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Sur fond de crise politique et sociale, les fresques Hollande-Trieirweiler ravivent une nouvelle fois les consciences. CMU ou pas, les yeux, les oreilles et les dents restent encore trop souvent un luxe, à Bobigny au centre dentaire Pablo Picasso, comme ailleurs.

C’est la fin de la journée à Bogigny. Il fait chaud et sec mais ça sent la rentrée. A la sortie du métro Pablo Picasso, en face des bus, le centre dentaire du même nom voit défiler des mères de famille, des jeunes, des personnes âgées. A l’accueil, l’assistante ressemble un peu à celle que l’on trouve lorsque l’on consulte un dentiste dans le privé.

Devant le centre, un sexagénaire sort et semble contrarié. « Ca a l’air d’être des cons ici ! Je voulais prendre rendez-vous mais ils m’ont dit que si je voulais un rendez-vous, je devais m’inscrire sur la liste d’attente et attendre deux à trois mois ! ». Et lorsqu’il s’agit de réagir à l’actualité littéraire de la rentrée des « sans dents » il s’exclame : « Pfff, Hollande c’est un con lui aussi ! ».

Peu après Nadia, 27 ans sort, elle aussi sans rendez-vous avant deux à trois mois. Pourtant, un peu plus tard encore, Yassine 20 ans, sort et explique : « j’ai eu aucun problème pour avoir un rendez-vous, ma dent c’était un chantier, j’ai eu un rendez-vous il y a un mois, puis je suis parti en vacances, et là un deuxième rendez-vous pour ma carie et j’ai pas eu à attendre du tout ».

Yassine n’a pas accès à la CMU (couverture maladie universelle) mais à une mutuelle. Faut-il pour autant en déduire une tendance chez les spécialistes, tout au moins, chez les dentistes, à refuser plus fréquemment les patients CMU ?

Huguette Boissonnat-Pelsy, chirurgien dentiste à Nancy explique : « on a fait un faux problème autour des refus des clientèles CMU. Les situations sont en réalité très différentes. Les résultats d’une étude menée en province et en région parisienne sur les difficultés d’accès aux soins et sur les refus pour discriminations ont montré qu’il n’y a pas pratiquement pas de refus sauf en cas de surcharge ».

La dentiste de Nancy est membre d’ATD quart monde, un mouvement spécialisé dans la lutte contre la pauvreté et à l’origine du RMI, du DALO ( Droit au logement opposable) mais également de la CMU. Elle poursuit : « Il y a eu suffisamment d’information à la population. Et il faut sortir de cet esprit parisien, de cette pensée parisienne… Ce qui se passe à Paris ne se passe pas forcément ailleurs !  Lorsque l’on a fait une étude pour savoir si le refus est un problème, les patients répondent que ce qu’ils veulent c’est ‘pouvoir enterrer nos morts et que l’hôpital ne nous embête pas’… ».

Votée en 1999, mise en place en 2000 sous le gouvernement Jospin et fortement soutenue par Martine Aubry, alors ministre de la solidarité, la CMU entre effets de seuil, cloisonnement des guichets et manque d’information à la population a parfois été remise en question.

La carie qui fait mal semble bien concerner les effets de seuils, que l’on retrouve en province comme en région parisienne. Nabila, 30 ans sort elle aussi du centre dentaire : « mon mari est au chômage moi je suis en congé maternité … On ne répond pas aux critères pour la CMU, vive la France, vive Hollande ! On m’a proposé des couronnes pour mes dents, je peux pas moi, j’ai pas les moyens c’est 1600 euros la dent, c’est pas possible ! ».

Huguette Boissonnat-Pelsy évoque justement ces effets de seuils : « la vraie victoire c’est que désormais les personnes âgées, les personnes handicapées et les personnes en situation de précarité pourront bénéficier d’une complémentaire. C’est ce qui gomme les effets de seuil et on en est très fier, d’autant plus que ce sont souvent les femmes isolées et mères de famille qui sont touchées ».

Elle poursuit : « Il y a une chose que je crois. Il y a un vrai travail à faire sur l’accueil des patients qui souffrent. On oublie la vocation première des dentistes, on les a transformé en technicien, il y a un vrai travail à faire sur l’accueil des patients qui souffrent ».

« En tous cas, pour moi, la reconnaissance du seuil de pauvreté à 960 euros [il était a 587 euros en 2006], c’est gommer les effets de seuil comme nous avons réussi à le faire, et ça c’est une vraie victoire et j’en suis fière ! » dit-elle avant de terminer sur une touche d’humour : « Allez, je vais retourner soigner des dents, moi !».

Anne-Cécile Demulsant

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