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Plus de quarante ans après l’adoption de la Veil, le débat sur l’avortement est remis sur la table. Alors qu’en Espagne la révision de la loi IVG agite le pays, en France, un amendement, qui doit encore être discuté au Parlement, fait craindre à certains une banalisation de la pratique. Point de vue.

Le 20 novembre 1971 la première grande manifestation de rue conduite par le MLF (Mouvement de libération des femmes) réclamait « l’avortement libre et gratuit pour toutes » qui devait mener quelques années plus tard, en 1975 à la dépénalisation de l’IVG. Aujourd’hui, c’est une « marche arrière » à laquelle on a assisté. Cet après-midi, environ 16 000 personnes manifestaient contre l’avortement à Paris, comme tous les ans depuis 2005. Mais cette fois-ci, le rassemblement s’est fait dans un contexte bien particulier, quelque peu inquiétant pour l’avenir des droits des femmes.

La « Marche pour la vie » a d’une part été soutenue par le Pape François, de plus en plus populaire et écouté grâce à l’ouverture d’esprit dont il fait preuve. Ainsi, lors de son message lundi dernier au corps diplomatique, le pape François a exprimé  «l’horreur» que suscite en lui l’avortement et appelé les gouvernements à défendre la famille. Un appel qui semble avoir été entendu assez tôt côté espagnol.

Le texte adopté par le gouvernement le 20 décembre prévoit en effet de supprimer ce droit des femmes à disposer de leurs corps, sauf dans quelques cas particuliers : danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou en cas de viol ayant fait l’objet d’une plainte antérieure. Un texte qui a provoqué un tollé dans le pays. Selon un sondage du journal El Pais, 78% des Espagnols seraient contre cette réforme.

Alors que l’on croyait ce droit acquis pour toujours, voici qu’il est remis en cause, sous les couleurs de l’Espagne cet après-midi, dans une France où le ministère des droits des femmes n’a jamais été aussi actif. Un rassemblement contre l’IVG plutôt catholique et minoritaire certes, mais qui inquiète. Il ne faut pas oublier en effet les actions des Français les plus conservateurs qui se sont réveillés lors du Mariage pour tous au printemps dernier, ni Marine le Pen présidente du FN dont le parti remonte dans les sondages et qui qualifie les avortements de « confort » en France, amenant les femmes à culpabiliser.

Il n’est donc pas à exclure que ce mouvement contre l’IVG ne gagne en popularité dans l’Hexagone et dans les pays voisins. Le ministre de la Justice et père de la proposition en Espagne, Alberto Ruiz-Gallardon, est d’ailleurs « certain de voir son projet s’étendre au reste de l’Europe ». La ministre française des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a quant à elle souhaité que « les libertés fondamentales », comme le droit à l’avortement, fassent partie du débat aux prochaines élections européennes, dénonçant « les lobbies très conservateurs » qui sévissent en Europe.

Les manifestants aujourd’hui, se prononçaient aussi contre l’amendement récent, examiné dans le cadre du projet de loi sur l’égalité hommes-femmes. Celui-ci modifie la loi de 1975 sur l’avortement en supprimant la notion de « femme enceinte que son état place en situation de détresse » pour la remplacer par « le droit des femmes de choisir ou non de poursuivre une grossesse ».

Heureusement, des pas en avant semblent toujours se faire pour la parité et pour la protection des femmes.     Aujourd’hui, libre à chacun de manifester contre l’avortement, mais cela représente tout de même des dangers : celui de faire augmenter la pratique d’IVG mal encadrés et réalisés dans des conditions précaires, mais aussi celui de voir les droits des femmes s’amoindrir…

Elise Saint-Jullian
Master journalisme Gennevilliers

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