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Brahim Bouarram, né en 1965, a été jeté dans la Seine près du pont du Carrousel à Paris. Il est mort noyé, à l’âge de 29 ans. L’auteur du meurtre, un militant d’extrême-droite, âgé de 19 ans, a été condamné à huit ans de prison ferme le 15 mai 1998 par la Cour d’Assises de Paris. L’un des messages de ces mouvements est de ne plus  laisser la rue à l’extrême-droite : « Cette manifestation permet aussi de dire que la rue est à nous et qu’on peut se promener quelle que soit notre couleur de peau, notre sexualité ou notre religion, et qu’on peut sortir sans être attaqué à chaque coin de rue. En fait, on reprend la rue à ces fachos » relate Clémence, jeune  étudiante de 20 ans. La mort tragique de ce jeune marocain jeté dans la Seine n’est pas sans rappeler  le drame des jeunes Algériens morts noyés dans la Seine le soir du 17 octobre 1961.

Le point de départ de la manifestation a lieu sur la place Saint-Michel. Dès 10h30, une centaine personnes était déjà présente. Parmi eux, beaucoup de jeunes. De nombreux jeunes ne souhaitant pas être reconnus cachent leur visage et leurs yeux avec des keffiehs rouges et des lunettes noires. Quelques jeunes ont en leur possession un demi-bâton de même dimension qu’une matraque de police. Il se trouve que certains ont acheté des balais qu’ils ont coupé en deux afin de défiler avec et s’en servir en cas de besoin.

Dès le début de la manifestation, des heurts éclatent entre quelques jeunes cagoulés et la police. Certains jeunes s’en sont pris directement aux policiers pour montrer leur mécontentement sur l’importante présence policière déployée par la Préfecture de Paris pour l’occasion. Clémence, étudiante de 22 ans, est venue accompagnée d’une amie. Elle vient tous les ans pour rendre hommage à Brahim Bouarram. Sur l’altercation entre certains jeunes et la police, elle pense que « ce sont les flics qui ont cherché et  provoqué les jeunes. Les policiers nous collent  en se mettant en ligne derrière la manifestation pour que nous ne puissions pas repartir vers Saint-Michel, alors que ça n’a jamais été notre but de repartir. Est-ce vraiment utile qu’ils se barricadent comme ça ? Leur présence est plutôt une provocation. C’est comme s’ils nous avaient confinés comme des animaux en nous encerclant de cette manière. »

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Quelques coups ont été échangés, mais mais le calme est vite revenu. Sur les banderoles déployées au début du cortège, on  peut lire : « L’extrême-droite, on l’élimine ou on en crève ! », ou encore « Antifasciste par tous les moyens nécessaires. » Les manifestants crient avec force et détermination « A bas, a bas, le Front national », et « Paris, Banlieue Antifa. » Les partisans du mouvement antifasciste crient aussi « Clément Méric, on n’oublie pas et on ne pardonne pas ! »Vers 11 heures, la marche se termine en amont du quai de Seine, dans le 1er arrondissement. Au même moment, un important déploiement policier se met en ligne pour empêcher quiconque d’entrer au musée du Louvre, car Marine Le Pen et ses militants y sont pour commémorer la mémoire de Jeanne d’Arc.

La manifestation antifasciste rejoint ensuite un deuxième lieu de rendez-vous, sur le Pont Carrousel, où se trouve la plaque dédiée à la mémoire de Brahim Bouarram, pour faire un rassemblement unitaire  avec d’autres mouvements comme le MRAP, la LDH  et l’ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France). Devant la plaque, différents intervenants prennent la parole, dont Pierre Tartakowsky , président de la LDH : « Nous sommes rassemblés ici aujourd’hui d’abord par la mémoire, car nous ne voulons pas oublier l’horreur. Ensuite pour Brahim, car c’était un homme, il était des nôtres et il y a eu meurtre. Nous nous rassemblons pour un avenir solidaire car c’est tout l’enjeu de la période. Chacune et chacun a aujourd’hui au cœur la blessure des élections municipales marquées par un score puissant des idées de l’extrême-droite. Chacune et chacun éprouve de l’inquiétude vis-à-vis des prochaines élections européennes (…) Chacune et chacun éprouve enfin  énormément de colère face à des politiques publiques qui exacerbent les difficultés sociales, les méfiances réciproques et les dynamiques d’exclusion qu’elles soient sociale, territoriale, religieuse ou entre guillemets ethniques. »

Une manifestante qui milite depuis 20 ans à la LDH, visiblement émue par la cérémonie, évoque l’ascension du FN : « Il faut surtout continuer vue  la montée du Front national en défendant la mémoire et l’avenir. Il faut absolument faire un barrage pour la prochaine élection européenne car il semblerait qu’il arriverait premier selon les sondages. Il faut absolument que les gens aillent voter pour que le Front national ne soit pas majoritaire au Parlement européen. »


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Même son de cloche du côté d’Alima Boumediene-Thiéry, ancienne sénatrice verte, présente aussi à la cérémonie «  J’ai participé à la marche pour l’égalité des droits et contre le racisme en 83, 84, 85. Il y a 30 ans, nous avons obtenu des petites choses en arrivant à faire condamner des personnes. Et puis au fur et à mesure, on s’aperçoit qu’il y a de l’impunité qui s’est installée. En 1983, 84 et 85, certains responsables de crimes racistes étaient  condamnés, aujourd’hui, ils ne le sont plus… Il y a un recul sur la justice et l’égalité dans notre société avec la montée du Front national. » 

A la fin des discours, les manifestants ouvrent leur banderole et marchent en prenant un couloir descendant en direction du quai. En haut du pont, des passants aperçoivent les manifestants en possession de la germe de fleurs et applaudissent. Deux germes sont jetées dans la Seine pour symboliser la noyade de Brahim Bouarram. Après la cérémonie, la pluie commence à tomber sur la capitale, laissant à peine le temps aux manifestants de se disperser.

Hana Ferroudj

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