photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Elle et lui, deux jeunes Français d’origine marocaine. Ils veulent vivre ensemble sous le même toit. Mais ils ne veulent pas d’une vie de galère. Ils n’ont pas le courage de vivre « dans le péché ». Les parents, l’entourage, la cité : impossible d’échapper à toute cette pression. Vivre à Paris aurait pu faciliter les choses : vivons loin, vivons heureux. Mais elle et lui n’ont pas assez de ressources pour quitter la banlieue. Et puis, leur union, ça aurait fini par se savoir. Ils décident donc de faire un mariage religieux « hallal ».

« The solution » pour la plupart des gens de confession musulmane. L’union d’un couple selon le mode hallal permet de tout légitimer vis-à-vis de la famille et de la tradition : les nuits à deux dans le même lit, la naissance d’un enfant, etc. Un couple non musulman – sauf chez des juifs pratiquants et des chrétiens traditionnalistes, toutefois relativement peu nombreux – n’a pas à se soumettre à cette institution du mariage, religieux ou civil, pour pouvoir vivre « à la colle ». Seule rappel à l’ordre, et encore : la belle-mère aux repas de famille du dimanche qui placera sa ritournelle : « Alors, c’est pour quand le mariage ? »

Revenons à nos deux « tourtereaux ». Elle et lui se promettent toute une vie dans la joie et l’émotion. Ils emménagent ensemble. Un premier bébé, un garçon, désiré. Le deuxième est une fille, elle, non désirée. Deux ans ont passé depuis le mariage. A présent, elle étouffe dans cette vie. Il n’est pas fait pour elle, elle ne l’aime plus, n’a plus de désir pour lui. Il a pris beaucoup de poids. Et puis, « s’il n’est pas au chômage, il est au RMI », se plaint-elle.

Elle se confie à une amie, qui lui parle de son beau-frère au Maroc. Il est dans l’immobilier, il est riche et mon Dieu, qu’est ce qu’il est beau ! Ok, elle a besoin de vacances. Elle en parle à son mari. Le couple et ses deux enfants s’envolent pour le Maroc, sont accueillis chez sa famille à elle. A peine arrivée, elle fait la rencontre, en cachette, du bel homme. Elle effectuera plusieurs allers-retours au Maroc dans l’année, trouvant des prétextes.

Nous sommes en octobre 2008, elle veut se rendre une nouvelle fois au Maroc. « Encore ? », dit le mari, qui cède à une condition. Il veut faire le voyage avec elle. Ils partent à trois, leur fille restant chez la mère du mari en France – les billets, ça coûtent cher. Après dix jours sur place, le mari veut rentrer, elle non. Il rentre donc seul, il a un entretien d’embauche. Il laisse le garçon avec sa maman.

Les jours passent. Le mari n’a plus de nouvelles de sa compagne. Il a essayé de la joindre, en vain. Quand il appelle, elle n’est jamais là. Il n’est pas rassuré. Dernière tentative de sa part, elle décroche. Et là, c’est le choc. Tout va très vite. Elle s’est remariée. Au Maroc. Re-mariage hallal et civil, s’il vous plaît. Elle est heureuse. Elle souhaite garder le garçon et lui laisser la fille, de toute façon elle ne l’a jamais aimée.

« La salope », s’écrie le mari. « Je vais te tuer toi et ton connard de … – Je ne te permets pas de parler de mon mari de la sorte – MAIS C’EST MOI TON MARI, je n’ai même pas eu le temps de te répudier… – Nous n’avons jamais rien signé », lui répond-elle.

Toute la famille est mise au courant. C’est le scandale. Mais qu’est ce qui il croyait, ces gens ? L’attitude de cette jeune femme démontre une chose au moins : le mariage hallal a perdu de son caractère sacré chez quantité de jeunes couples musulmans vivant en France, alors qu’en Algérie ou au Maroc, il reste une valeur sûre. Et impossible de contracter une union religieuse sans une union civile.

Mais de ce côté-ci de la Méditerranée, on assiste à une démonétisation morale de l’union religieuse. Même si les époux éprouvent une émotion sincère lors de la cérémonie, le mariage hallal est devenu, en particulier en banlieue, un simple préalable autorisant la vie sexuelle du couple. Si ces femmes et ces hommes avaient le choix, certains continueraient de se marier religieusement par conviction, tandis que d’autres décideraient de vivre ensemble hors de toute union, ou en attendant d’en sceller une, plus tard. Le mariage hallal masque parfois une forme d’hypocrisie, il complique la vie de jeunes gens qui veulent vivre librement.

Nicolas Fassouli

Nicolas Fassouli –

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019