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Lundi, 18h15. Un petit groupe de personnes s’amasse devant la mairie de Saint-Ouen (93). Le DAL (Droit Au Logement) appelait au rassemblement pour la deuxième fois consécutive en deux semaines dans le but de lutter contre le mal logement dans la ville. Lundi dernier, les manifestants ont tenté de faire suspendre la séance du conseil municipal, mais se sont vus refuser l’accès. Malgré le beau temps, certains visages sont fermés. En tout, une quarantaine de personnes ont exprimé leur mécontentement devant les locaux de l’hôtel de ville.
11 algecos pour 54 personnes
Parmi les personnes présentes, quelques Roms du village d’insertion. Régulièrement interrogés par les médias, ils ne souhaitent pas répondre, l’un d’entre eux justifie « je suis fatigué ». Béa, quarantenaire du collectif de solidarité des roms de Saint Ouen en danger, expose la situation. Le village existe depuis 2008. En 2013, faute d’argent, il est laissé en déshérence par l’association qui le gérait. Ses habitants ont été menacés d’expulsion au 31 mars. Cependant, tous les enfants sont scolarisés, et les parents d’élèves ont réussi à obtenir un report jusqu’au 5 juillet. Amélie, aussi membre du collectif explique les raisons de sa création : « La directrice de l’école Nelson Mandela a envoyé un message sur la liste des parents d’élèves de Saint-Ouen en disant : j’ai une enfant dont la famille va être expulsée qui est super bonne élève, elle vient dans mon bureau tous les jours pour me dire qu’elle ne veut pas partir ».
Elle revient aussi sur l’histoire du village d’insertion : « il y a eu un campement sauvage important à Saint-Ouen. En 2008, les gens ont été expulsés, c’est pourquoi la mairie a fondé ce village où les membres ont été accueillis, par sélection ». En 2012, le terrain a été vendu à la Sequano (société d’aménagement et de construction). Certaines familles ont pu être relogées, mais pas toutes. « L’administration a le devoir de reloger les gens ». De plus, la description qu’elle fait des lieux ne ressemble pas à un grand hôtel parisien : « il y a 4 algecos à droite, plus quatre empilés par-dessus et trois autres de l’autre coté, entre les deux c’est de la caillasse ». Au total, ce sont « 54 personnes, 30 adultes et 24 enfants » qui seront menacés d’expulsions au début du mois prochain.
Même marchand de sommeil depuis l’incendie meurtrier
Autre lieu, autre situation, les habitants du 17/29 rue Jules Vallès sont présents aussi. L’immeuble avait pris feu fin 2010, tuant une femme et sa fillette. A l’époque déjà, le propriétaire, un marchand de sommeil, n’entretenait pas les lieux et avait été condamné par la justice. Malgré cela, il est toujours propriétaire, et rien ne semble avoir changé. Berthe Yakuba, un jeune homme d’une trentaine d’années est très remonté. « L’endroit est totalement insalubre. Il y a de la merde partout, Il y a des rats, des cafards. On ne prend même pas nos poubelles ». La santé des habitants est mise en cause : « Les personnes âgées et les enfants sont malades. Mon fils a eu une méningite ».
Déjà avant l’accident tragique, l’immeuble était vétuste. Les méthodes non plus ne semblent pas avoir changé. Certains locataires ont parlé de pressions. Aujourd’hui, il affirme : « souvent on nous coupe l’eau et l’électricité. On nous envoie des maitres-chiens ». Le paiement du loyer semble aussi manquer de transparence : « Quand on paye, le propriétaire nous dit qu’il ne faut pas payer le gardien alors que c’est ce qu’il demande car il n’est pas sur place mais à Strasbourg ». Il l’accuse aussi d’avoir tenté de les faire partir : « il nous a laissé le choix, si tu as une famille, il te donne 3000 à 6000 euros, si tu es seul c‘est 1500 euros et tu fais ta valise. Sinon il te fait prendre la porte ».
Coté soutien politique, à noter la présence de Dina Deffairi-Saissac (EELV), candidate aux départementales de l’Union de la gauche aux cotés de Karim Bouamrane. Elle soutien les habitants de la rue Jules Vallès « Ca a brulé il y a cinq ans, une faible partie a été relogée par la précédente municipalité. On est dans une situation de statu quo, plus personne ne bouge, les derniers ont été relogés en décembre, cinq ans après. Les conditions de vie sont innommables ». Le logement à Saint Ouen semble être une question épineuse.
Mathieu Blard
 

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