photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Depuis 1996, le Comité des sans-papiers de Lille se réunit chaque mercredi. Devant la préfecture, à 18h30, le cortège se met en route. Sans exception, sans relâche. 

Comme chaque mercredi, ils se réunissent. Pancartes, haut-parleurs en main et rage au ventre. Les sans-papiers de Lille (accompagnés de leurs soutiens ils sont une vingtaine ce soir) ne se dégonflent jamais, même quand la pluie s’abat sur eux ou que le froid s’invite. Durant le parcours –  place de la République, rue de Béthune, place du Général de Gaulle puis retour devant la préfecture -, une femme, venant en sens inverse, se retourne sur la petite troupe : « Ah oui, les sans-papiers… Je les avais oubliés ».

photo 2okAvant d’ajouter, comme pour se justifier : « mais avec les prix qui augmentent, ces politiques qui nous mènent la vie dure pendant qu’eux se la coulent douce… Comment voulez-vous que l’on s’occupe de notre prochain ? ». Ce « prochain », ce pourrait être Brahim. Cet Algérien a quitté son pays d’origine en mai 2011, un visa pour la France en poche. Sa famille étant « en danger », il a fait une demande d’asile, mais a essuyé plusieurs refus, après moult examens de son dossier. Dans cette attente désespérante, il fulmine : « en Algérie, certains cherchent à détruire notre identité. J’ai dû fuir et, arrivé ici, je ne suis pas resté les bras croisés : j’ai appris à parler correctement le français, à l’écrire, je fais tout pour m’intégrer, j’aimerais travailler et être actif dans ce pays… que j’apprécie beaucoup. Je ne comprends pas. Certains ne parlent même pas la langue, restent bien isolés dans leur coin… Mais ont leurs papiers ! ».

Aziz, un autre sans-papiers très impliqué dans le Comité, est on ne peut plus clair : il faut lutter, se montrer et être présent tout le temps. Mais tous ne s’affichent pas lors des manifestations : Brahim nous explique que certains sans-papiers, craignant d’être interpellés par la police ou fichés, préfèrent se battre dans l’ombre… Une « absurdité » que dénoncent tous les membres actifs, puisque « la préfecture a sous la main chaque dossier, avec les photos correspondantes ». D’ailleurs pour Brahim, le fait d’être arrêté lui permet de se mettre au courant des dernières actus liées à son dossier. En marge du groupe, un homme explique qu’ils étaient plus nombreux il y a quelques années, mais que les nouveaux « résidents français », ceux qui ont obtenu soit un titre de séjour soit la nationalité, ne se rendent plus à ce point de rendez-vous.

photo 3ok« Du chacun pour soi… Une fois que les copains ont leurs papiers, on oublie les autres et on zappe la manif », ajoute-t-il. S’il y en a bien un qui ne renonce à aucun attroupement et assiste à toutes les réunions hebdomadaires, c’est bien Rabah. Lui a quitté l’Algérie en décembre 1999, caché dans un bateau. Arrivé à Marseille, sans visa, il a pris un billet direct pour Lille. Il a travaillé au noir dans les marchés « pour subvenir à ses besoins, ce qui représentait cinquante francs par jour à l’époque ». Hébergé par un ami, il s’est rendu à la préfecture et a fait une demande d’asile. Mais c’est lorsqu’il a entamé une grève de la faim de soixante jours, en 2004, qu’il a été régularisé.

Malgré le fait qu’il soit tombé dans le coma, Rabah préfère se rappeler qu’à l’époque, cinq cents personnes ont ainsi obtenu leurs papiers. Un « combat » qui, selon lui, doit « perdurer » : « j’ai vraiment galéré, j’ai été malmené, frappé, envoyé à l’hôpital, mais on m’a tendu la main à un moment donné et aujourd’hui, il est normal que j’aide en retour. Je donne des coups de main au Comité, j’assiste aux réunions, je distribue des tracts… Quant aux anciens qui ne viennent plus, il faut aussi les comprendre. Ils ont une vie, des enfants à éduquer, peut-être d’autres combats à mener ». Tout à l’arrière, doucement, une voiture de police escorte la bande. La mini meute s’éloigne, emportant son slogan avec elle. « Qu’est-ce qu’on veut…? Des papiers ! »

Pegah Hosseini

Le comité des sans-papiers 59

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019