contre les medias qu’ils accusent de déformer systématiquement leurs propos et « d’arranger le pouvoir » affirme Eto. C’est une des raisons pour laquelle le Bondy blog a été sollicité par certains délégués pour parler de leur combat.

Si souvent prompt à dénoncer l’attitude odieuse de certains de mes compatriotes « caucasiens » envers les populations basanés, je fus profondément touché par des bénévoles fournissant spontanément leur aide à ces sinistrés. Une dame de 80 ans chauffe des biberons, Amélie, une jeune étudiante en médecine vient tous les jours lire des contes aux enfants. Elles ne font partie d’aucune association, elles sont venues de leur propre initiative la main sur le coeur, de Paris, aider ces gens qui souffrent.

Une des préoccupations majeures du mouvement en cette veille de rentrée scolaire concerne les enfants, « Comment on va faire ? On nous a proposé des écoles en dehors du département autant dire une rentrée impossible pour nos petits. »

Eto est inquiet mais déterminé, voila quatre ans déjà que les « 1000 de Cachan » combattent pour pouvoir vivre dans notre pays de manière décente.

Idir Hocini

Idir Hocini –

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