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Franck Houndégla et Fiona Meadows créent en Seine-Saint-Denis des lieux favorisant le contact et l’échange.

Dans la sacristie de la basilique de Saint-Denis, Franck Houndégla coordonne la mise en place de l’exposition en cours de montage : «Les Grandes Robes royales» de Lamyne M. Discret, le scénographe est à l’écoute des besoins de l’artiste et n’hésite pas à retrousser ses manches, déplace des meubles, mesure la longueur des robes qui seront placées dans les alcôves de la crypte, aide l’artiste à accrocher les mannequins sur des portants.

Clin d’œil. 

Inspirées des modèles des gisantes, les robes conçues avec des tissus contemporains et de cultures diverses (toile de jean, wax…), ont été réalisées avec le lycée professionnel de La Source, à Nogent-sur-Marne, et des femmes de la maison de quartier Floréal, à Saint-Denis. L’œuvre d’un artiste musulman fait donc son entrée dans ce haut lieu catholique. Un clin d’œil à la population métissée de Saint-Denis, peu habituée à fréquenter l’endroit. Franck Houndégla, d’origine béninoise, diplômé des beaux-arts de Lyon, scénographe d’expos, s’intéresse aussi à l’aménagement d’espaces publics. Il nourrit ses projets de son quotidien à Saint-Denis, où il vit et possède un atelier. Il évoque «un espace que l’on pratique tous les jours, il y a moins de distance avec les gens et leurs besoins».

Celui qui a notamment aménagé la station de métro Villejuif-Léo-Lagrange décrit ses projets comme «divers», certains ayant «une portée critique». Le réaménagement d’un foyer de chibanis, les «cheveux blancs», à Epinay-sur-Seine, mené avec Fiona Meadows, fait partie de ceux-là. Il s’agissait de «débloquer une situation»,explique-t-il pudiquement, en rétablissant l’accès à l’espace collectif des habitants.

Pour Fiona Meadows, architecte de formation, la difficulté aujourd’hui est de «créer de la ville vivante». «Les architectes ont des difficultés sur cette question. Ils dessinent des zones d’aménagement concerté, c’est bien mieux que les anciens grands ensembles. Mais pour moi, c’est de la ville-dortoir», dit-elle, prenant l’exemple de Plaine Commune, à proximité du Stade de France. Un endroit où elle affirme qu’elle n’aimerait pas habiter faute d’une réelle dynamique de quartier.

Actions ciblées.

Franck et Fiona parlent du centre de Saint-Denis comme d’un «village». «Dans le centre-ville, tout le monde se connaît plus ou moins, il y a une qualité d’échange qu’on ne trouve pas à Paris, affirme le premier. Saint-Denis a toujours été une ville d’accueil», même s’il reconnaît que des tensions existent. L’architecte, elle, se partage entre son activité professionnelle et ses actions militantes. Elle ne parle pas de projets de grande envergure, mais préfère mener des actions ciblées. Avec ses étudiants de la Villette où elle est à la tête du master intitulé «Habiter ici et autrement», elle «propose des projets d’écoles qui questionnent le territoire». Certains se concrétisent, comme au campement rom du Hanul, dans le quartier Cristino Garcia, en Seine-Saint-Denis, entre Saint-Denis et Aubervilliers, où a été construite une maison pour enfants et des jardins partagés. D’autres sont en souffrance, comme celui de créer «un écoquartier autoconstruit», pour reloger les 300 personnes du Samaritain, le bidonville évacué le 27 août.

Charlotte Cosset

Article publié dans Libération, le 26 octobre 2015 à l’occasion d’un numéro spécial

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