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Vendredi 20 juillet, premier jour du Ramadan. Quand certains l’attendent avec impatience pour ses nuits spirituelles, d’autres l’appréhendent. Chaque année le mois du Ramadan recule de dix jours. Arrivé en été, les journées sont longues et la chaleur peut être étouffante pour les gosiers secs. Pourtant, beaucoup de musulmans sont présents à ce rendez-vous annuel. Ce sont alors chaque année les même questions qui reviennent. Et avec les événements récents des quatre animateurs suspendus, la question est : le Ramadan est-il compatible avec notre rythme de travail ? Avec quelques-uns de mes collègues, nous en discutons.

Cela faisait des jours que la rumeur  courrait : « Vous, musulmans vous allez jeûner, mais quand ? » La nouvelle est tombée la veille, jeudi 19 juillet. Il est appelé le jour du doute, car des observateurs musulmans attendent de voir le premier croissant de lune pour annoncer le début du Ramadan. Nous sommes quatre à jeûner dans mon service. Nos collègues nous ont posé la question toute la semaine : « Alors c’est quand le Ramadan ? » Quand le jour arrive, les questions et les commentaires fusent : « Vous n’avez même pas le droit de boire de l’eau? », « Même pas le droit de fumer?», « A moi, je ne pourrais jamais faire ça », « Franchement vous être courageux, moi je ne pourrais pas ». « C’est la foi qui nous anime et qui nous fait tenir » je réponds à une de mes collègues.

Les trois premiers jours j’ai la pêche, moi qui croyais que je serai affaiblie. Mon corps s’est vite adapté. Bien que j’ai eu pour habitude d’avoir mon petit encas du matin et mon goûter de l’après-midi! Cet encas je l’ai désormais très tôt le matin et plus tard à la tombée de la nuit. Je vois mes autres collègues un peu plus affaiblis en fin de journée mais rien d’alarmant. Une de mes collègues qui jeûne passe, l’air assez fatigué. Mes collègues lui font la réflexion. Dès qu’elle disparaît, ils se mettent à parler de son état : « Oh la pauvre, elle a l’air fatigué » « Oui bon c’est de sa faute, elle n’avait pas qu’à jeûner » « Oui c’est vrai, c’est son choix, après tout! » « Ouais après tout, personne ne l’a forcé!« . Oui c’est vrai, personne ne nous force. C’est un choix personnel, notre liberté.

Ce qui m’amène quelques jours plus tard à ce débat avec mes collègues Davide, Zina et Thomas. Suite à ce qui est arrivé aux quatre animateurs de Gennevilliers, je suis perplexe. Est-ce que tout le monde est du même avis : jeûner est-il un problème au travail? Ici nous avons la climatisation et nous sommes assis devant nos écrans. On ne peut pas dire que se sont les pires conditions pour travailler. Chacun vit son jeûne différemment, j’ai commencé en pleine forme puis avec les jours, j’ai commencé à ressentir la fatigue. Pour autant je ne sens pas que mon rythme de travail a baissé. J’essaie toujours de faire mon travail au mieux. Au début on me pose la question plusieurs fois dans la journée « ça va? » « Tu tiens le coup? ». Puis au fil des jours on n’y prête plus attention. Pour Zina, c’est différent. Elle ressent de la fatigue au début. Elle commence à s’habituer et se sent plus dynamique dans les jours qui suivent. Même si elle avoue que parfois elle se sent moins productive.

Pour avoir un regard extérieur, je pose la question à Davide sur le jeûne au travail et sur ce qui s’est passé pour les animateurs de Gennevilliers. « Je pense que ça ne gêne pas en quoique ce soit. A mon avis c’est plus politique qu’autre chose. Peut-être qu’il y a eu une pression des parents ou du maire qui y a vu un problème. Aujourd’hui on est dans un monde où chacun est différent et on doit apprendre à vivre avec l’autre« . Nous continuons notre débat sur le fait de savoir si on peut nous contraindre à manger. « Moi des fois, le midi je ne mange pas. Même si c’est vrai que je peux boire de l’eau » poursuit Davide. Zina continue en exprimant son regret que cette affaire ait pris tant d’ampleur et craint qu’elle alimente les partis extrêmes.

Le débat se poursuit. Il nous amène à parler de l’alcool au travail. Même s’il est interdit, on constate souvent que les apéros y sont fréquents et pourtant personne n’en dit mot. En quoi une personne qui jeûne peut-elle être plus dangereuse qu’une personne qui boit sur son lieu de travail? En somme la question de la sanction des jeûneurs peut être une nouvelle stigmatisation. En tous les cas c’est comme cela qu’elle est ressentie par un certain nombre de musulmans en France. « Où s’arrête la liberté? A la santé des autres ou de soi-même? » finit par conclure Davide le débat.

Chahira Bakhtaoui.

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